Albert Memmi
Albert Memmi
Dans ce livre initialement publié en 1985 chez Grasset dans l'emblématique collection « Ce que je crois », le grand intellectuel franco-tunisien Albert Memmi, auteur du célèbre Portrait du colonisé plonge au coeur des sujets les plus fondamentaux de la condition humaine : l'identité, le travail, la famille, l'amour, la politique, la religion, l'art. Plutôt qu'un traité méthodique, l'ouvrage est une méditation libre, qui explore les idéaux et les hypothèses formant la vision du monde de l'auteur. Penseur du postcolonialisme, Albert Memmi y expose ses convictions sur les questions de racisme et d'exclusion, sur les tensions culturelles et sociales d'un monde structuré par les inégalités. Plus que jamais d'actualité, il s'interroge sur la question de l'identité et de la validité du moi comme unicité. Essai, sans doute, et important, mais aussi mémoire intime, où Albert Memmi parsème son texte d'évocations nostalgiques et de souvenirs vivaces sur sa Tunisie natale. Une autobiographie intellectuelle majeure, par l'une des grandes voix de la littérature que l'on n'appelait pas encore postcoloniale.
Avec la réédition de ses Portraits, accompagnée de nombreux textes critiques, il s'agit d'ouvrir, pour la première fois, le procès du postcolonial au Maghreb - le terme procès étant pris dans sa double acceptation de procédure de remise en cause et de processus. C'est donc à une pensée à l'oeuvre à laquelle ces Portraits nous donnent accès, de la situation coloniale à la situation postcoloniale.
Dans le roman d'Albert Memmi "Le scorpion", le héros principal - également écrivain - se pose un difficile problème technique : comment suggérer au lecteur les différents niveaux de la vérité, de l'imaginaire au constat, en passant par l'émotion amoureuse ou poétique. Pour aider son héros, l'auteur élabore un véritable système d'écritures colorées, où la passion serait en rouge, la vérité en gris, l'analogie en jaune, et la fantaisie en bleu... Voici l'essai rédigé à cette occasion. On y verra que par delà un procédé littéraire, insolite et passionnant, Albert Memmi aboutit à une classification des langages et à une éthique de l'écrit.
Le bonheur est-il possible ? Est-il légitime ? Albert Memmi répond deux fois oui. Non par le seul raisonnement, mais en énumérant les moyens, fort simples, d'atteindre cet état, certes relatif, discontinu, modeste, nommé bonheur ou encore, peu importe, joie d'exister, contentement. Il recense aussi les moyens de le manquer sûrement. Contre la précipitation, il rappelle les vertus de la lenteur, celles de la sieste, ou de la prière ; contre l'affreux plein-temps (plein de quoi ?), la part légitime du plaisir maîtrisé ; celle, inesquivable, de la présence des autres dans notre vie ; il suggère de réapprendre à manger, à lire... Ce livre, qui reprend les fameux « billets » parus dans Le Monde, peut se lire chaque chapitre séparément ; il possède aussi une profonde unité : celle de cette recherche obstinée du bonheur. On pourrait y découvrir l'esquisse d'une philosophie.
« La dépendance est une relation contraignante, plus ou moins acceptée, avec un être, un objet, un groupe ou une institution réels ou idéels, et qui relève de la satisfaction d'un besoin ou d'un désir. » C'est ainsi qu'Albert Memmi définit la dépendance, qui, contrairement à la sujétion - avec laquelle on la confond parfois -, est plus ou moins acceptée, parce qu'elle est attente ou recherche d'un objet de pourvoyance auprès d'un pourvoyeur. À l'aide d'exemples concrets, et notamment grâce à l'analyse détaillée de films célèbres - Portier de nuit, Scènes de la vie conjugale, L'Empire des sens -, Albert Memmi montre comment des réseaux de dépendances-pourvoyances se tissent pour former la trame de toute existence - par exemple entre le malade et son médecin, l'homme et l'animal, l'alcoolique et l'alcool, etc. « La dépendance, poursuit Albert Memmi, n'est ni une faute, ni une maladie. À la base de nombreuses valeurs et institutions, elle affirme un trait constant de la condition humaine : l'homme aura toujours besoin d'aide. »