Weaponery
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Un enfant habillé en ange, - c'est-à-dire demi-nu, avec une fine petite chemise et, aux épaules, les deux ailes d'un pigeon blanc... C'était au beau soleil d'un mois de juin méridional, dans l'extrême Provence confinant à l'Italie. Il marchait, à une procession de Fête-Dieu, en compagnie de trois autres en costume pareil. Les trois autres anges étaient blonds et cheminaient les yeux baissés, comme prenant au sérieux tout cela. Lui, le petit Jean, très brun au contraire et tout bouclé, le plus joli de tous et le plus fort, dévisageait comiquement ceux qui s'agenouillaient sur sa route, pas recueilli du tout et possédé d'une visible envie de s'amuser. Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
Le jeune Jean Berny, après avoir échoué au concours d'entrée à l'école navale, s'engage comme mousse. Première amertume... la première d'une longue série. Seul un marin pouvait évoquer la rude vie, les incertitudes, les espérances d'un marin. Illusions et désillusions... Ce roman est le troisième sur la mer, et le moins connu, que Pierre Loti a écrit.
« À Brest, où ils arrivèrent un matin incoloré, au lever du jour, ils furent saisis, glacés, - eux, les pauvres transfuges d'un pays de soleil, - par ce changement absolu de climat, qu'on sentait en toutes choses, par l'hiver qui était ici, par le morne et le gris qui régnaient partout. Dans un petit hôtel modeste, ils se firent conduire, ayant ces airs craintifs des gens qui veulent dépenser très peu et pour qui les moindres pièces sont comptées. Lui d'ailleurs se laissait mener comme s'il fût redevenu petit enfant, sans volonté à présent tout à coup, doucement soumis, passif, et se sentant le coeur gonflé d'amer chagrin. Un peu distrait de temps à autre, cependant, par tout ce que présentait d'étrange à ses yeux cette ville de granit sombre, avec ses effroyables remparts, sa population maritime du Nord et son ciel de pluie ; se retournant dans les rues, pour regarder passer ces cols bleus pareils à ceux qu'il porterait bientôt, - et, quelquefois, charmé anxieusement, au fond de lui-même, par tout cet inconnu de la vie qui était encore en avant de sa route. »
Matelot raconte l'histoire de Jean Berny, jeune homme passionné de mer, contraint de s'engager comme simple matelot après son échec à l'École navale.
Matelot (1893) complète la trilogie des romans de la mer, après Mon frère Yves et Pêcheur d'Islande. Jean Berny, ayant échoué à Navale, s'engage comme simple matelot dans la marine marchande. La suite est d'une tragique simplicité : une existence très dure, des amours sans lendemain, le renoncement à devenir officier, et finalement la maladie dans les marais d'Extrême-Orient, d'où le héros est ramené agonisant, comme Rimbaud à la même époque. Ce troisième roman de la mer est moins connu que les deux autres. C'est injuste. Loti y a mis, de même, une part de son existence maritime et amoureuse, et y poursuit sa quête autobiographique, ses fantasmes, ses angoisses, sa maison natale, sa mère. S'y ajoute, pour une fois, la religion, "mythe adorable". Comme l'écrit un critique : "Il nous parle de la mer et des marins comme seul un marin doublé d'un romancier pouvait nous en parler."
Un roman où la musique et la passion donnent aux héros une si grande vérité que des musicologues doute de l'inexistence de celui-ci.
Toute la magie et les clefs de la chasse dans un petit livre univers.