Annie Cohen-Solal
Annie Cohen-Solal
« Toute ma vie, je me suis senti réfugié, je suis émigré pour toujours, je suis l'homme sans nation », confiait Christo en 2016, à l'heure où son oeuvre The Floating Piers faisait écho au drame des nouvelles routes migratoires. Dans nos sociétés, l'artiste déraciné joue un rôle crucial. Vigie, détecteur de signaux faibles, il esquisse des pistes inédites autour des questions laissées sans réponse par les politiques. Après Antonello da Messina, cette galerie de portraits nous conduit du jeune Picasso, fiché par la « police des étrangers », à Huang Yongping, qui s'établit en France à la suite de la répression de la place Tian'anmen en 1989. Avec les trajectoires d'Amedeo Modigliani, Alexander Calder, Mark Rothko, Cy Twombly ou Christo et Jeanne-Claude, cette plongée dans le monde de l'art dévoile comment, pour reprendre le mot de Sartre, un étranger, un « métèque », peut parfois s'imposer en « météore » pour venir « déchirer le ciel et l'eau de la lagune ».
Né Marcus Rotkovitch à Dvinsk dans l'Empire russe, Mark Rothko (1903-1970) émigre à l'âge de dix ans aux États-Unis. Il emporte avec lui son éducation talmudique ainsi que les souvenirs des pogroms et des persécutions de son enfance. Mais l'expérience du déracinement ou les stigmatisations contre lesquelles il dut naviguer dans son pays d'accueil deviennent les moteurs de la subversion esthétique portée dans ses tableaux : dès 1950, il est célébré comme un pionnier de l'abstraction. Mais l'artiste poursuit sa recherche : la Rothko Chapel, inaugurée en 1971 à Houston (Texas) et conçue comme lieu de méditation en prise sur les débats politiques de son temps, reste sans doute son oeuvre la plus aboutie. En nouant des alliances créatives avec artistes, mécènes et commissaires ayant l'immigration en partage, Rothko creuse un sillon cosmopolite dans les États-Unis des sixties aux prises avec leurs propres démons. Annie Cohen-Solal nous donne à voir ici toutes les facettes de cet artiste majeur du XXe siècle qui fut aussi un intellectuel engagé, passionné par la transmission, et dont la dimension spirituelle reste ancrée dans la richesse de sa propre histoire.
Né Marcus Rotkovitch à Dvinsk dans l'Empire russe, Mark Rothko (1903-1970) émigre à l'âge de dix ans aux États-Unis. Il emporte avec lui son éducation talmudique ainsi que les souvenirs des pogroms et des persécutions de son enfance. Mais l'expérience du déracinement ou les stigmatisations contre lesquelles il dut naviguer dans son pays d'accueil deviennent les moteurs de la subversion esthétique portée dans ses tableaux : dès 1950, il est célébré comme un pionnier de l'abstraction. Mais l'artiste poursuit sa recherche : la Rothko Chapel, inaugurée en 1971 à Houston (Texas) et conçue comme lieu de méditation en prise sur les débats politiques de son temps, reste sans doute son oeuvre la plus aboutie. En nouant des alliances créatives avec artistes, mécènes et commissaires ayant l'immigration en partage, Rothko creuse un sillon cosmopolite dans les États-Unis des sixties aux prises avec leurs propres démons. Annie Cohen-Solal nous donne à voir ici toutes les facettes de cet artiste majeur du XXe siècle qui fut aussi un intellectuel engagé, passionné par la transmission, et dont la dimension spirituelle reste ancrée dans la richesse de sa propre histoire.
"Je ne suis pas marchand d'art, je suis galeriste", disait Leo Castelli (1907-1999). Ce grand bourgeois dilettante domina le marché de l'art contemporain américain pendant plus de quatre décennies au point d'en changer toutes les règles. Entre Trieste, Vienne, Milan, Bucarest et Paris, sa trajectoire est exemplaire de celle de ces Juifs cosmopolites, menacés dans les convulsions politiques du XXe siècle, qui durent s'exiler aux États-Unis. Il ouvre sa première galerie à New York en 1957, repérant et orchestrant la succession accélérée des mouvements artistiques : Pop Art, Minimal Art, art conceptuel. Il assure, à la manière européenne, son soutien financier aux artistes qu'il héroïse : Jasper Johns, Robert Rauschenberg, Frank Stella, Roy Lichtenstein, Andy Warhol, James Rosenquist, etc. Il mobilise les réseaux culturels, médiatiques et mondains dont il est devenu familier, et révolutionne le statut de l'artiste, assurant à l'art américain de son époque une absolue hégémonie. Derrière ce personnage érudit et affable se cache pourtant une histoire beaucoup plus complexe, dramatique et mystérieuse, racontée ici comme une véritable odyssée.
"Je ne suis pas marchand d'art, je suis galeriste", disait Leo Castelli (1907-1999). Ce grand bourgeois dilettante domina le marché de l'art contemporain américain pendant plus de quatre décennies au point d'en changer toutes les règles. Entre Trieste, Vienne, Milan, Bucarest et Paris, sa trajectoire est exemplaire de celle de ces Juifs cosmopolites, menacés dans les convulsions politiques du XXe siècle, qui durent s'exiler aux États-Unis. Il ouvre sa première galerie à New York en 1957, repérant et orchestrant la succession accélérée des mouvements artistiques : Pop Art, Minimal Art, art conceptuel. Il assure, à la manière européenne, son soutien financier aux artistes qu'il héroïse : Jasper Johns, Robert Rauschenberg, Frank Stella, Roy Lichtenstein, Andy Warhol, James Rosenquist, etc. Il mobilise les réseaux culturels, médiatiques et mondains dont il est devenu familier, et révolutionne le statut de l'artiste, assurant à l'art américain de son époque une absolue hégémonie. Derrière ce personnage érudit et affable se cache pourtant une histoire beaucoup plus complexe, dramatique et mystérieuse, racontée ici comme une véritable odyssée.
Pourquoi le 18 juin 1901 Picasso est-il « signalé comme anarchiste » à la Préfecture de police, quinze jours avant sa première exposition parisienne ? Pourquoi le 1er décembre 1914 près de sept cents peintures, dessins et autres oeuvres de sa période cubiste sont-ils séquestrés par le gouvernement français pour une période qui dure près de dix ans ? D'où vient l'absence presque totale de ses tableaux dans les collections publiques du pays jusqu'en 1947 ? Comment expliquer, enfin, que Picasso ne soit jamais devenu citoyen français ? Si l'oeuvre de l'artiste a suscité expositions, ouvrages et commentaires en progression exponentielle à la hauteur de son immense talent, la situation de Picasso « étranger » en France a paradoxalement été négligée. C'est cet angle inédit qui constitue l'objet de ce livre. Pour l'éclairer, il faut exhumer des strates de documents ensevelis, retrouver des fonds d'archives inexploités, en rouvrir, un à un, tous les cartons, déplier chacune des enveloppes, déchiffrer les différentes écritures manuscrites. Alors tout s'organise autrement et le statut de l'artiste se révèle beaucoup plus complexe qu'on ne l'imaginait. Un étranger nommé Picasso nous entraîne dans une enquête stupéfiante sur les pas de l'artiste surdoué, naviguant en grand stratège dans une France travaillée par ses propres tensions. On le voit imposer au monde son oeuvre magistrale, construire ses propres réseaux et devenir un puissant vecteur de modernisation du pays. Un modèle à contempler et peut-être à suivre.
Après l'enterrement de Sartre, en avril 1980, on eut l'impression que la France venait d'enterrer Victor Hugo pour la deuxième fois. Puis son oeuvre s'embarqua dans une étrange aventure, faite de bonheurs et de malheurs, selon les pays et selon les époques. Dans cet essai, Annie Cohen-Solal porte sur cette pensée en mouvement un regard nouveau, nourri de ses voyages à travers le monde et des lectures auxquelles il lui a été donné d'assister. Car, pendant qu'en France on s'amusait à chercher des poux dans la tête de Socrate, les hommes en provenance d'Europe, d'Afrique, d'Asie, d'Océanie, des deux Amériques s'accordaient sur un point : le message de Sartre restait, aux yeux de leurs intellectuels, un outil de référence pour déchiffrer leur époque.
Après l'enterrement de Sartre, en avril 1980, on eut l'impression que la France venait d'enterrer Victor Hugo pour la deuxième fois. Puis son oeuvre s'embarqua dans une étrange aventure, faite de bonheurs et de malheurs, selon les pays et selon les époques. Dans cet essai, Annie Cohen-Solal porte sur cette pensée en mouvement un regard nouveau, nourri de ses voyages à travers le monde et des lectures auxquelles il lui a été donné d'assister. Car, pendant qu'en France on s'amusait à chercher des poux dans la tête de Socrate, les hommes en provenance d'Europe, d'Afrique, d'Asie, d'Océanie, des deux Amériques s'accordaient sur un point : le message de Sartre restait, aux yeux de leurs intellectuels, un outil de référence pour déchiffrer leur époque.
Une nouvelle aventure de Martin, le héros de : LE FAUCON DÉNICHÉ Après avoir déniché un faucon en bravant les lois seigneuriales, Martin s'oppose une nouvelle fois au château. On veut l'enfermer dans les cuisines, pour qu'il devienne tournebroche ! Il ne pourra plus parcourir la forêt où, jeune serf, il vit ses plus beaux moments de liberté. Un jour, une présence mystérieuse se dissimule sous les feuillages et Martin se sent épié... Peut-il se douter qu'une grande aventure commence ? Pour une fois, c'est à lui qu'on va demander de l'aide...
Comment saisir une oeuvre aussi imposante, qui en abordant tous les domaines d'écriture s'adresse à tous les publics ? Comment cerner "l'entreprise" sartrienne qui s'attacha à déchiffrer les aléas politiques et éthiques de son siècle ? Comment approcher "Sartre tout entier" avec ses revirements, ses outrances, ses enthousiasmes ? Un volume idéal pour comprendre une oeuvre multiforme.