Sarah Gensburger
Sarah Gensburger
À la faveur d'archives inédites, ce livre raconte, quartier par quartier, rue par rue, l'histoire d'une spoliation oubliée. Pendant l'Occupation, des milliers de locataires parisiens ont été évincés de leur appartement parce qu'ils étaient identifiés comme juifs. À partir de 1942, diverses procédures et politiques orchestrées par les autorités de Vichy, épaulées par l'occupant, se sont emparées de ce parc immobilier pour satisfaire une population parisienne en mal de logements. L'arsenal de l'exclusion des juifs a été mis au service du fonctionnement d'un large marché locatif où l'on croise propriétaires, fonctionnaires, sinistrés, voisins, concierges et candidats " pistonnés ", en bref la société parisienne dans toute sa diversité. Ce livre raconte cette éviction massive, à la croisée de l'histoire de la Shoah et de celle du logement. À la Libération, les rescapés de retour ont trouvé leur appartement occupé. Un antisémitisme virulent s'est alors exprimé publiquement, au pied des immeubles, le retour des juifs perturbant les arrangements du temps de l'Occupation. La République restaurée oeuvrera finalement à rendre leur éviction définitive. Ces appartements reloués sont les témoins des mécanismes qui ont permis l'élimination des juifs de la société parisienne. Cet ouvrage leur donne enfin la parole, au travers d'une écriture narrative et d'une déambulation dans les rues de la ville.
Depuis plusieurs décennies, le langage de la " mémoire " est devenu dominant pour dire les rapports sociaux au passé. " Demandes sociales de mémoire " et " concurrence des mémoires "... Depuis plusieurs décennies, le langage de la "mémoire" est devenu dominant pour dire les rapports sociaux au passé. "Demandes sociales de mémoire" et "concurrence des mémoires" se seraient substituées au grand récit national, plaçant les pouvoirs publics en position d'arbitre entre des aspirations éclatées et rivales. C'est cette vision convenue, source de tant d'articles, de rapports ou d'essais, que cette vaste enquête entend mettre à l'épreuve des faits. Qui pose les questions mémorielles ? Quels sont les acteurs et les actrices qui parlent de "mémoire" au sein de l'État ou en relation avec lui ? Depuis quand, à propos de quoi et de quelles manières ? Avec quelles réalisations concrètes et quels résultats ? Multipliant les points d'observation, ce travail retrace l'émergence de la mémoire comme secteur d'action publique, ouvre la "boîte noire" de l'État, interroge la constitution et le développement des associations mémorielles, étudie les pratiques mises en oeuvre à différents niveaux et questionne leurs effets attendus ou inattendus. Autant de facettes d'une véritable sociologie de la mémoire qui prend le contrepied de nombre d'évidences partagées.
Oublier le passé, c'est se condamner à le répéter. Depuis la fin des années 1990, cette idée a inspiré le développement massif de politiques de mémoire partout dans le monde : musées mémoriaux, monuments, éducation civique et institutions sont chargés d'écrire l'histoire, d'honorer des victimes, de dire le bien et le mal, de permettre aux citoyens et aux gouvernants de construire des sociétés pacifiées. Mais ces politiques n'ont pas rempli leurs objectifs. Elles n'ont pas su endiguer la montée des populismes ni empêcher les actions politiques violentes. Pour comprendre les raisons de cet échec et éclairer le débat public, les auteures remontent aux sources mêmes des politiques de mémoire et s'interrogent, sans concession ni posture partisane : d'où viennentelles ? Que font-elles effectivement ? À quoi servent-elles ? Comment les rendre efficaces ?
Le terme de « Justes de France » fait référence au titre de « Justes parmi les nations » créé par l'État hébreu en 1953 afin d'honorer celles et ceux qui ont sauvé des Juifs. Comment l'expression a-t-elle été reprise par les pouvoirs publics français jusqu'à inspirer en janvier 2007 une commémoration spécifique avec l'entrée des Justes au Panthéon ? Pourquoi, alors des controverses sur les « usages de la mémoire » par l'État surgissent à intervalles réguliers, cette entrée au Panthéon n'a suscité aucun commentaire. Cette commémoration est le fruit d'une politique publique dont Sarah Gensburger retrace l'histoire, abordant ainsi plusieurs des questions posées par les débats contemporains sur la mémoire : dans quelle mesure peut-on parler de « politique de la mémoire » ? Quels « effets » ont les commémorations publiques sur la société ? Peut-on établir des liens entre « montée des communautarismes » et « inflation des commémorations » ? En proposant un nouvel objet à la sociologie ordinaire de l'action publique, cet ouvrage invite à une autre approche de la mémoire collective dans ses rapports au politique.
À partir d'une enquête menée sur six expositions sur la guerre de 1914-1918, présentées à Paris et en régions, les auteurs de cet ouvrage tentent de comprendre ce que les élèves retirent de leur visite. Ils en ont dégagé plusieurs thématiques - le rapport à la transmission, les techniques du corps, le genre et les émotions - l'expérience de visite apparaît ainsi encadrée non seulement par l'espace muséographique mais aussi, et surtout, par les situations sociales dans lesquelles sont pris les élèves. Cet ouvrage est une invitation à revisiter les expositions du centenaire de la Grande Guerre en compagnie des élèves pour donner à voir leurs pratiques ordinaires tout en s'interrogeant sur les logiques de réception de l'histoire dans et hors les murs de l'institution scolaire.