Denis Mellier
Denis Mellier
Dès sa vie intra-utérine, le bébé a sa propre histoire. Mais comment y accéder ? L'observation attentive est un puissant levier pour être au contact de ce qui trouble le tout petit, pour accueillir, ressentir, voire transformer en histoires les mouvements indicibles qui le traversent et traversent les professionnels. L'approche psychanalytique du bébé et les données les plus récentes en psychologie du développement ou en embryologie s'enrichissent mutuellement et nourrissent les pratiques cliniques thérapeutiques des situations extrêmes en institution. La contribution de chaque auteur plonge toujours ses racines dans une pratique clinique éprouvée.
Dans le prolongement du Moi-Peau, D. Anzieu et Didier Houzel ont élaboré le concept d'enveloppes psychiques qui s'est imposé comme un processus de contenance (Les enveloppes psychiques, 1re éd. 1992, Dunod). En effet, ce qui soigne n'est pas tant de décharger sa souffrance par la parole. Ce qui soigne est l'expérience selon laquelle la vie émotionnelle trouve un espace dans lequel elle puisse être reçue et contenue. Ce qui dans l'analyse soigne le patient, c'est la capacité de l'analyste à contenir/héberger les émotions, les pensées que le moi trop fragile du patient, ne peut tolérer, ne peut penser. En psychopathologie ce concept d'enveloppes psychiques s'est développé dans le travail auprès des patients psychotiques, limites, des enfants, des bébés, des familles, des groupes. Cet ouvrage réunit de grands psychanalystes autour du « singulier » de cette notion d'enveloppe et incite à revenir sur sa nature conceptuelle, puis à la placer au coeur de la psychopathologie psychanalytique actuelle. En quatre directions il développe : 1. les particularités de sa corporéité : la transformation de l'enveloppe psychique à chaque crise développementale ou environnementale (petite enfance, adolescence, parentalité, vieillesse...) mais aussi suivant les « accidents » du sujet (maladie, handicap, échecs scolaires, précarité, insertion...) ; 2. sa spécificité avec les différents niveaux de l'intersubjectivité : l'individuel, le groupal, le couple, le fraternel et le familial, l'équipe et l'institutionnel, le sociétal et le transculturel ; 3. sa congruence avec la variété des dispositifs d'intervention de prévention, de soin et de thérapie : accueil, consultations, groupes, médiations, réseaux ; 4. les caractéristiques selon les diverses voies de la psychopathologie : mentale, comportementale, somatique, addictive, sociétale...
Cet ouvrage propose d'étudier les conditions de possibilités du travail clinique en institution. En prison, en EHPAD, à l'hôpital, en crèche, en situation d'aide aux chômeurs... le psychologue clinicien doit chaque fois percevoir la souffrance des sujets avec qui il travaille, et penser sa propre place par rapport à ses possibilités mais aussi en rapport avec celle des autres praticiens. C'est ainsi que l'auteur aborde la question du travail intersubjectif de "ce qui fait équipe en institution".
Comment l'observation du bébé peut-elle devenir un outil pour la pratique ? Comment peut-elle être une aide pour accueillir un bébé et travailler autour de lui ? Cet ouvrage montre que la valeur de l'observation résulte surtout du travail que les professionnels peuvent réaliser à cette occasion pour percevoir toute la complexité de la vie psychique. Les travaux d'Esther Bick et ceux d'Emmi Pikler (Lóczy) trouvent ici un prolongement pratique pour les lieux d'accueil des bébés et de leur mère. Sous certaines conditions, le dispositif de l'observation permet d'instaurer une véritable médiation pour percevoir, recevoir, contenir et penser tout l'impact de la vie émotionnelle du bébé dans son environnement et garder ainsi vivante l'attention à son égard.
Comment intervenir face à un bébé en détresse qui ne peut exprimer par des mots sa souffrance ? Comment apporter un soin psychique ? Cette étude est une synthèse des avancées actuelles de la clinique psychanalytique sur de nombreux terrains institutionnels. Le processus de subjectivation de ces souffrances primitives passe par la présence de l'autre et un authentique travail de transformation qui implique souvent plusieurs professionnels. La « métapsychologie freudienne » sert de creuset à cette réflexion et prend ici une orientation intersubjective, tout en s'informant des avancées actuelles en psychologie développementale et en neurosciences. Avec la clinique des « bébés en détresse » se met en place un nouveau paradigme pour le soin psychique, centré sur un niveau de symbolisation « primaire » très proche du corps et du groupe.