Bernard Chevalier
Bernard Chevalier
"« Bonne ville », l'expression nous est familière. On la voit fleurir sur les lèvres de nos élus qui cherchent à orner leurs discours dominicaux ou tomber sous la plume de journalistes à la recherche d'effet attendrissant pour leur chronique locale. La formule, bien de chez nous, intraduisible dans aucune des langues européennes, renvoie confusément au « monde que nous avons perdu » de P. Laslett, à cet âge mythique, antérieur à l'industrialisation, où la ville encore humanisée pouvait être un lieu plaisant, propice aux relations directes et riches. Mais sait-on bien que cette rhétorique douce, sinon édulcorée, ne renvoie pas du tout à un mythe ? Sait-on qu'elle masque une histoire et que la formule, loin d'être anodine, s'est chargée au cours des siècles d'une si forte valeur qu'il lui est arrivé ce qui arrive à toute forme vivante : née au XIIIe siècle, elle a grandi et pris toute la place dans le champ du discours et puis elle est morte doucement au cours du XVIIe siècle ; dans les mémoires cependant elle vivait encore. Ainsi a-t-elle pu revenir au jour sur l'ordre de Napoléon, mais défigurée, trahie, bref dans l'état où nous l'employons encore." (extrait de l'introduction)
Bonne santé de la seigneurie rurale, diversité et autonomie des régions, faible recours aux marchés étrangers, déficit structurel des échanges extérieurs, lent amenuisement du stock monétaire, inertie face à l'innovation technique, primauté de l'agriculture, vitalité de la démographie. Tels sont les grands traits du système économique français durant les dernières décennies du XVe siècle : un système différent de celui des Pays-Bas et de la Lombardie, plus marqués par les tendances capitalistes, comme de celui de l'Europe orientale, où s'installe alors le second servage. La mainmise sur l'État monarchique représente un enjeu majeur, suscitant peurs, rébellions, complots et convoitises. Cela dit, un consensus se dégage au sein de la masse des Français pour reconnaître au roi un pouvoir fort. Ce consensus a-t-il trouvé son expression dans la création artistique, la vie intellectuelle ? Ici, la réponse est moins nette. Alors que la peinture et la musique doivent énormément à des influences venues du Nord, en revanche, un peu partout en France, une architecture seigneuriale autochtone prend son essor, dans laquelle il est permis de voir le retour en force de la noblesse. Quant à l'histoire, elle intervient aussi dans l'élaboration d'une culture nationale, fournissant au milieu dirigeant un ensemble cohérent de mythes, de modèles et de références.