Rene Ferriot
Rene Ferriot
Trois moments, ou bien trois éclairages ; on pourrait dire aussi trois registres pour une même interrogation : Il s'agit tout d'abord de la neige, qui donne son titre au recueil, lumière et hésitation au seuil de l'existence. Puis le poète tente de s'adresser à Dieu dans des textes, qui sont en quelque sorte des psaumes ; enfin, il retourne aux « mouvances » quotidiennes du regard avec les tromperies, les comédies et les tragédies brèves de ces spectacles.
Genèses nous présente une interrogation du rocher, de l'humus, de la mer. L'homme est pesé au poids de la nature. Englué de cosmos et de terreur, il erre et demande des comptes. Mais « les réponses se chevauchent ». Il se souvient des « fêtes qui n'ont pas eu lieu ». Genèses fait appel à la nudité de l'âme, mais parfois l'être dérape en sa multiplicité. Pèlerinage à travers la grotte des origines, élévation vers « l'oiseau tutélaire », Dieu peut-être. Fragments, fables, haïkus. Arracher une pensée, une dignité, une belle ombre sentencieuse aux choses essentielles du quotidien : le coq et la chouette, une branche près d'un rocher, la nuée d'étourneaux, faire un proverbe sur l'habit de l'homme, écrire la fable de l'iconoclaste, etc. Harmattan - Description des préparatifs, puis montée de ce vent africain. Des gens simples vivent sous nos yeux, miracle de l'évidence jamais hautain, la mer encore est témoin, l'homme se dresse animal. Hautes images (le retour à la mère). Un art poétique à peine déguisé, çà et là l'éloge de l'instinct qui déconstruit, décrispe. Les trois parties sont les trois moments d'une sorte de « livre de vie ».
Ces « Poésies choisies » de René Ferriot, regroupant l'essentiel de six recueils ainsi que de nombreux inédits, représentent vingt-cinq ans d'écriture. Raffinée et dépourvue d'emphase, intime et retenue, chantante et secrète, cette voix avait obtenu l'approbation de Max Pol Fouchet : « Ce qui m'avait frappé, d'abord, dans Désertiques, c'est un sentiment du gouffre, pour reprendre une expression de Baudelaire, qui trouve son symbole et son image dans le désert, certes, mais plus encore, à mes yeux, dans le sentiment des passages, du « sillage » (mot fréquent chez vous) laissé par les êtres, un tragique que j'entends dans des vers comme ceux-ci : La courbe s'efface, Le moule s'effrite, La poussière aveugle le temps inerte l'absence raye le cristal de l'été. (C'est moi qui souligne). Ou mieux encore ici : J'attends la chute des branches J'écoute l'écho des paroles perdues. Votre lecteur, en vous suivant, s'il passe par l'absence et le silence, accueille comme vous le silence, voire la mort, comme des certitudes de vie, de palingénésie, de résurrection, » Do son côté, Gaston Bachelard pouvait écrire à René Ferriot : « J'ai lu vos poèmes avec un grand repos d'âme. Venant de nouveau des demeures agitées j'avais besoin de la page d'un poète. Depuis deux jours, je quitte mes devoirs d'épistolier pour infuser doucement dans votre beau livre, La Flamme et le givre. Les poèmes mettent le souffle dans la paix des syllabes. Oui, vous m'avez été un bienfait. »