Claude-henri Grignon
Claude-henri Grignon
Nous sommes à l'été 1890. Les conditions encore terribles de la colonisation se prêtent à la naissance et à la persistance d'animosités entre les colons. Une âme insuffisamment charitable, un esprit un peu trop chevaleresque, un ivrogne un peu trop loquace : les opportunités foisonnent pour la discorde de semer ses graines. Lorsque la mort elle-même visite les Pays d'en haut, ce n'est rien pour tempérer les caractères déjà échauffés. Un certain riche du rang Croche, tout occupé qu'il est à manigancer l'accroissement de sa propre fortune, devra composer avec des irritants qu'il ne parvient pas toujours à prévoir. Il semble que, même outre-tombe, on se soit donné le mot pour faire obstacle à ses projets. Cyprien Marignon arrivera-t-il à protéger ceux qu'il aime des tractations immorales de Séraphin Poudrier? Jérôme Chamereau oubliera-t-il enfin Julia Destreilles? D'où vient donc ce mystérieux foreman aux manières de gentilhomme, supervisant depuis peu le camp de la Rivière Rouge? La paroisse disposera-t-elle d'assez de bois pour se chauffer, l'hiver venu? Sans compter les élections municipales qui approchent...
À la fin de l'été 1889, une chaleur écrasante dessèche les Pays d'en Haut. Les colons qui aspirent à s'y enraciner ont du pain sur la planche et, très souvent, peu de ressources pour y arriver. Dans le Rang Croche d'une petite paroisse de la région, on entend parfois un homme vitupérer sa femme. « Ménage pis parle pas ! », l'admoneste-t-il, lorsqu'elle trouve l'audace de redemander de la mélasse pour agrémenter ses galettes de sarrasin. Cet homme, Séraphin Poudrier, n'a d'autre intérêt à coeur que le sort de ses compatriotes : en effet, de leur endettement dépend sa fortune. Agent des Terres du gouvernement et prêteur sur gages avaricieux, Séraphin offre aux villageois un bref répit de leurs obligations de paiement en échange de redevances différées qui les saignent à blanc. Du généreux mais fantasque Alexis Labranche au « Gros Docteur » Cyprien, qui s'expose dangereusement à travers de sulfureux échanges épistolaires avec la douce Angélique Pothier, personne n'est à l'abri des taux exorbitants exigés par l'avare.
Jamais un roman québécois de Claude-Henri Grignon ne s'est multiplié à ce point depuis sa parution en 1933. Feuilleton radiophonique puis téléromans refaits puis repris à répétition, cinéma, bande dessinée, l'avare Séraphin et sa pauvre Donalda ont enragé ou fait pleurer plusieurs générations de québécois. Sous la férule du gros curé Labelle, les personnages de ce roman culte s'acharnent à peupler puis développer le territoire à la terre ingrate des Laurentides. L'avare y fait figure de démon qui compte son or aux dépens des pauvres colons qu'il exploite. La richesse et les rêves d'ailleurs meilleurs séparent les nés-pour-un-petit-pain des audacieux qui aspirent à briser le carcan traditionnel de la société québécoise. Pour agir et cesser de subir, il y a un prix à payer. Cet HOMME ET SON PÉCHÉ en profite d'une mesquinerie à l'autre.