Silvia Federici
Silvia Federici
Et si le capitalisme reposait avant tout sur l’exploitation invisible des femmes ? Le capitalisme patriarcal de Silvia Federici révèle comment le travail domestique, éducatif et affectif, majoritairement assumé par les femmes.
Silvia Federici revisite ce moment particulier de l'histoire qu'est la transition entre le féodalisme et le capitalisme, en y introduisant la perspective particulière de l'histoire des femmes. Elle nous invite à réfléchir aux rapports d'exploitation et de domination, à la lumière des bouleversements introduits à l'issue du Moyen Âge. Un monde nouveau naissait, privatisant les biens autrefois collectifs, transformant les rapports de travail et les relations de genre. Ce nouveau monde, où des millions d'esclaves ont posé les fondations du capitalisme moderne, est aussi le résultat d'un asservissement systématique des femmes. Par la chasse aux sorcières et l'esclavage, la transition vers le capitalisme faisait de la modernité une affaire de discipline. Discipline des corps féminins dévolus à la reproduction, consumés sur les bûchers comme autant de signaux terrifiants, torturés pour laisser voir leur mécanique intime, anéantis socialement. Discipline des corps d'esclaves, servis à la machine sociale dans un formidable mouvement d'accaparement des ressources du Nouveau Monde pour la fortune de l'ancien. Le capitalisme contem
Sept voix féministes, sept continents, une même urgence : Gagner le monde retrace les combats oubliés et dessine les solidarités de demain.
Le point zéro à partir duquel la révolution se propage est celui où de nouveaux rapports sociaux s'imaginent et se créent, déclenchant une onde qui gagne de proche en proche et renverse les structures de la domination. Ce point zéro, soutient Silvia Federici, est localisé dans la sphère privée, site de la reproduction sociale - celle de la main-d'oeuvre et de sa force de travail. Écrits entre 1974 et 2012, les textes réunis dans ce recueil s'articulent précisément autour du concept de reproduction, développé par un courant du féminisme marxiste dont Silvia Federici se réclame aux côtés de Mariarosa Della Costa, Selma James et Maria Mies.Elles sont parties d'un constat: tache aveugle de la théorie marxiste, le travail domestique non rémunéré, essentialisé, est la partie cachée de l'iceberg de l'accumulation capitaliste. D'où la revendication du salaire ménager, portée dans les années 1970 par le Collectif féministe international puis, au fil des ans, l'élargissement de la réflexion à la restructuration des rapports de classe. Le «nouvel ordre mondial» du néolibéralisme, la crise de la dette et les politiques d'ajustement structurel, les délocalisations industrielles ont créé une nouvelle division sexuelle et internationale du travail qui précarise la vie de populations entières et impose aux femmes du «Sud» d'assumer une part croissante du travail reproductif nécessaire au «Nord». L'analyse de la guerre économique ainsi engagée contre les femmes appelle les féministes à combattre ce nouveau colonialisme pour rouvrir la perspective politique de l'émancipation en l'associant à la défense des biens communs. Née à Parme, en Italie, militante féministe depuis les années 1970, Silvia Federici travaille aux États-Unis. Son essai, Caliban et la sorcière. Femmes, corps et accumulation primitive a été traduit en français en 2014 (Éditions Entremonde).
Nées en Italie dans les années 1940, Silvia Federici et Mariarosa Dalla Costa sont des militantes pionnières et des intellectuelles féministes de premier plan. Dans ces entretiens avec Louise Toupin, elles reviennent sur le mouvement qu'elles ont cofondé en 1972, le Collectif féministe international, qui fut à l'origine d'une revendication radicale et controversée au sein du féminisme, celle de la rémunération du travail domestique. À partir de ce riche terreau, elles racontent comment s'est développée leur pensée au fil du temps, et formulent une critique intersectionnelle du capitalisme néolibéral, depuis la notion de crise de la reproduction sociale.
Des luttes passées aux luttes actuelles, comment faire du féminisme une onde de choc mondiale? À rebours d'une histoire du mouvement pensé en «vagues», qui laisse dans l'ombre les féminismes non occidentaux, les militantes et penseuses de renom rassemblées ici proposent des pistes de résistance radicale aux oppressions. En écrivant depuis, ou en dialogue avec les féminismes du Sud global, elles créent des outils tant conceptuels que matériels pour penser et expérimenter la solidarité internationale, attentives aux contextes locaux et aux vécus singuliers. Il devient alors possible de bâtir un langage commun et des formes d'organisation qui traversent le temps et les frontières. Elles nous rappellent que le féminisme contemporain ne s'adresse pas qu'aux femmes, mais vise, selon les mots de Silvia Federici, «une lutte plus globale pour la libération humaine et la régénération de la nature».
In a series of interviews with Louise Toupin, groundbreaking feminist thinkers Silvia Federici and Mariarosa Dalla Costa return to the movement they co-founded in 1972-the International Feminist Collective. The feminist collective originated the radical and controversial demand for wages for housework. From these powerful roots, they continue to explain how their political thinking developed over time, formulating an intersectional critique of neoliberal capitalism with a crisis of social reproduction at its heart.
More than ever, "the body" is today at the center of radical and institutional politics. Feminist, antiracist, trans, ecological movements-all look at the body in its manifold manifestations as a ground of confrontation with the state and a vehicle for transformative social practices. Concurrently, the body has become a signifier for the reproduction crisis the neoliberal turn in capitalist development has generated and for the international surge in institutional repression and public violence. In Beyond the Periphery of the Skin, lifelong activist and best-selling author Silvia Federici examines these complex processes, placing them in the context of the history of the capitalist transformation of the body into a work-machine. Building on three groundbreaking lectures, Federici surveys the new paradigms that today govern how the body is conceived in the collective radical imagination, as well as the new disciplinary regimes state and capital are deploying in response to mounting revolt against the daily attacks on our everyday reproduction. In this process she confronts some of the most important questions for contemporary radical political projects. What does "the body" mean, today, as a category of social/political action? What are the processes by which it is constituted? How do we dismantle the tools by which our bodies have been "enclosed" and collectively reclaim our capacity to govern them?
Drawing on rich historical research, Silvia Federici maps the connections between the previous forms of enclosure that occurred with the birth of capitalism and the destruction of the commons and the "new enclosures" at the heart of the present phase of global capitalist accumulation. Considering the commons from a feminist perspective, this collection centers on women and reproductive work as crucial to both our economic survival and the construction of a world free from the hierarchies and divisions capital has planted in the body of the world proletariat. Federici is clear that the commons should not be understood as happy islands in a sea of exploitative relations but rather autonomous spaces from which to challenge the existing capitalist organization of life and labour.
We are witnessing a new surge of interpersonal and institutional violence against women, including new witch hunts, which have occurred alongside an expansion of capitalist social relations. In this new work Silvia Federici revisits some of the main themes of Caliban and the Witch, examining the root causes of these developments and outlining the consequences for the women affected and their communities. No less than the witch hunts in sixteenth-and seventeenth-century Europe and the "New World," this new war on women is a structural element of the new forms of capitalist accumulation founded on the destruction of people's most basic means of reproduction.