Bruno Blanckeman
Bruno Blanckeman
Dans les deux dernières décennies du xxe siècle, minimalisme désigne une partie de la création littéraire et, pour le roman, une production généralement liée aux Éditions de Minuit. La notion, qui dérive des champs de l'architecture et des arts plastiques, est ici resituée dans la perspective de l'histoire littéraire. Les années 1980 sont traversées par une tension esthétique féconde, entre réévaluation du romanesque et permanence d'une distanciation critique, héritage du Nouveau roman et sortie de l'ère du soupçon. Issus d'un colloque international organisé à Cerisy la Salle, les articles de cet ouvrage mettent en relief l'invention d'un art subtil du roman : marqué par le souci du moindre effet, il est doté d'une capacité de résonance extrême. Ces analyses interrogent aussi les pièges et les impasses de la notion, liés à l'hétérogénéité des pratiques qu'elle désigne autant qu'à sa définition problématique. En contre champ : un texte de Philippe Claudel et un entretien avec Patrick Deville.
Le projet d'une carte du roman français contemporain comportait de grands risques, mais il offrait aussi la possibilité de questionnements stimulants. Les quelque cinquante contributions ici réunies, émanant de spécialistes de tous statuts et de tous horizons, ont privilégié l'instantanéité du cliché et, par là même, visé à légitimer l'idée cartographique. La métaphore spatiale n'imposait pas de baliser tous les chemins, ni de hiérarchiser les oeuvres. Le but n'était ni un palmarès (en fonction de quels critères ? !) ni un panorama complet des tendances présentes. N'existe-t-il pas déjà des prix, des synthèses et des dictionnaires ? Le volume ainsi conçu offre un état des lieux du roman depuis 1980, lacunaire on le reconnaît, complexe et diversifié on l'espère. Il s'articule autour de problématiques consubstantielles à l'acte d'écrire aujourd'hui, comme la question des genres, la redéfinition de la fiction, les filiations, les représentations du sujet, les nouvelles socialités. Une double préoccupation animait à l'origine la tentative : ouvrir des voies et découper des territoires ; voir comment les analyses peuvent rendre compte des questions d'ordre ontologique et théorique qui agitent notre époque - le souci de soi, la posture île l'écrivain, l'expérience de l'altérté, - le problème de la quête identitaire étant au centre des débats. Autant d'enjeux qui ont trouvé leur écho, tantôt par le biais de l'attention monographique, tantôt par celui de la réflexion de portée plus générale. Cartographier le fictif contemporain, c'est intégrer îles éléments disparates pour donner au paysage et à l'horizon littéraires une meilleure visibilité.
Cet ouvrage présente un tour d'horizon des recherches actuelles sur le fonctionnement pratique du multiculturalisme en Amérique latine. A la manière des Handbooks anglo-saxons qui présentent un tour d'horizon exigeant sur un domaine de recherche, il réunit en un seul volume une trentaine des meilleurs spécialistes actuels francophones et latino-américains. Ce bilan inédit montre comment ce qui n'était que l'objet de débats théoriques et de luttes militantes dans les années 1970 est devenu au fil du temps l'objet de pratiques sociales foisonnantes et de dispositifs étatiques très divers qui marquent désormais la vie de tous les pays latino-américains. Ces transformations induites par le multiculturalisme sont ici regroupé en cinq mouvements : la question du modèle, l'exercice de la citoyenneté, les systèmes juridiques, les politiques publiques focalisées, et les nouvelles territorialisations. Pour tous ceux qui cherchent à comprendre ce qu'est le multiculturalisme aujourd'hui sans s'enfermer dans les alternatives classiques du débat en France, ce livre propose des interrogations nouvelles et pose la question d'un possible « modèle latino-américain».
En août 2011 s'est tenue à Cerisy-la-Salle une décade « Narrations d'un nouveau siècle : romans et récits français, 2001-2010 » dont ce livre constitue les actes. À quoi ressemble une littérature qui accorde la part belle au roman mais sans exclusive générique, dans la concurrence de récits empruntant à tous les genres et de multiples arts ? Une littérature française parce qu'écrite en langue française, mais travaillée de l'intérieur et renvoyée à sa propre étrangeté par les évolutions de cette langue et les porosités multiculturelles que suscitent aujourd'hui des échanges mondialisés ? L'ouvrage rassemble les points de vue d'universitaires européens, canadiens et américains. Il se veut un observatoire critique des évolutions en cours de la littérature et un laboratoire théorique ouvert à différentes approches permettant d'en mesurer les enjeux en temps réel.
Cet ouvrage est issu du colloque de Cerisy qui s'est déroulé autour d'Annie Ernaux en 2012 et a rassemblé des chercheurs internationaux issus de divers champs disciplinaires. Chaque article est suivi d'un texte de l'auteure et d'une discussion critique, ce qui donne à l'ensemble l'allure d'une libre conversation. Le temps et la mémoire constituent les deux fils conducteurs de l'ouvrage. Ils sont abordés selon plusieurs problématiques : les évolutions des groupes sociaux, la question de l'humiliation et les problèmes de hiérarchies culturelles, ou encore la constitution d'une mémoire des femmes. Écrire, pour Annie Ernaux, c'est tenter de saisir les multiples dimensions du réel en conjuguant la pression de l'Histoire et la puissance de la mémoire dans la restitution de la vie collective, comme dans celle de la vie intime.Renouvelant l'approche de l'oeuvre par une attention apportée au travail de l'écriture, parfois occulté au profit de la seule dimension sociologique, ce livre permet d'en mesurer toute la richesse et la puissance.