Émilie DARDENNE
Émilie DARDENNE
Comment, dans la société occidentale contemporaine, l'idée d'une suprématie humaine s'est-elle installée ? Le bien-être animal est-il le bon outil pour penser le traitement des individus dits de rente (élevage) ? Quel rôle joue le langage dans la façon dont sont pensés les animaux ? Leur domination par Homo sapiens a-t-elle un lien avec les autres dominations au sein de l'espèce humaine ? Peut-on envisager un horizon d'émancipation pour les animaux non humains ? Voilà quelques-unes des vastes questions auxquelles s'intéresse cet ouvrage qui propose une synthèse des connaissances issues de la philosophie aux sciences du vivant en passant par la science politique. Émilie Dardenne est professeure des universités en études anglophones et études animales à l'Université Rennes 2, et membre senior de l'Institut universitaire de France.
Quelles relations entretenons-nous avec les animaux que nous choisissons comme compagnons ? La spécialiste d'études animales Émilie Dardenne et le juriste François-Xavier Roux-Demare balaient la question largement en considérant ces rapports dans leurs dimensions historiques, juridiques, sociologiques et affectives. Ils soulignent tout d'abord la complexité du droit protégeant l'animal de compagnie, que le Code rural définit comme « tout animal détenu ou destiné à être détenu par l'homme pour son agrément ». Ils abordent ensuite la question de la domestication, processus ancien et progressif, que le chien a été le premier animal à subir. Ils rappellent que le caractère massif de ce compagnonnage est récent dans l'histoire et que les animaux dits de « compagnie » sont aujourd'hui beaucoup plus divers qu'auparavant. Ils avancent enfin les bienfaits, pour les humains, d'une vie partagée avec ces derniers, sans oublier toutefois le point de vue des animaux eux-mêmes : qu'est-ce que cela fait, pour ces poissons, oiseaux, chats, chiens, et autres petits mammifères, de vivre en compagnie humaine ?
Il n'y a pas à rougir de vouloir aider les animaux. Il n'y a pas non plus à s'excuser de n'être pas en mesure de renoncer à toutes les pratiques qui leur sont défavorables. Cherchant à dépasser le tout ou rien qui caractérise souvent les approches des relations anthropozoologiques, la zooinclusivité s'adresse à celles et ceux qui ne veulent pas laisser les animaux sur le bord du chemin. Elle leur propose une approche progressive afin d'agir favorablement et rapidement pour les autres animaux. Elle répond à des demandes émanant de secteurs divers et propose des pistes de transition au niveau individuel, collectif, sociétal. La volonté de construire un monde zooinclusif est réelle, toutefois les améliorations tangibles pour les autres animaux sont lentes et erratiques.
Dans son ouvrage La libération animale, Peter Singer développe trois grandes idées : le principe d'égale considération des intérêts, le rejet du spécisme et la nécessité de mettre un terme à certains types d'exploitation des animaux. Cette oeuvre phare a connu un retentissement immense, à tel point que sa publication, en 1975, a été présentée comme le moment clef dans l'émergence du mouvement éponyme. L'objet de ce recueil est de revenir sur le lien entre le mouvement de libération animale et les théories de Peter Singer qui, à tort ou à raison, en est perçu comme le père fondateur.