Baptiste Madamour
Baptiste Madamour
L'amour en état de nature Je te cours après, mon amour, dans cette forêt touffue. C'est bientôt la nuit en ce début d'automne. Nous sommes nus. Je te perds de vue, j'accélère. La terre meuble s'effrite entre mes orteils. Je trébuche. Ma jambe heurte le tronc d'un arbre abattu. Je me vautre sur un amas de branches et tu apparais majestueuse au-dessus de moi. Tu ris de me voir au sol, tu approches, tu me chevauches, cuisses largement ouvertes, frottes ton sexe contre le mien mou et recroquevillé, tu attrapes mes poignets, tu te penches pour me murmurer que le jeu vient de commencer. [...] Un chasseur rêvant de succomber, prêt à supporter les doux sévices d'une chasseresse... sous les frondaisons qui abritent les ébats suivant la poursuite échevelée.
Frigide, elle ? Tout au contraire. Mais il faut faire voler en éclats le savoir-faire de son partenaire pour dépasser les conventions. C'est de l'innocence de celui-ci dont elle a besoin... Tu m'explores et c'est beau de te voir ne pas savoir d'avance si ça m'est agréable. Il est bien de désapprendre, d'oublier la technique, ta main trébuche, se perd, ne sait plus trop où aller, où se poser, quelle direction prendre. Tes doigts se décident à tenter, le bas du dos juste au-dessus de la raie des fesses, oui, ou plus haut le long de la nuque, oui, continue, on peut trouver de nombreux endroits à palper, effleurer, tordre, même si j'aime bien ça aussi, tes deux doigts dans ma chatte. Insondable mystère de la sexualité de chacun et de chacune, constituée de sa propre histoire, de son ressenti passé, de ses sensations vécues et surtout de son cerveau ayant engrangé une multitude de stimuli agréables qu'on souhaite voir restitués au gré des rencontres amoureuses. Dans ce très beau texte, Baptiste Madamour nous offre une version très personnelle d'On ne badine pas avec le sexe.
Heures brulantes de l'apprentissage du corps de l'autre, le premier soir, quand l'autre ne craint aucune audace... LE CUIR GLISSE SUR SA PEAU, puis s'enfonce, elle veut que je lui fasse mal, elle me dit de lui faire mal, elle veut avoir des marques sur sa peau, que ça laisse des traces, qu'au moins quelque chose laisse des traces, elle veut que ce soit douloureux, elle veut ressentir, je serre plus fort. Elle est entravée, les poignets ligotés aux montants du lit.Je prends ses collants, je m'en sers de bandeau que je noue autour de ses yeux. Quand on dit qu'un auteur est prometteur, on s'attend à ce que la promesse s'accomplisse. Constatons que Madamour est au rendez-vous dans cette nouvelle érotique. Il impose une proximité indéniable avec ses personnages, le lecteur est pris dans les méandres du désir et de la désillusion amoureuse.
Les troubles existentiels d'un enfant du siècle, meurtrier de hasard. UNE BLONDE AVEC une longue mèche et un débardeur lâche tend la main vers moi, je lui donne les bouteilles, elle marmonne un merci et retourne à sa conversation. Sa nuque est fine, sa peau doit être douce. Je me sens triste. Je ne devrais pas rester ici. Je devrais rentrer chez moi. Je ne rentre pas. Je regarde une pile de cd, je fais semblant de m'y intéresser, l'important est de ne pas montrer que personne ne me parle et que je ne parle à personne. Ne jamais faire pitié. Dans ce court roman, l'auteur dresse le portrait d'une génération à la dérive, prisonnière de la mort des utopies et empêtrée dans le consumérisme à tout crin. Quand on rajoute les MST et le boulot décérébrant, ça craint ! Demeurent les rapports entre filles et garçons et la pérennité de ses aléas : amour, tromperie, jalousie... qui peuvent vous embringuer malgré vous dans des situations extrêmes.