Sôseki
Sôseki
Sôseki écrivit pour un journal le feuilleton de ses Petits contes de printemps au printemps 1909. Ces fragments de journal intime ont chacun une tonalité très différente, tantôt intime et familière, tantôt d'une drôlerie délicate, étrange, ou encore empreinte de nostalgie. Ils donnent à voir le temps qui passe, la douceur d'un soir de neige ou la beauté des flammes. Une façon de lire l'impermanence des choses.
« Un jour, tandis que j'étais dans mon bureau, occupé comme d'habitude à confier au papier des choses mélancoliques, un bruit étrange est parvenu à mon oreille. La véranda bruissait. On aurait d'abord pu croire qu'une femme avançait en retenant le bas de son kimono de soie, mais le froissement de l'étoffe sur le plancher était par trop vif pour un simple bas de robe. J'ai alors comparé ce bruit au crissement des plis de l'ample pantalon que porte le chambellan, lors de la fête des Poupées, évoquant le glissement de la soie sur les marches du palais fictif. Laissant mon roman, je suis sorti sur la véranda, le stylo entre les doigts : le moineau de Chine prenait son bain. »
Sanshirô est le nom d'un jeune provincial ingénu qui « monte à la capitale » : l'université, les jeunes femmes, la découverte de Tôkyô... Dans le Japon du début du XXe siècle, c'est être plongé dans un univers déconcertant et fascinant, tant sur le plan matériel - le pays est en pleine mutation industrielle - que sur celui de la culture, puisque Tôkyô est le premier réceptacle des idées et des modes occidentales. L'auteur accompagne fidèlement Sanshirô dans son apprentissage de la vie et n'hésite pas à intervenir à tout moment par ses observations spirituelles et perspicaces, ses touches d'humour, ses traits satiriques, qui sont comme une bouffée d'air frais. Il se révèle un psychologue délicat, un peintre doué d'un sens aigu de l'observation - un maître dans l'art de l'esquisse sur le vif - en même temps qu'un poète.