Bertrand Belin
Bertrand Belin
Depuis la périphérie maritime d'un appartement familial empoisonné par la toute-puissance d'un chef de famille, en compagnie de La Figure, autant guide fictif, acolyte picaresque (« Un jour mon Sancho Panza, un autre ma tempête intérieure ») que double indispensable, le narrateur témoigne du difficile combat d'une émancipation personnelle. Comment il faudra en finir avec l'appétit de vengeance qui sait si bien le tenir droit. Dans la matière de sa mémoire, et ses refuges imaginaires, il installe son chantier de fouille. Le texte, comme un tunnelier piloté par un clown ou un toréro, s'enfonce dans le passé avec obstination, pour ressurgir ici et là. Drôle, tragique, poème de gravas, de haine, de fracas, poème d'amour et de doutes, et surtout, avant tout, chant pour la mère. Bertrand Belin livre un formidable récit pudique et joueur, qui détourne l'aveu autobiographique dans un langage fracassant, fanfaronnant. « C'est ailleurs que je creuse ma galerie. Dans une matière délirante et délirée. » Ici, on ne règle pas ses comptes : « Il ne s'agit pas d'une réparation et je ne veux me débarrasser de rien. » Mais on plonge dans le chant malaisé de la vie même. Une parade dans le langage qui rend à la mémoire et son exercice toute sa part d'invention et de salut. Avec cet aveu ultime et poignant : « Mais peut-être que je fanfaronne. De toute évidence, je ne crois pas à la possibilité de mon récurage.»
Depuis la périphérie maritime d'un appartement familial empoisonné par la toute-puissance d'un chef de famille, en compagnie de La Figure, autant guide fictif, acolyte picaresque (« Un jour mon Sancho Panza, un autre ma tempête intérieure ») que double indispensable, le narrateur témoigne du difficile combat d'une émancipation personnelle. Comment il faudra en finir avec l'appétit de vengeance qui sait si bien le tenir droit. Dans la matière de sa mémoire, et ses refuges imaginaires, il installe son chantier de fouille. Le texte, comme un tunnelier piloté par un clown ou un toréro, s'enfonce dans le passé avec obstination, pour ressurgir ici et là. Drôle, tragique, poème de gravas, de haine, de fracas, poème d'amour et de doutes, et surtout, avant tout, chant pour la mère. Bertrand Belin livre un formidable récit pudique et joueur, qui détourne l'aveu autobiographique dans un langage fracassant, fanfaronnant. « C'est ailleurs que je creuse ma galerie. Dans une matière délirante et délirée. » Ici, on ne règle pas ses comptes : « Il ne s'agit pas d'une réparation et je ne veux me débarrasser de rien. » Mais on plonge dans le chant malaisé de la vie même. Une parade dans le langage qui rend à la mémoire et son exercice toute sa part d'invention et de salut. Avec cet aveu ultime et poignant : « Mais peut-être que je fanfaronne. De toute évidence, je ne crois pas à la possibilité de mon récurage.»
Oublier a la préférence des secoués. Mais le passé minable attendait mi-clos.
L'armée d'un pays, informée par la rumeur, est montée chez lui en fin de journée quand la femme était là avec un seau de patates toute seule debout.
Aujourd'hui, lendemain de l'arrivée d'un cirque en ville, lendemain de l'exposition au Grand Hôtel, lendemain d'un jour qui n'était encore la veille de rien de particulier, d'aucun événement remarquable, aujourd'hui donc, aux aurores, sur le site de l'ancien port de marchandises, le moral n'est pas au beau fixe. Il y a de l'agitation... un groupe de fauves s'est échappé durant la nuit. L'inquiétude se propage avec la rumeur. Qui a peur, à présent, d'être dévoré ? Et par qui ?
C'est depuis le milieu d'un lac artificiel près de Dijon, durant le temps que prendra sa noyade et avec le souffle que lui laisse la dure entreprise de se maintenir en vie, que le narrateur et personnage principal élève, au prix d'efforts de plus en plus pénibles à produire, son chant d'adieu. Une oraison fragmentée, épique, drôle, qui le présente comme l'unique occupant d'un édifice s'affaissant jour après jour.
1958. André Malraux, ministre du général de Gaulle, incite les Guyanais à voter oui au référendum sur la nouvelle Constitution et à confirmer l'ancrage des dernières colonies dans la France. Ce jour-là, la petite Christiane découvre la politique et la révolte d'un peuple. Plus tard, elle créera son parti politique, Walwari (l'Éventail), et sera élue députée de Guyane après une campagne particulièrement éprouvante sur fond de coups bas et de dénigrement. C'est désormais dans le feu de l'adversité qu'elle ouvrira sa route. Christiane Taubira raconte dans ce livre, avec une langue riche et inventive, ses premiers pas à l'Assemblée nationale, ses discussions mouvementées avec Bernard Tapie, ses mots avec Henri Emmanuelli, sa rencontre avec François Mitterrand. Elle nous fait ainsi revivre la campagne présidentielle de 2002, ses désagréments, les reproches de l'entourage de Lionel Jospin l'accusant de l'échec du Parti socialiste. Analysant l'insurrection des banlieues de 2005, elle touche à un point névralgique, le rapport à l'autre. De la Guyane aux palais de la République, c'est dans un incessant va-et-vient qu'elle apprend à concilier les petits services à rendre et les grandes causes à étreindre. Et l'on mesure le coût de son implication dans la politique : le peu de temps consacré à ses enfants, un divorce, les douleurs physiques. Sentiment du temps qui passe, conscience de l'oeuvre accomplie, lucidité sur l'immensité du reste... Dans un réjouissant parler-vrai, Christiane Taubira nous invite aussi à partager ses plus belles rencontres - Toni Morrison, Édouard Glissant, Aimé Césaire, Nelson Mandela -, sans jamais oublier l'un de ses plus grands combats, mené avec succès : la reconnaissance de la traite négrière et de l'esclavage comme crime contre l'humanité.