Dan Ferrand-bechmann
Dan Ferrand-bechmann
Pourquoi écrire sur les tours ? Pour décrire la manière dont on y vit en se référant à la parole de ses habitants et à des archives. Se poser la question du voisinage et des relations que sucite un habitat en hauteur est paradoxal quand on connaît les critiques faites aux grands immeubles de l'après-guerre et il existe peu d'écrits de sociologues sur les « villages en hauteur ». La vie dans une tour, l'entretien avec l'architecte qui en a construit, il y a 50 ans, la description de son architecture et du quartier et la lecture de romans sur des villes effrayantes et leurs tours en folie alimentent ce travail. On y trouve aussi une discussion sur des thèmes centraux en sociologie urbaine comme ceux du don, de l'entraide et des solidarités.
Le bénévolat est à la fois aux confins de nos traditions et de notre civilisation ; il est le dynamisme secret, le ressort du lien social et de la convivialité. Les citoyens bénévoles interviennent sur des problèmes concrets, hors des chemins bureaucratiques. Ils suggèrent des alternatives et sont les pionniers dans des domaines aussi divers que la santé, le sport, l'éducation, l'environnement, dans des activités aussi variées que le soutien scolaire aux enfants, l'accompagnement aux mourants ou le combat contre la pauvreté... Ils retrouvent des voies nouvelles pour tisser et nouer des relations, des face-à-face d'acteurs et non de marionnettes. Les bénévoles veulent agir eux-mêmes dans un rapport de dialogue à l'État, tout en restant maîtres du jeu et des projets. Le bénévolat a quitté l'âge de la charité pour entrer dans celui de la dissidence. Quand le travail n'est plus seul porteur d'identité et d'insertion sociales, le bénévolat s'affiche et devient perturbateur. Citoyens de l'urgence, médiateurs des problèmes criants non résolus, les bénévoles n'ont pas fini de questionner la société sur son sens de la fraternité et de la solidarité.
Raymond Oliver - ou l'itinéraire d'un petit garçon qui aimait traîner devant les fourneaux de son père et qui est devenu, selon un sondage récent, l'un des plus grands chefs de son temps, le plus célèbre cuisinier de France. Secrets et facettes de la cuisine. Évocation aussi de ces mondes déjà lointains où s'est forgé son talent. C'est la vie oubliée, heureuse et colorée, d'une petite ville du Sud-Ouest, avant la guerre, entre vigne et pinède. Mauriac vient dîner au restaurant où travaille, silencieuse, une servante qui porte le nom de Desqueyroux ! Et puis, après la guerre, l'envie de Paris et, à Paris, le coup de foudre et la passion pour un lieu dont le nom fera saliver le monde entier : Le Grand Véfour. C'est bientôt la consécration, les trois étoiles - qu'il gardera plus de trente ans -, la fréquentation des célébrités et des grands, l'amitié nouée avec beaucoup, l'intimité avec quelques-uns, Jouvet, Cocteau, Colette... Il devient, à la télévision, le créateur de Art et magie de la cuisine et, à travers le monde, le porte-drapeau de la gastronomie française. Au fil de ses souvenirs, Raymond Oliver laisse tomber quelques recettes, raconte la genèse d'un plat - illumination ou tâtonnement ? -, livre ses jugements, parle de ses passions. Derrière l'histoire d'un homme et de ses créations, c'est le portrait des cuisiniers, des moeurs et des goûts du siècle ; la saveur et l'accent d'un grand bonhomme.
Commentant les émeutes qui embrasèrent les banlieues en 2005, le ministre de l'Intérieur d'alors pointa du doigt les sociologues : " Quand on veut expliquer l'inexplicable, c'est qu'on s'apprête à excuser l'inexcusable ". On peut préférer croire que connaître les mécanismes et les ressorts de la violence permet de lutter contre elle. En donnant la parole à des sociologues de terrain, à des enseignants et à des chercheurs, le congrès de 2009 de l'Association française de sociologie s'est donc attelé à cette tâche, et s'est lancé dans l'examen des diverses formes des violences contemporaines : violence dans les quartiers, conflits internationaux, racisme, pressions dans le monde de l'entreprise... Une démarche qui peut aider notre société à sortir de la peur et de l'incompréhension.