Philippe De Saint Robert
Philippe De Saint Robert
« Je n'aime pas les commémorations, les célébrations : elles confirment trop la mort. Certes le passé prête au rêve, une douceur dans notre grisaille, une flatterie aussi. Il donne bonne conscience. Et puis il est réalisé : on ne risque plus de se tromper. Il semble toujours que ce qui a eu lieu devait concilier dans l'histoire de la vie et la mort. On sait que la mémoire a bonne presse, mais que nous dit-elle au juste, sinon notre fatalité de salut ou de perte. Elle transfigure le passéisme en optimise, la rumeur en légende, l'histoire en dogme, et voilà une stèle immobile. » P.S. R.
La vie d'une langue, c'est d'abord la vie de ceux qui la parlent. Et les mots sont aussi des idées. Au fond, la question est simple : voulons-nous encore penser avec nos propres mots, c'est-à-dire par nous-mêmes ? Entre l'excès de purisme qui, par peur des néologismes, conduit à emprunter à une langue étrangère, toujours la même, et le laxisme ou l'opportunisme du « franglais », il existe au bout du compte une complicité tacite. Philippe de Saint Robert, Commissaire général de la langue française depuis 1984, est demeuré l'écrivain engagé pour qui la France n'existerait plus vraiment si le français perdait sa vocation universelle. Il démontre, preuves à l'appui, que la vocation de notre langue demeure parfaitement actuelle. Pour autant toutefois que ceux qui la parlent en France même sachent faire qu'elle donne accès à ces domaines modernes de la culture que sont la science et la technique. Cette « Lettre ouverte » constitue une mise au point incisive et particulièrement bienvenue.