Amelie Gregorio
Amelie Gregorio
Négligé par la critique postcoloniale, le théâtre, dans ses formes variées, et notamment populaires, a pourtant largement accompagné la colonisation française de l'Afrique du Nord et la formation d'un esprit colonial, depuis le débarquement des troupes françaises en Algérie en 1830 jusqu'au grand rendez-vous impérialiste que fut l'Exposition coloniale de 1931. S'appuyant sur des préjugés existants, les renforçant, en forgeant parfois de nouveaux pour les besoins du spectacle, les pièces écrites à l'époque coloniale ont donné de multiples représentations de la figure de « l'Arabe » : bestial, fourbe, idiot ou « exotique », dans tous les cas inférieur au « Blanc », cet « autre » apparaît toujours comme un être dominé. À partir de l'analyse historique, sociologique et esthétique d'un répertoire méconnu de près de deux cents pièces, mais aussi de leur mise en scène et de leur réception par la critique et des publics divers, Amélie Gregório interroge la transformation des représentations en discours, sans perdre de vue les enjeux proprement artistiques et sans prétendre a priori que toute pièce représentant des « Arabes » est obligatoirement, et de façon univoque, idéologique.
Ce dossier est composé d'articles écrits dans la perspective de cerner les interprétations et la mémoire, en Algérie et en France, des événements survenus en 1871. Pour la France en guerre depuis des mois contre les armées allemandes coalisées autour de la Prusse, l'année 1870 s'achève sur un bilan négatif et, le 28 janvier 1871, le gouvernement républicain est contraint de signer un armistice. Au printemps 1871, il doit faire face à un nouveau conflit sur l'autre rive de la Méditerranée. Appuyant la lutte du bachaga Mohamed El Mokrani qui est entré en guerre contre l'occupant le 16 mars, le cheikh Ameziane El Haddad proclame le djihad pour libérer la Kabylie de l'envahisseur. Des environs d'Alger à la frontière tunisienne, les insurgés détruisent des fermes et des villages. Après la mort d'El Mokrani en mai et la demande de paix d'El Haddad en juillet, la reddition des Zouara en septembre sonne le glas de l'insurrection. Sa répression s'est accompagnée de lourdes condamnations pour les chefs de celle-ci et, dans un contexte où le traité de Francfort a obligé la France à céder l'Alsace et la Moselle à l'Empire allemand, d'une mise sous séquestre de terres qui sont revendues à bas prix. À partir d'oeuvres et de sources diverses, chroniques, romans, représentations théâtrales, essais, recueils poétiques, ce dossier étudie comment cette matière historique constituée d'une série de défaites - de la France face au nouvel Empire allemand, de la politique française en Algérie, de l'insurrection déclenchée par El Mokrani - a nourri les représentations et les imaginaires de part et d'autre de la Méditerranée.