Raphaël Liogier
Raphaël Liogier
"Populisme » : les média n'ont que ce mot à la bouche. Dénonciation des élites corrompues, menace de l'étranger, aspiration à l'avènement d'un chef autoritaire. Assiste-t-on au retour pur et simple de cette idéologie haineuse qui fleurit dans les décombres des crises économiques ? Raphaël Logier cherche à décortiquer, pour mieux les combattre, les ingrédients du populisme qui vient. Convaincu qu'une Europe économique morcelée sur le plan symbolique est à la source des frustrations qui entretiennent le mythe d'un occidentalisme à protéger. Et son corolaire contemporain : l'islamophobie.
Histoire et devenir d'un sanctuaire de la Raison La médecine est-elle en danger ? L'hôpital est-il une institution en perdition ? Nous vivons en France une crise de la médecine, plus ambivalente que celle de l'école, mais tout aussi profonde. Aux XIXe et XXe siècles, un transfert d'espérance s'est opéré de la religion vers la médecine, devenue un véritable sanctuaire de la Raison. Mais la médecine a progressivement perdu son statut sacré. La distance qui existait naguère entre le médecin et son patient s'est considérablement réduite. On n'hésite plus à demander des comptes au " docteur " qui n'est plus le détenteur intouchable d'une science sacrée, grand prêtre d'un sanctuaire inviolable. On souhaite pouvoir " mourir dans la dignité " : rester jusqu'au bout un sujet autonome et responsable. On demande à l'hôpital et à ses personnels une perfection impossible : soigner, guérir, consoler, apaiser, à tout moment et à moindre coût. L'institution hospitalière serait-elle plus qu'un service public ? Elle est en tout cas le reflet du prix que nous accordons à la santé. Aucune réforme de l'hôpital, aucune politique médicale ne peut réussir sans tenir compte des bouleversements des valeurs, des croyances et des modes de vie qui ont secoué nos sociétés depuis la deuxième moitié du XXe siècle. Plaidoyer pour une voie républicaine originale qui, sans renier l'aspiration à l'universel, se dégage d'un absolutisme scientiste séculaire, cet ouvrage remarquable tente de décrypter l'histoire, et de penser le devenir d'une médecine au service de l'homme. L'effritement des murs du temple offre peut-être l'opportunité de bâtir une nouvelle médecine à la fois plus scientifique et plus humaine, moins mystérieuse et arrogante, moins froide aussi, et pourtant tout aussi, sinon plus efficace.
« Faire semblant » serait-il devenu une exigence morale de nos sociétés contemporaines ? Raphaël Liogier dénonce une hypocrisie collective faite de faux-semblants et nous invite à retrouver une sincérité essentielle pour affronter les défis écologiques et sociaux.
Voici un livre profondément original qui fera sans doute date. Raphaël Liogier y démontre que ce n'est pas tant la modernité, que d'aucuns n'ont de cesse de décrier, qui est la cause de nos divers effondrements (environnementaux, sociaux, psychiques ou civilisationnels) mais la trahison de sa promesse initiale. La modernité qui nous exhorte au XVIIIe siècle à nous affranchir de toutes les tutelles est une promesse si radicale, une ouverture si immense, si difficile à supporter qu'elle a été immédiatement trahie et dégradée. Notre incapacité à l'habiter nous a conduit à lui donner des formes de plus en plus dégradées et destructrices : le positivisme, le néolibéralisme, le corrélationisme, l'illibéralisme, le populisme et le totalitarisme. Quelle est la nature de cette promesse initiale ? Pourquoi, par qui, et dans quelles conditions cette promesse a-t-elle été trahie et détournée ? En quoi et pourquoi cette promesse pourrait-elle encore être tenue ? Et surtout en quoi et pourquoi il est plus urgent que jamais de tenir enfin cette promesse ?
Bien sûr, une main baladeuse dans une rame de métro, une remarque désobligeante en pleine rue, le harcèlement au travail et un viol caractérisé n'ont pas la même gravité. Mais ces actions s'enracinent dans la même culture virile. Le plafond de verre, l'infériorité des revenus à compétences égales, toutes ces inégalités de traitement n'en sont que les effets dérivés. Le mouvement #MeToo, loin d'être une chasse aux mâles, pose une seule question, décisive entre toutes : qu'est-ce qu'une femme dans les yeux des hommes du XXIe siècle ? Tenter d'y répondre nous plonge au coeur d'une des plus profondes contradictions de la modernité.
Le concept de " choc des civilisations " est devenu un lieu commun lorsqu'il s'agit de parler de géopolitique, de religion ou d'identité nationale. Raphaël Liogier nous montre que ce n'est qu'un leurre face à la réalité de la civilisation globale née de l'intensification des échanges planétaires. Les usages techniques, les pratiques alimentaires et les cursus universitaires se sont uniformisés. Images, musiques et émotions font désormais le tour de la planète. En dépit de l'existence de postures antagonistes et extrémistes qui peuvent s'appuyer sur des idéologies religieuses et politiques, les croyances essentielles des hommes sont de moins en moins des facteurs d'oppositions de valeurs. L'ensemble des religions sont, à des degrés divers, traversées par trois tendances nées de la mondialisation : le spiritualisme, le charismatisme et le fondamentalisme. Ce qui n'empêche pas qu'au sein de cette civilisation unique les disparités socio-économiques abyssales et les angoisses identitaires contagieuses génèrent des formes de violence inédites caractéristiques, entre autres, d'un nouveau terrorisme. Raphaël Liogier lance un appel pressant à penser la porosité des frontières et la disparition de la figure de l'Autre radical, l'étranger qui se situait jadis au-delà de notre espace de vie. Comment les identités individuelles et collectives peuvent-elles se définir et coexister dans un monde sans vraies frontières ? Un essai vigoureux pour combattre les préjugés, et mieux comprendre le monde qui nous entoure.
Il y a aujourd'hui un besoin vital de métaphysique. Car rien n'est plus actuel, ni plus nécessaire aujourd'hui que la métaphysique. Rien n'est plus politique aussi. Non pas pour « faire retour », se bercer d'illusions, mais précisément pour éclairer la situation contemporaine, pour y comprendre quelque chose. La métaphysique peut être un antidote puissant au dogmatisme, à la fermeture sur soi et au pessimisme qui regagnent aujourd'hui du terrain. Un contrepoids à la contre-révolution conservatrice qui se déploie aujourd'hui, avec sa passion mortifère de l'identité et de la clôture. Aussi, Manifeste Métaphysique est-il à la fois un appel à l'insoumission et à la re-mobilisation intellectuelle.
La technoscience place les sociétés industrielles avancées face à un dilemme. Alors que la production de richesses s'est emballée ces cinquante dernières années, le travail humain nécessaire s'est parallèlement réduit. L'équation est contre-intuitive mais imparable : moins d'effort humain pour produire plus et mieux. Donc de plus en plus de chômage. Cette situation d'abondance objective a ainsi, paradoxalement, engendré une crise économique et sociale majeure, qui a progressivement dégénéré en crise morale et politique.
Depuis le milieu des années 2000, un mot s'est immiscé dans le débat : islamisation. Les musulmans, dont la population s'accroîtrait dangereusement, chercheraient à submerger numériquement et culturellement l'Europe. L'imaginaire du complot déborde ainsi peu à peu le cadre de l'islamophobie ordinaire. Si cette perception paranoïaque était restée l'apanage d'une poignée d'extrémistes, elle ne ferait pas question, mais elle envahit aujourd'hui l'espace public, imprègne les discours de politiciens écoutés et les analyses d'auteurs réputés sérieux. Cet essai salutaire s'attelle à déconstruire ce qui n'est autre qu'un mythe et interroge l'obsession collective qu'il recèle. Il montre ainsi que la " bombe démographique musulmane " qui serait prête à éclater sur le triple front de la natalité, de l'immigration et de la conversion relève du fantasme. Quant au regain de ferveur spirituelle et au renouveau identitaire des musulmans, ils n'ont pas la signification conquérante ni même politique que suggère l'épouvantail de l'" islamisme ". Cette réfutation en règle permet enfin de comprendre pourquoi l'Europe et la France en particulier ont tant besoin de l'" ennemi musulman ". Raphaël Liogier est professeur à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence, où il dirige l'Observatoire du religieux. Il a notamment publié Une laïcité " légitime " (Entrelacs, 2006) et Souci de soi, conscience du monde (Armand Colin, 2012).
On nous dit que nos contemporains sont de plus en plus individualistes, et c'est sans doute vrai : obsession de l'apparence physique, de l'équilibre psychique, du développement personnel, quête du bien-être et d'un bonheur égocentré. Mais, dans le même temps, nous ne nous sommes jamais autant préoccupés du monde, du monde dans son ensemble, au-delà de toutes les frontières : conscience écologique, développement durable, dialogue des cultures, action humanitaire. L'individuel d'un côté, de l'autre le global. Deux pôles apparemment inconciliables comme l'huile et l'eau, qui sont pourtant magiquement mêlés dans les consciences contemporaines. Ce mélange paradoxal a donné naissance à la religion dominante de notre temps, l'individuo-globalisme, qui imprègne tous les domaines de la vie humaine : la santé, la politique, le sport, l'éthique, et même l'entreprise. Elle consacre l'authenticité, le naturel, le ressourcement, l'énergie et s'accompagne de pratiques (nouvelles, même si elles ont parfois des origines anciennes), telles que le yoga, la sophrologie, le qi gong, la méditation. Cette foi nouvelle est en train de changer, silencieusement, notre monde. D'imposer un nouveau rythme de vie, de nouvelles règles du jeu. C'est ce changement insidieux mais radical que cet essai se propose de décrire et d'expliquer. Raphaël Liogier est professeur à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence où il dirige l'Observatoire du religieux.
Le XIVe dalaï-lama, ce personnage en robe grenat et au sourire malicieux, est devenu, au fil des années, un véritable mythe contemporain. Moine contemplatif, intellectuel curieux de science et de technologie, leader politique, autant de visages pour un seul individu, qui n'hésite pas à pourfendre les archaïsmes féodaux de sa propre tradition, et à défendre néanmoins des anciennes croyances. Depuis sa fuite, en pleine nuit, à travers l'Himalaya, vers Dharamsala, en Inde, où il installa son gouvernement d'exil, le dalaï-lama a su devenir une conscience morale universelle et un guide spirituel pour un monde industriel en quête de sens. Le XIVe dalaï-lama est sans doute aussi le plus révolutionnaire de sa lignée : démocrate, moderniste, humaniste, se disant même prêt, s'il le faut, à démissionner, l'homme fait tout à la fois trembler les apparatchiks chinois et fantasmer les Occidentaux. Ce livre nous décrit sans dévotion ni complaisance, mais avec un respect parfois admiratif, avec humour aussi, l'itinéraire et la pensée de ce lama philosophe ; il nous raconte l'existence mouvementée et pourtant sereine d'un personnage aussi célèbre qu'inconnu. Le dalaï-lama apparaît, au fil des pages, dans sa vérité historique, en tant qu'homme bien sûr, avec ses contradictions et avec sa grandeur, mais aussi en tant que phénomène de société majeur de notre époque, au carrefour de nos propres contradictions et de nos propres rêves.