Anne Wiazemsky
Anne Wiazemsky
"À mesure que le bac se rapprochait de La Rochelle, j'oubliais maman et la semaine auprès d'elle : c'était déjà du passé, cela ne comptait plus. Une nouvelle existence m'attendait, dont j'ignorais tout, mais qui allait modifier profondément le cours de ma vie, je le savais, je le voulais. Autour de moi, des vacanciers insouciants parlaient plages, météo, sorties en mer. En les regardant, en écoutant leurs propos, j'avais maintenant l'impression d'appartenir à un autre monde. Dans mon sac, il y avait une carte de Robert Bresson datée du 10 juillet : Je vous attends. Je suis sûr que tout ira merveilleusement bien. À jeudi." Anne Wiazemsky
"Un jour de juin 1966, j'écrivis une courte lettre à Jean-Luc Godard adressée aux Cahiers du Cinéma, 5 rue Clément-Marot, Paris 8e. Je lui disais avoir beaucoup aimé son dernier film, Masculin Féminin. Je lui disais encore que j'aimais l'homme qui était derrière, que je l'aimais, lui. J'avais agi sans réaliser la portée de certains mots."
"À mesure que le bac se rapprochait de La Rochelle, j'oubliais maman et la semaine auprès d'elle : c'était déjà du passé, cela ne comptait plus. Une nouvelle existence m'attendait, dont j'ignorais tout, mais qui allait modifier profondément le cours de ma vie, je le savais, je le voulais. Autour de moi, des vacanciers insouciants parlaient plages, météo, sorties en mer. En les regardant, en écoutant leurs propos, j'avais maintenant l'impression d'appartenir à un autre monde. Dans mon sac, il y avait une carte de Robert Bresson datée du 10 juillet : Je vous attends. Je suis sûr que tout ira merveilleusement bien. À jeudi." Anne Wiazemsky
"Un jour de juin 1966, j'écrivis une courte lettre à Jean-Luc Godard adressée aux Cahiers du Cinéma, 5 rue Clément-Marot, Paris 8e. Je lui disais avoir beaucoup aimé son dernier film, Masculin Féminin. Je lui disais encore que j'aimais l'homme qui était derrière, que je l'aimais, lui. J'avais agi sans réaliser la portée de certains mots."
"La traque des étudiants se poursuivait boulevard Saint-Germain et rue Saint-Jacques. Des groupes de jeunes, garçons et filles mélangés, se battaient à mains nues contre les matraques des policiers, d'autres lançaient différents objets ramassés sur les trottoirs. Parfois, des fumées m'empêchaient de distinguer qui attaquait qui. Nous apprendrions plus tard qu'il s'agissait de gaz lacrymogènes. Le téléphone sonna. C'était Jean-Luc, très inquiet, qui craignait que je n'aie pas eu le temps de regagner notre appartement. "Écoute Europe numéro 1, ça barde au Quartier latin !" Nous étions le 3 mai 1968." Anne Wiazemsky.
"La traque des étudiants se poursuivait boulevard Saint-Germain et rue Saint-Jacques. Des groupes de jeunes, garçons et filles mélangés, se battaient à mains nues contre les matraques des policiers, d'autres lançaient différents objets ramassés sur les trottoirs. Parfois, des fumées m'empêchaient de distinguer qui attaquait qui. Nous apprendrions plus tard qu'il s'agissait de gaz lacrymogènes. Le téléphone sonna. C'était Jean-Luc, très inquiet, qui craignait que je n'aie pas eu le temps de regagner notre appartement. "Écoute Europe numéro 1, ça barde au Quartier latin !" Nous étions le 3 mai 1968." Anne Wiazemsky.
En septembre 1944, Claire, ambulancière à la Croix-Rouge française, se trouve à Béziers avec sa section, alors que dans quelques mois elle suivra les armées alliées dans un Berlin en ruine. Elle a vingt-sept ans, c'est une très jolie jeune femme avec de grands yeux sombres et de hautes pommettes slaves. Si on lui en fait compliment, elle feint de l'ignorer. Elle souhaite n'exister que par son travail depuis son entrée à la Croix-Rouge, un an et demi auparavant. Son courage moral et physique, son ardeur font l'admiration de ses chefs. Ses compagnes, parfois issues de milieux sociaux différents du sien, ont oublié qu'elle est la fille d'un écrivain célèbre, François Mauriac, et la considèrent comme l'une d'entre elles, rien de plus. Au volant de son ambulance, quand elle transporte des blessés vers des hôpitaux surchargés, elle se sent vivre pour la première fois de sa jeune vie. Mais à travers la guerre, sans même le savoir, c'est l'amour que Claire cherche. Elle va le trouver à Berlin.
En septembre 1944, Claire, ambulancière à la Croix-Rouge française, se trouve à Béziers avec sa section, alors que dans quelques mois elle suivra les armées alliées dans un Berlin en ruine. Elle a vingt-sept ans, c'est une très jolie jeune femme avec de grands yeux sombres et de hautes pommettes slaves. Si on lui en fait compliment, elle feint de l'ignorer. Elle souhaite n'exister que par son travail depuis son entrée à la Croix-Rouge, un an et demi auparavant. Son courage moral et physique, son ardeur font l'admiration de ses chefs. Ses compagnes, parfois issues de milieux sociaux différents du sien, ont oublié qu'elle est la fille d'un écrivain célèbre, François Mauriac, et la considèrent comme l'une d'entre elles, rien de plus. Au volant de son ambulance, quand elle transporte des blessés vers des hôpitaux surchargés, elle se sent vivre pour la première fois de sa jeune vie. Mais à travers la guerre, sans même le savoir, c'est l'amour que Claire cherche. Elle va le trouver à Berlin.
Des hommes, des femmes et des enfants, demeuraient serrés les uns contre les autres sur les ponts. Beaucoup pleuraient en silence. Beaucoup s'étreignaient. D'autres restaient à l'écart, prostrés dans une douleur muette. Tous éprouvaient le même chagrin, la même détresse devant l'inconnu qui s'ouvrait devant eux et qui ressemblait à cette nuit si noire et si hostile. Chacun, à ce moment, se retrouvait seul dans sa souffrance. Et chacun s'accrochait à une certaine idée de la vie, se promettait qu'il reviendrait, que l'exil ne durerait pas. Quelques-uns, seulement, savaient. Ceux-là regardaient disparaître les côtes de Russie le coeur déchiré, croyant encore les voir, quand il n'y avait plus rien que les vagues et l'eau, à l'infini. Ils savaient que sur les milliers d'émigrants qui avaient dû fuir la Crimée, ce 11 avril 1919, presque aucun ne reviendrait.
Betty sursauta. Cette fois, elle était sûre d'avoir entendu crisser le gravier. Quelqu'un se déplaçait le long du mur de la villa, se rapprochait de sa chambre. Du salon, la radio toujours allumée diffusait les accords de harpe qui annonçaient le début de l'émission Le Masque et la Plume. Betty, alors, se leva et se dirigea vers la fenêtre avec le sentiment précis qu'une chose horrible l'y attendait. Elle ne se trompait pas. Posée sur le rebord, la tête décapitée d'un écureuil la regardait. La vie de Betty, douze ans, se transforme le jour où elle rencontre Yvon, un malade échappé de l'hôpital psychiatrique. Elle décide de le protéger et le cache dans sa cabane. Elle ose, mue par un appel mystérieux vers une autre vie, défier l'autorité paternelle, braver la police et transgresser les règles. Avec ce livre pudique et sensuel, Anne Wiazemsky nous offre un roman d'apprentissage qui aborde avec tendresse l'éclosion de la féminité.
Betty sursauta. Cette fois, elle était sûre d'avoir entendu crisser le gravier. Quelqu'un se déplaçait le long du mur de la villa, se rapprochait de sa chambre. Du salon, la radio toujours allumée diffusait les accords de harpe qui annonçaient le début de l'émission Le Masque et la Plume. Betty, alors, se leva et se dirigea vers la fenêtre avec le sentiment précis qu'une chose horrible l'y attendait. Elle ne se trompait pas. Posée sur le rebord, la tête décapitée d'un écureuil la regardait. La vie de Betty, douze ans, se transforme le jour où elle rencontre Yvon, un malade échappé de l'hôpital psychiatrique. Elle décide de le protéger et le cache dans sa cabane. Elle ose, mue par un appel mystérieux vers une autre vie, défier l'autorité paternelle, braver la police et transgresser les règles. Avec ce livre pudique et sensuel, Anne Wiazemsky nous offre un roman d'apprentissage qui aborde avec tendresse l'éclosion de la féminité.
"Un paysan appelé Vania poussait une barque. Des enfants l'entouraient. Il est mort d'un arrêt du coeur, là, quelque part dans l'herbe. Les enfants ont grandi en exil, sous d'autres nationalités. Ils sont devenus français, anglais, américains. La plupart ne sont jamais revenus en Russie." Anne Wiazemsky
Amoureuse abandonnée, comédienne presque débutante, Alexandra accepte un des principaux rôles de l'injouable Penthésilée de Kleist, sauvage tragédie de l'amour impossible qu'un metteur en scène génial et caractériel, Jean Lucerne, veut présenter au festival d'Avignon. Comme une lèpre invisible, la perversité des rôles et des situations de la pièce contamine les personnages de chair, étrange matière humaine que façonne Lucerne dans une sorte de délire destructeur autant que créateur, qui culminera avec la première représentation. D'Alma la vedette à Linou le 'petit chat' débutant, du mystérieux Jérémy au rayonnant David, les protagonistes du récit, tous singuliers, tous inoubliables, nous introduisent dans l'univers mal connu du spectacle théâtral et de son alchimie. Alexandra, finalement, y rencontrera son destin.
Caracas, 20 avril 1962. Pour la troisième fois, Roséliane, treize ans, fille de haut fonctionnaire, embarque sur le magnifique transatlantique Balboa : une traversée de douze jours va la mener en France pour les vacances scolaires. Femmes seules, officiers séducteurs, dîners, fêtes : l'oeil aigu, l'âme troublée, le coeur en alerte, entre la magie de l'enfance, son humour féroce, et les émois de l'adolescence, en compagnie de Dimitri ou de sa nouvelle amie Dominique, inquiétante et fascinante, Roséliane observe le ballet des conquêtes, des jalousies, des abandons, des jeux adultes. Que se passe-t-il, la nuit, dans les cabines, dans les coursives, autour de la piscine ? Et à quoi joue donc sa mère, la belle Pauline ? Les réponses ne lui seront données qu'au terme du voyage qui restera dans sa mémoire, avec ses enchantements et ses désillusions, comme le passage déchirant d'une de ces frontières imaginaires en deçà desquelles on ne revient jamais.
En vacances avec des amis sur une île du midi de la France, Laure attend un coup de téléphone de son amant. De la terrasse de l'hôtel à la plage, elle guette son appel, pense à lui en comptant les jours, oscille entre espoir et désespoir... Les rêves et les inquiétudes d'une femme amoureuse racontés avec sensibilité et tendresse par l'auteur de Jeune fille.
En vacances avec des amis sur une île du midi de la France, Laure attend un coup de téléphone de son amant. De la terrasse de l'hôtel à la plage, elle guette son appel, pense à lui en comptant les jours, oscille entre espoir et désespoir... Les rêves et les inquiétudes d'une femme amoureuse racontés avec sensibilité et tendresse par l'auteur de Jeune fille.
"- Allô ? Allô ? Anne ? C'est vous ? Oui, je reconnais votre voix... Elle n'est plus la même, plus grave, moins enfantine... Mais tout ce temps qui a passé... Je vous ai déjà appelée il y a une demi-heure, il y avait une machine, un répondeur, un truc, je n'ai pas laissé de message. Juste avant, j'avais entendu par hasard votre intervention à la radio. J'étais si stupéfait! Je conduisais, j'ai stoppé net et me suis arrêté dans le premier café. Un annuaire et vlan je vous appelle. J'ai repris la voiture et j'étais si ému que j'ai failli emboutir un arbre! Vous entendre, à la radio tant d'années après, vous ne pouvez imaginer le choc ! Et là, juste dans la façon dont vous avez dit "allô", je vous ai reconnue ! - Père Deau !"
"- Allô ? Allô ? Anne ? C'est vous ? Oui, je reconnais votre voix... Elle n'est plus la même, plus grave, moins enfantine... Mais tout ce temps qui a passé... Je vous ai déjà appelée il y a une demi-heure, il y avait une machine, un répondeur, un truc, je n'ai pas laissé de message. Juste avant, j'avais entendu par hasard votre intervention à la radio. J'étais si stupéfait! Je conduisais, j'ai stoppé net et me suis arrêté dans le premier café. Un annuaire et vlan je vous appelle. J'ai repris la voiture et j'étais si ému que j'ai failli emboutir un arbre! Vous entendre, à la radio tant d'années après, vous ne pouvez imaginer le choc ! Et là, juste dans la façon dont vous avez dit "allô", je vous ai reconnue ! - Père Deau !"
Leurs mères s'en étaient allées, bras dessus, bras dessous, sous le prétexte de visiter la maison et de retrouver les autres adultes, sur la terrasse. 'Amusez-vous, faites connaissance !' avait claironné Claudie tandis que Pauline avait murmuré furtivement à Dimitri : 'Tout va bien se passer.' Quand elles se furent éloignées, les sept garçons entourèrent aussitôt les nouveaux venus. Conscients d'être soumis à un examen, ceux-ci n'avaient qu'une seule envie : se sauver. Mais se sauver où ? 'Nous sommes cernés par les Japs', pensait Dimitri en se prenant pour Buck Danny, un de ses héros de bande dessinée préférés. Quant à Roséliane, seule fille au milieu de huit garçons, elle se sentait fille pour la première fois de sa vie. Ce n'était ni agréable, ni désagréable, c'était nouveau.
Pourquoi le père d'Anne a-t-il demandé, dans son testament, qu'on donne à une certaine dame résidant à Genève le disque bien connu d'Édith Piaf Hymne à l'amour ? Pourquoi la même chanson a-t-elle une si grande importance pour sa mère, comme si elle avait été l'hymne national d'une passion défunte ? Plus tard, bien plus tard, Anne partira pour Genève, à la recherche de la mystérieuse dame qu'avait aimée son père. Ce beau livre, écrit avec tendresse, recèle bien d'autres histoires. Par exemple celle de Madeleine, qui avait illuminé les jeunes années de l'auteur. Il était si doux, pour les enfants, de se blottir contre ses jolis seins. Malgré la déchéance finale de Madeleine, elle aussi inspire un hymne à l'amour. De temps en temps, l'illustre grand-père, François Mauriac, apparaît au moment le plus insolite. Va-t-il se fâcher ? Le temps qui a passé permet d'en rire. On oublie pour un instant tous ces coeurs blessés qu'Anne Wiazemsky sait faire renaître avec l'ambiguïté du souvenir.
Marimé, c'est une demeure familiale en Bretagne, tout au bord de la mer. Malgré son passé, malgré tant de jours heureux - ou de secrets drames familiaux -, la famille Chevalier s'en désintéresse. Seule Catherine ressent comme une intolérable blessure les menaces d'abandon de la vieille propriété de sa jeunesse. Catherine, photographe, se retrouve à Marimé avec son amie Annie, plus jeune, comédienne, 'goinfre des choses'. À l'improviste, Florence viendra les rejoindre ; Florence la lumineuse, la rassurante, la bien-mariée, l'heureuse mère. À peine est-elle là, d'ailleurs, que les menaces s'éloignent, que Marimé semble revivre. Et l'arrière-été est si beau... C'est par des chemins rapides, inattendus et sournois que la mort, l'amour et la vie viendront choisir en quelques jours, parmi ces trois femmes, leurs proies. Laquelle sera sauvée, laquelle se perdra ? Trois destins de femmes d'aujourd'hui, si proches, si dissemblables.