Stefano Cavalli
Stefano Cavalli
La vieillesse a pris un nouveau visage. Alors qu'en Europe et aux Etats-Unis, la population dépassant 80 ans constitue la tranche d'âge au plus fort accroissement démographique, l'allongement de la vie a fait du troisième âge une période où l'on ne se sent pas vieux: au-delà de la retraite et jusqu'à l'approche des quatre-vingts ans, dans une forte majorité des cas, on bénéficie d'une santé relativement bonne et on mène une vie indépendante et riche de possibilités. Mais que devient-on ensuite, quand tout finit par se fragiliser? Ce livre se fonde sur de nombreuses enquêtes nationales et internationales. Les études statistiques sont ici approfondies par l'approche ethnographique: des entretiens éclairent les changements vécus, l'état de la santé, l'altération du corps, l'évolution de la vie relationnelle, les déménagements. Les auteurs mettent en perspective les faits objectifs de la grande vieillesse avec l'écoute des personnes du quatrième âge, leurs sentiments, les stratégies qu'elles déploient dans le quotidien pour préserver une vie qui fasse sens, leur perception de la fragilité et leurs pensées à l'approche de la mort.
Face à l'allongement de la longévité et à l'entrée massive ces prochaines années des baby-boomers dans le grand âge, il est important d'améliorer les savoirs sur les dynamiques de vieillissement. C'est l'ambition de cet ouvrage, porté par des travaux internationaux réunissant sociologues et professionnels de soins. Il développe et enrichit la réflexion autour des expériences du vieillir à partir du concept de déprise. La déprise désigne un travail d'aménagement du parcours de vie qui s'appuie sur une série de tentatives de substitution d'activités ou de relations. Elle suppose une tension entre le sentiment des limites, corporelles et cognitives, et la volonté d'assurer une continuité identitaire mais aussi un désir de s'assurer une présence différente au monde. À contrecourant d'approches réductionnistes, âgistes et sexistes, qui ont construit une image négative du vieillissement, les auteurs, canadiens, français, allemands, suisses, rendent compte de ces « arts de faire » qui questionnent l'inscription des aînés dans le temps et l'espace, le rapport à soi et aux autres mais aussi les disparités sociales et genrées. Ce tour d'horizon montre bien la nécessité de considérer les spécificités socioculturelles et politiques dans l'analyse des différentes figures du vieillir. Ouvrage publié avec le soutien de la Fondation MUTAC, sous l'égide de la Fondation de l'Avenir.