Colette Cosnier
Colette Cosnier
Une plage bretonne, des marais salants, la côte sauvage... Et une femme qui les retrouve. Elle s'appelle Marianne, elle a trente ans. Cette plage, c'est celle des vacances d'autrefois ; ce pays, c'est Trédic, le pays de l'enfance avec ses pêches fabuleuses, ses courses à travers champs et rochers ; c'est le pays des étés et des jeux oubliés. Si Marianne est revenue, c'est pour tenter d'échapper à des souvenirs bien plus proches et bien plus obsédants. Pendant quatre ans elle a aimé Marc, mais Marc était marié. Amour fou, amour désespéré, amour humilié, amour qui n'existe peut-être plus que dans la mémoire d'un corps de femme ? Solitude de Marianne qui cherche dans l'aridité de ce pays brûlé de sel le seul espace qui convienne à une vie détruite, solitude d'une femme qui revit, dans « Fil grisaille d'un jour de brume », les étapes de son désamour. Mais il y a Trédic, il y a la plage. Au milieu du chagrin, s'insinue peu à peu l'écho d'un temps où Marc n'existait pas. Jeu des souvenirs involontaires, glissement d'un passé à l'autre... Où conduit le chemin des marais rougi de salicornes ? Vers le désespoir ou vers la lente reconstitution d'une femme qui va peut-être trouver sa vérité ? Ou y a-t-il de plus vrai, de plus important ? L'amour de Marianne pour Marc, ou les liens qui l'unissent à Trédic ? À la violence d'un érotisme imposé par un homme s'oppose la prise de conscience d'une sensualité de femme, en accord avec le monde dont elle redécouvre l'harmonie profonde. Un beau livre, intense et émouvant, qui révèle une vraie romancière.
Colette Cosnier part à la recherche de ce que l'histoire des saintes peut nous dire de l'histoire des femmes. Partie des images de la religion de son enfance, elle nous fait partager, en un parcours très libre mais parfaitement informé, de dictionnaires en musées et de La Légende dorée aux travaux les plus récents, ses pérégrinations dans l'univers des saintes et les interrogations qui en découlent.
« Mes grands-pères n'ont pas écrit de souvenirs, et mes grands-mères n'ont pas tenu de journal intime. Ma source à moi, c'est un album de cartes postales - images grises noyant d'ombre l'ardoise des toits, ou immobilisant, sur le seuil d'une boutique, le commis au tablier blanc ou la dame élégante au chapeau à voilette, quelques lettres, si brèves et si pudiques, pour dire le bonheur de l'amour ou la souffrance de la guerre, des factures, des menus de restaurant, des photos - mariées ou militaires - tous posant un peu crispés devant les mêmes toiles peintes et la même sellette, des phrases entendues dans mon enfance, des visages... De ce que j'ai trouvé dans le grenier - ou dans ma mémoire - j'ai donc écrit un roman, y mêlant ce que je devinais, ce que j'ai imaginé, ce qui est peut-être arrivé, et ce qui n'a jamais pu se produire. J'ai voulu faire entendre leur voix, imaginer leur vie ou la vie de gens comme eux, des petites gens, dont les livres d'histoire ne se soucient pas, et dont on n'écrira pas la biographie parce qu'on ne sait rien d'eux, ou parce qu'on ne veut rien en savoir. En me souvenant de l'odeur de l'eau au bord du Loir, je n'ai voulu qu'être la mémoire de ceux qui n'ont pas écrit. »
Pantalon de toile, casquette et blouse bleue, talons de bottes coupés, George Sand parcourt la montagne. En 1834, elle débarque à Chamonix avec " 350 lieues dans le postérieur et une quarantaine dans les jambes ", rejoint ses amis Liszt et Marie d'Agoult à l'hôtel de l'Union. La petite troupe fume des cigares, boit du punch... " Des gens mystérieux, chevelus comme des sauvages où il n'est pas possible de reconnaître les hommes d'avec les femmes, les valets d'avec les maîtres ! " dit-on à l'hôtel où l'on recompte l'argenterie. George Sand détonne. Femme libre, pionnière, elle adhérera au Club Alpin Français dès sa création en 1874, en un temps où l'on pense que les excursions ne sont pas faites pour le " sexe aimable ". Cette passion, Colette Cosnier l'a pistée suivant une géographie singulière : les Pyrénées pour la jeunesse, les Alpes pour les années de violence et de passion, l'Auvergne pour la sagesse de l'âge mûr. Et une quatrième pour l'éternité...
"L'aiguille est à la femme ce que la plume est a l'écrivain. " Jusqu'au milieu du )oc siècle, les filles ont ete élevées dans ce principe : leurs talents de créatrice se limiteront à confectionner des ouvrages de dames. On les a instruites pour en faire des épouses modèles et des mères attentives, et non pas des femmes savantes. On leur a explique que leur cerveau est plus mou que celui des hommes. Même les sujets de rédaction et les problemes d'arithmétique de leurs livres de classe leur ont appris a rester à la place que la nature leur a donnée. Mais les adolescentes d'autrefois n'ont-elles pas eu d'autres rêves ? D'Eugénie de Guerin a Anaïs Nin, certaines ont avoué dans leur journal intime leur volonté d'indépendance, leur désir de s'instruire, ou pire, d'écrire comme les homme. Les unes ont bravé les usages, comme Marie Bashkirtseff, dont le journal annonce une autre façon de vivre. Plusieurs ont osé " se libérer ", comme Marie Leneru ou Virginia Woolf qui, a l'aube du XXe siècle, dut exorciser son sentiment de culpabilité avant de devenir romancière. Toutes ont tente de sortir du silence que leur imposait la société pour s'aventurer, avec plus ou moins d'audace, sur le chemin de l'art et de la littérature. Colette Cosnier a enseigné la littérature comparée à l'université de Rennes-II et à l'université du Maine. Elle consacre ses recherches aux femmes du XIXe siècle et a publié des romans ainsi que des biographies de Marie Bashkirtseff, Louise Bodin et Marie Pape-Carpantier.