Véronique Mortaigne
Véronique Mortaigne
Le Brésil comme vous ne l’avez jamais vu : entre plages infinies, dieux métissés et chaos enchanté, Véronique Mortaigne signe un récit vibrant, à la fois déclaration d’amour et éloge de la déraison.
« "Tu sais, en fait, il n'y a rien à dire", me répète Anne Sylvestre, tout en farfouillant dans des piles de papiers, des boîtes. Elle cherche des documents, de la littérature, des photos, afin de retracer un parcours qui n'a jamais fait l'objet d'éléments de langage, ni de broderies à forte rentabilité médiatique. » Figure majeure, et discrète, de la chanson française, Anne Sylvestre fustigeait avec drôlerie un monde peuplé « d'étagères qui se prennent pour des gens / Tout bien rangé dans la tête ». Alors que sa préférence à elle allait à « ceux qui doutent », « ceux qui paniquent ». Fille d'un collaborationniste notoire, Anne Sylvestre avait la guerre, les drapeaux et les discours populistes en horreur. Un brin râleuse, elle avait cependant beaucoup d'humour. Pour les enfants, elle avait écrit les Fabulettes pour « éviter la casse », due à une société prompte à nier la différence. Jugée « révoltée compatible » par Anne Sylvestre, Véronique Mortaigne a pu saisir en toute complicité les fêlures, et les forces, de cette résiliente à l'oeil toujours malicieux. À travers un récit en jeux de miroirs et une relecture commune de chansons « où tout est dit », Véronique Mortaigne tisse les fils d'une histoire très personnelle, du renouveau féministe au Bataclan.
C'est un couple iconique : Jane Birkin et Serge Gainsbourg. Amour, glamour, érotisme, poésie, provocation. Et pourtant, tout avait si mal commencé. Ils s'étaient rencontrés sur le tournage du film Slogan. Elle, l'aristocrate anglaise, plaquée par le compositeur John Barry, débarquait à Paris avec, dans son panier d'osier, le swinging London. Lui, le fils d'émigrés russes, l'auteur du Poinçonneur des Lilas et de La Javanaise, était anéanti après sa liaison avec Brigitte Bardot. Dix-huit ans et un Channel séparaient Jane et Serge. Au printemps 1968, leur histoire d'amour mettra le feu aux sixties, rendra incandescente et plus libre la France gaullienne, celle des play-boys, de Saint-Tropez, de la jet-set, des nuits parisiennes. Leur amour aurait pu se noyer au fond de La Piscine, où Jane Birkin tourne avec Alain Delon et Maurice Ronet, se brûler quand elle se retrouve nue dans Don Juan 73 aux côtés de Brigitte Bardot, ou se fracasser dans Je t'aime moi non plus. Le duo formé par Jane et Serge est un jeu de miroirs : ils s'attirent comme des aimants amants, font éclater les frontières du genre féminin et masculin, s'enlacent telles des créatures androgynes. Au bout du compte, entre Paris et Normandie, ce double je parviendra à former une famille, épatante et frondeuse. Véronique Mortaigne révèle ici des facettes totalement inédites, souvent extravagantes ou sombres, de ce couple de légende. Elle a rencontré les témoins et arpenté les lieux de leur vie commune. Son enquête est un cocktail de vodka et champagne. L'antidote pour conjurer notre époque si lisse.
Capitaine d'industrie à l'âme d'artisan, Jacques Canetti a su déceler et révéler les talents immortels de la chanson française : Piaf, Trenet, Brassens, Brel, Vian, Félix Leclerc, Béart, Anne Sylvestre, Higelin… Françoise, sa fille, raconte l'histoire – digne d'une aventure – d'un pionnier de la production musicale. Capitaine d'industrie à l'âme d'artisan, accoucheur de talents, Jacques Canetti (1909-1997) a produit, alors qu'ils étaient inconnus, ceux qui allaient devenir les monuments de la chanson française : Piaf, Trenet, Leclerc, Brassens, Brel, Vian, Gainsbourg, Béart, Anne Sylvestre, Michel Legrand, Serge Reggiani, Jeanne Moreau, Jacques Higelin… mais aussi des humoristes tels Raymond Devos, Fernand Raynaud, Jean Yanne, sans oublier le tandem Pierre Dac-Francis Blanche. À contre-courant des diktats du marketing, Canetti a conduit " ses " artistes sans se poser la question " Est-ce que ça va se vendre ? " Il a patiemment contribué à lancer leur carrière sur la scène des Trois Baudets, dans les " tournées Canetti " et sur disque - chez Polydor, Philips et sous son propre label. " Mais quand Canetti dort-il ? ", se demandait Boris Vian face à cet infatigable enthousiaste, qui fut l'un des pionniers du jazz en France et participa, bien plus tard, à l'économie naissante de l'entertainment. L'incroyable parcours de Jacques Canetti est raconté par sa fille Françoise en une saga familiale qui débute sur les bords du Danube où les trois frères Canetti (Georges, Jacques et Elias) vont, chacun à sa façon, marquer le XXe siècle.
Manu Chao, figure majeure du rock français, est né à Paris en juin 1961, d'une mère basque et d'un père galicien. Si s'engager, c'est choisir son camp, le chanteur s'y dévoue depuis l'enfance à Boulogne-Billancourt, puis à Sèvres, passée à jouer au foot avec des fils d'ouvriers, des Portugais, des Arméniens, à écouter de la musique latino-américaine, " Hasta Siempre ", Bob Marley, Chuck Berry, ainsi que les chants révolutionnaires espagnols. Dès ses débuts, fin 1970, Manu Chao remet à l'honneur la culture latino-américaine, épicentre du jeu politique mondial. Après la dissolution de La Mano Negra, le groupe de rock alternatif fondé en 1987, et l'un des plus énergiques parmi la scène française de l'époque, l'artiste a entamé une seconde carrière : son premier album solo, Clandestino (1998), est un énorme succès. Le chanteur s'y révèle engagé, nomade, et royalement fainéant. Jouer de la musique à danser, faire du cirque à Rio, provoquer des rencontres de poètes au fond du sertao brésilien et monter dix autres projets en parallèle (en 2005, il a produit l'album d'Amadou et Mariam), font de lui un paradoxe. Lui qui a vendu près de 6 millions de disques a aussi prophétisé la disparition du CD. Tour à tour amoureux des instruments traditionnels, tout en étant l'un des pionniers de l'ordinateur, qu'il utilise comme un outil de collages sonores et d'échantillonnages d'ambiances. De Belfast à la Cité Langlet-Santy de Lyon, du Forum social de Porto Alegre au contre-G 8 de Gênes en 2001, l'artiste n'a cessé d'accompagner les mouvements altermondialistes, sans s'y engager. Défendant les eaux-de-vie traditionnelles, la marijuana et la libre circulation des personnes, Chao choisit ses combats. Avec son collectif Radio Bemba, sorte de sound system surdoué et délirant, il met en pratique une écologie de la musique mondiale. Fervent souteneur du mouvement zapatiste au Mexique, il a tourné un documentaire avec le cinéaste Emir Kusturica sur les fous de l'asile de la Colifata, près de Buenos Aires. Ce livre suit les voyages de ce champion de l'économie artistique durable, entre Barcelone, le Brésil, le Mexique, l'Argentine, et la place Pigalle.
Derrière l'écran de ses yeux bleus, Hallyday cache un inconscient français. Fort, éclatant, il a délivré la jeunesse des pesanteurs de la guerre. Né en 1943 au coeur d'un Paris occupé, le chanteur a grandi dans les années sans mémoire. Puis il a scellé les noces de l'Amérique fantasmée, celles du vieux pays européen et des grands espaces, des westerns avec motos en lieu et place des chevaux sauvages. Pour le Tour 66, sa dernière tournée, Hallyday revient au rock de ses jeunes années, aux versions françaises des chefs-d'oeuvre d'Elvis Presley, d'Eddy Cochran ou de Ray Charles. À 66 ans, il remplit des stades sous le symbole de l'aigle américain. Basique et bizarre, Johnny rassemble des fans fédérés par des idées de solitude et de partage intime de chansons dont on connaît les refrains. Chanteur populaire, Hallyday a aussi gagné ses galons auprès de l'intelligentsia par le cinéma, en compagnie de Nathalie Baye et Jean-Luc Godard, mais aussi grâce à des titres écrits par des intellos-pop, comme Sagan, Labro, Roda-Gil. Même les écrivains se sont inclinés : Aragon, Duras, Weyergans... Hallyday 2009 règne sous ses habits des années 1960 : beau, sauvage, mais ô combien absent, paradoxal, symbole de la France de droite et du peuple de gauche, insaisissable. Cet Hallyday-là est un roi caché. Au-delà des rides et des douleurs, il incarne la jeunesse d'une France qui se rêve en un nouveau monde.» Véronique Mortaigne est critique musicale au journal Le Monde. Elle est l'auteur de Cesaria Evora, la voix du Cap-Vert et d'un entretien avec Claude Lévi-Strauss, Loin du Brésil.
La fabuleuse histoire de la chanteuse, grande interprète de la morna cap-verdienne, et celle d'un succès mondial qui a tardé à venir. A travers ce portrait, se dessine également l'histoire d'une ville, d'un pays et d'un genre musical.