Didier Masseau
Didier Masseau
Au cœur du XVIIIe siècle, l’intellectuel s’impose comme une figure majeure de la culture européenne. Didier Masseau retrace ici la naissance de ce modèle, entre pouvoir, écriture et reconnaissance publique.
Les dernières années de l'Ancien Régime en France voient la multiplication des fêtes, publiques ou privées. Les fêtes royales et princières d'abord, se perpétuent dans le faste et le spectaculaire, moyen pour la monarchie d'affirmer un pouvoir en butte à des critiques multiples. Les dernières années de l'Ancien Régime en France voient la multiplication des fêtes, publiques ou privées. Les fêtes royales et princières d'abord, se perpétuent dans le faste et le spectaculaire, moyen pour la monarchie d'affirmer un pouvoir en butte à des critiques multiples. Quant aux fêtes privées données chez les nobles et les financiers, elles sont de plus en plus extravagantes. Elles se déroulent souvent dans les folies, ces résidences élégantes et luxueuses répondant aux caprices de leurs propriétaires. Fuyant le sérieux philosophique pourtant en vogue, des sociétés affectionnent des scènes de travestissement et pratiquent à l'envi l'art du canular, de la supercherie et de la mystification. On assiste à des jeux parfois dangereux pouvant même basculer dans la transgression. Une telle frénésie devient le moyen de fuir une réalité qu'on ne peut ou qu'on ne veut percevoir, et dissimule aussi une inquiétude sourde. La hantise du chaos affecte certains esprits, alors même que l'idée de progrès est devenue un lieu commun du discours philosophique. En faisant revivre, à travers ces fêtes mémorables les derniers feux de l'Ancien Régime, Didier Masseau montre toute l'ambivalence de la société française à la veille de la Révolution.
Une autre exception française : l'art de la distinction. Des gestes, des attitudes, des intonations, des expressions sont perçus par les adeptes et les praticiens du "bon goût" comme les marques de la pire " vulgarité ", quand bien même le sujet s'efforce en toute sincérité d'être civil, poli et attentif aux autres. Un rire un peu trop fort, un geste trop brusque, un " Au revoir Messieurs dames " ou un " Au plaisir " lancés à la cantonade, classent immédiatement le parleur parmi les réprouvés de la distinction. Pourquoi le mot " merde " est-il parfaitement admis, alors que le mot " mince " est proscrit dans certains milieux sociaux ? Ce livre répond à ces questions en procédant à une histoire inédite des codes de distinction du Moyen-âge à nos jours. Il témoigne d'une histoire sociale des mentalités et de la permanence d'une civilité reflet d'une culture de Cour qui forme un des fils d'Ariane de l'histoire de France.