Antoine Nguidjol
Antoine Nguidjol
L'auteur entraîne le lecteur dans un tour d'horizon critique de l'institution scolaire africaine. Selon lui, l'école africaine est une "gendarmerie intellectuelle" issue du legs napoléonien et d'un christianisme missionnaire. La question scolaire est devenue cruciale au point de mériter une évaluation, un demi-siècle après les indépendances. La conjoncture décrite par l'auteur, bien que peu reluisante, n'annihile pas la perspective, pour les Africains, de produire eux-mêmes les connaissances qui leur sont nécessaires.
Lorsque les politiques hasardeuses de la Banque Mondiale conduisent des millions de personnes en Afrique dans un tel état de déshumanité, il devient indispensable pour l'intellectuel d'assumer sans concession une contre-culture qui défend l'Afrique, la patrie, la famille, l'identité, l'histoire, la mémoire, les traditions, l'éducation, les valeurs, les langues, etc. - qui sont autant de réseaux qui ramènent les hommes auprès d'autres hommes. Le simple bon sens nous apprend que sans patrie, sans État, sans famille, sans les valeurs de solidarité qui nous lient les uns avec les autres, nous sommes les esclaves nus de volontés extérieures plus fortes. Ce bon sens prescrit également que c'est en assumant intellectuellement ce à quoi on demande à l'Afrique de renoncer que l'intellectuel dénoue l'écheveau des raisons qui font la force de celle-ci. Car en somme, la différence de l'Afrique est ce grâce à quoi elle contribue le mieux à la diversité du monde, à l'enrichir et à le renouveler.
« Grands chantiers », « grands projets » ou « grandes réalisations » du président Biya, les Camerounais ont eu droit depuis 1984 à une gamme de desseins inlassablement reformulés qui s'étendent sur le temps long. Étrangement, le temps long est aussi la durée que s'assigne un pouvoir qui n'entend jamais passer la main. Le philosophe Antoine Nguidjol fait dans cet essai l'analyse d'une nation en péril, le Cameroun, sous la gouvernance enfumée de Paul Biya. Il décortique les racines de ce voyage au bout de la nuit avec une rare lucidité : l'impensé du régime Biya dès son accession au pouvoir, le démantèlement de l'université de Yaoundé, les dessous du droit du sol ou la guerre en régions anglophones, et bien d'autres thèmes.