René Démoris
René Démoris
Un mythe que Manon. Pour un peu, le livre s'en oublierait, ayant déjà perdu son titre d'histoire. Un effet assez rare, qui fait qu'à perdre ce texte de vue, à fermer les yeux, il reste une figure curieusement familière, dans son aura de lumière noire. Approchez-vous, tout se brouille, s'aplatit et disparaît..., disait Diderot à propos de Chardin. On a joué ici à cette vision de près, de trop près, qui ne laisse plus voir que taches et coups de pinceau, à tenter de nommer ce qui surgit de l'inconsistance fondamentale du discours narratif, supposant en somme que c'est bien dans ce lieu brouillé que s'origine l'effet de la vision éloignée. Bref, repérer ce qui dans l'entrevu, l'à peine vu, le négligeable, construit l'inoubliable. Éloignez-vous, tout se recrée et se reproduit.
« Sa fin est la délectation » disait Poussin de la peinture. Interroger les tableaux, les textes, l'histoire, les institutions, pour savoir un peu mieux ce qu'il en est des finalités assignées à la peinture, de la Renaissance à nos jours, en tenant compte du fait que telle fin peut en présupposer d'autres, tel est l'objectif de ce volume qui a réuni à cet effet la contribution de spécialistes de disciplines diverses. Perspective exploratoire : il s'agit de baliser l'espace dans lequel se déterminent des fins de divers niveaux, de permettre un dialogue entre histoire de l'art, esthétique, littérature, sémiologie. A l'heure où l'art de l'image fait plus que jamais partie de nos institutions culturelles, ce retour sur le passé est aussi une manière de questionner notre usage de la peinture, d'imaginer qu'il en existe - ou en a existé - d'autres, dont cet ouvrage pourrait ébaucher l'histoire.