Anctil Pierre
Anctil Pierre
Quelle fut la réaction des francophones du Québec aux premières manifestations de la diversité culturelle à l'aube du XXe siècle ? Comment, en particulier, ont-ils accueilli les immigrants irlandais, juifs est-européens et chinois dans la ville de Québec ? En ces temps de bouleversement et de conditions économiques extrêmement difficiles, la population francophone majoritaire semble pour le moins inquiète, confuse et très réticence face à la venue de ces immigrants qui doivent surmonter de nombreux obstacles pour s'intégrer à la société canadienne-française. C'est du moins ce que révèle l'étude qu'a menée l'auteur de ce livre qui, par le prisme du journal L'Action catholique - soutenu par l'Église et représentatif des opinions d'une grande partie des élites francophones conservatrices -, décrit l'apparition de commerces juifs dans la capitale provinciale, et notamment l'ouverture, en 1931, du grand magasin Pollack. Avec une écriture limpide, et appuyé par plusieurs images d'archive et des sources écrites, l'historien trace le portrait précis d'un sujet qui donne à mieux comprendre les enjeux politiques et idéologiques de la diversité religieuse jusqu'à aujourd'hui.
La position du journal Le Devoir à l'endroit de la communauté juive de Montréal et du judaïsme en général représente l'un des enjeux historiographiques les plus discutés de l'histoire juive canadienne. Les travaux rédigés en anglais évoquent souvent Le Devoir comme un exemple patent du repli idéologique et nationaliste du Canada français au cours des années 1930.Or, aucune étude sérieuse ne semblait jusqu'à aujourd'hui étayer ou réfuter ces thèses. Pierre Anctil s'est donc attaqué à cette question dans ce quatrième ouvrage d'une série d'études consacrées au journal Le Devoir.Des deux cents éditoriaux consacrés entièrement ou de manière partielle à la présence juive à Montréal, à l'antisémitisme en Allemagne et à la Shoah, soixante ont été retenus et reproduits en entier, en plus d'être commentés. À la lecture de ces textes, on peut percevoir le trouble et la confusion des éditorialistes à l'endroit de la modernité qui s'affirme peu à peu dans le Canada français, en même temps que se dessine un projet de société basé sur de nouvelles formes de solidarité sociale.Pierre Anctil est professeur titulaire au Département d'histoire de l'Université d'Ottawa, où il enseigne l'histoire canadienne contemporaine. Docteur en anthropologie sociale de la New School for Social Research de New York, ses principaux champs de recherche sont l'histoire de l'immigration au Québec et au Canada et la culture juive de Montréal.