Sok-Yong Hwang
Sok-Yong Hwang
Petite dernière de la famille, Bari est initiée très tôt aux secrets de sa grand-mère. Mais quand famine et épi-démies dévastent le pays, elle se retrouve bientôt seule, de l'autre côté de la frontière... Quel sort peut attendre cette jeune fille nord-coréenne, émigrée en Chine puis en Angleterre, essayant d'échapper aux passeurs qui lui réclament de l'argent ? Grâce à ses dons de chamane, elle voyage dans les rêves, soigne les corps et console les âmes, lit les signes du destin et dialogue avec les défunts - de la Corée du Nord aux arrière-boutiques d'un Londres clandestin. Tragédie contemporaine et roman initiatique, Princesse Bari est l'odyssée d'une réfugiée d'aujourd'hui, détermi-née et lumineuse. Né en 1943, Hwang Sok-yong compte parmi les écrivains coréens les plus lus et traduits au monde. Son oeuvre et son engagement lui ont valu l'exil et la prison. « Un talent de conteur qui emporte le lecteur. » Le Monde des Livres
Nous sommes à la fin du XIXe siècle. En ces temps de disette et de corruption, la traite des enfants est un commerce qui alimente un immense trafic mafieux dans toute l'Asie du sud-est. Shim Chong n'échappe pas à la règle : vendue adolescente, elle va connaître tous les aléas d'un négoce sexuel florissant, des rives du fleuve Jaune aux ports de Shanghai, Taiwan ou Singapour, de la prostitution la plus sordide à la haute courtisanerie des geishas. Le parcours initiatique de la jeune Shim Chong s'inscrit de façon magistrale dans une impressionnante saga de la prostitution et des métiers de la séduction, à une période charnière où l'Asie, sur fond de guerre de l'opium et de trafic d'armes, s'ouvre aux impérialismes occidentaux. En romancier au souffle épique, fort d'un engagement qui l'apparente aux Zola, Dos Passos ou Soljenitsyne, avec sa vision aiguë du mouvement de l'Histoire, Hwang Sok-yong nous livre une somptueuse fresque romanesque.
Deux ouvriers se déplaçant de chantier en chantier et une prostituée en fuite font un bout de chemin ensemble. Une amitié se crée entre eux qui étaient des inconnus et qui le redeviendront bientôt. Leurs espoirs et leur nostalgie auréolent ce voyage d'une poésie et d'une humanité profondes. Les trois histoires qui complètent ce livre évoquent des épisodes clés de l'histoire de la Corée, avec une tonalité parfois autobiographique : un enfant pris dans la tourmente de la guerre civile entre le Sud et le Nord dans les années 1950 ; la désespérance d'un soldat coréen enrôlé dans la guerre du Viêtnam ; les désillusions d'un paysan parmi les milliers de ceux qui, dans les années 1970, désertèrent les campagnes pour les mirages de la ville.
En 1996, Hwang Sok-yong est incarcere pour s'etre rendu en Coree du Nord. Il va y passer cinq annees et c'est du fond de sa cellule qu'il revit les engagements d'un homme profondement implique dans son epoque. L'enfance a Pyongyang, la fuite vers le Sud sur le dos de sa mere, la guerre du Vietnam, l'ecriture, la lutte contre Park Chung-hee, les massacres du soulevement du Gwangju. En 1989, il se rend illegalement en Coree du Nord. De retour d'exil, il est immediatement jete en prison. Une vie prise dans toute l'epaisseur du reel ou se cotoient politiciens et ecrivains celebres, syndicalistes et ouvriers, paysans luttant pour leur survie, membres de sa famille et compagnons de cellule. Né en 1943 en Mandchourie, où sa famille avait fui l'occupation japonaise, Hwang Sok-yong arrive en Corée en 1945, d'abord au Nord, puis au Sud. Il combat les régimes autoritaires qui se succèdent jusqu'à la fin des années 1990, est emprisonné pour ses idées et milite pour la réconciliation des deux Corées. Son oeuvre, traduite dans le monde entier, témoigne de ses combats pour la liberté. Aux Editions Picquier ont paru Princesse Bari et Toutes les choses de notre vie.
Au soir de sa vie, un homme riche et comblé se demande s'il n'est pas passé à côté de l'essentiel. Park Minwoo, directeur d'une grande agence d'architecture, a la satisfaction d'avoir réussi sa vie et contribué efficacement à la modernisation et à l'urbanisation de son pays. Né dans une famille pauvre vivant dans un quartier misérable de Séoul, il s'est, grâce à ses talents, arraché à son milieu. L'homme célèbre et sûr de lui qu'il est devenu reçoit un jour un message d'une amie d'enfance qui l'a aimé. Les souvenirs du passé ressurgissent, l'invitant à replonger dans un monde qu'il avait oublié, peut-être renié, et à redécouvrir ce que la vie des gens dont il s'était détourné avait de dur mais aussi de chaleureux. C'est l'occasion pour lui de s'interroger sur son métier, sur la corruption qui règne dans le milieu de la construction immobilière, sur sa responsabilité dans l'enlaidissement du paysage urbain, sur la violence faite aux expropriés.
Gros-Yeux a quatorze ans lorsqu'il arrive avec sa mère dans l'immense décharge à ciel ouvert de Séoul. Là vivent pas moins de deux mille foyers, dans des cahutes accrochées au flanc de la montagne d'ordures, en une société fortement hiérarchisée dont le moindre aspect - travail, vêtements, nourriture, logement - provient des rebuts du monde extérieur.Gros-Yeux se lie d'amitié avec un garçon disgracié, un peu simple d'esprit, qui lui fait découvrir les anciens habitants du site, ou plutôt leurs esprits bienveillants, lorsque l'île de la décharge était encore une terre vouée aux cultures agricoles et aux cultes chamaniques. Car ce sont les êtres démunis, abandonnés des hommes, enfants, marginaux, infirmes, qui entretiennent la mémoire de ce qui n'est plus, l'étincelle du vivant là où tout se périme et se corrompt. Ils communiquent avec l'invisible, un monde où tout respire et vit ensemble.Hwang Sok-yong ne donne pas de leçons, non, il donne à voir. Des images se lèvent et ne nous quittent plus. A l'opposé d'une logique marchande où les choses sont destinées à une rapide destruction, ces images nées du pouvoir des mots ne s'altèrent pas, continuent à briller dans notre imaginaire.