Politique Etrangere
Politique Etrangere
De quels espaces politiques est fait le Vieux Continent ? La question est au coeur du conflit ukrainien. Les Balkans occidentaux symbolisent la difficulté à penser les relations entre ces espaces politiques mouvants. L'ensemble des États des Balkans ont-ils vocation à adhérer à l'Union européenne (UE) ? À quel rythme et sous quelles conditions ? Les négociations d'adhésion peuvent-elles ignorer l'instabilité interne de certains de ces États ? Et les difficultés de leur coexistence régionale ? De plus, alors que les rapports de puissance se redessinent en Europe, les Balkans sont toujours un espace de jeu à multiples acteurs : pour l'UE, pour une Russie en manoeuvre indirecte, pour une Chine cherchant à multiplier ses portes d'entrée sur le Vieux Continent. Politique étrangère s'attache à décrire les multiples problématiques stratégiques ouvertes dans les Balkans, pour des pays souvent incertains de leur avenir, mais aussi pour une UE qui doit redéfinir la philosophie, le rythme, les procédures, d'élargissements jusqu'ici politiquement fort mal pensés. Ces interrogations paraissent d'autant plus pressantes que le double choc de la crise du Covid-19 et de la guerre d'Ukraine met directement en cause la stabilité économique de l'Union et de la zone euro. L'accumulation des dettes publiques, l'effet-retour des sanctions contre la Russie, les exigences de la transition énergétique : au-delà des fractures directes de la guerre, c'est l'avenir direct de l'UE qui est en cause, et donc sa place dans la recomposition générale du continent.
Au-delà de ses enjeux tactiques, multiples sont déjà les conséquences du conflit ukrainien, plus nombreux encore seront ses suites sur le système mondial. Politique étrangère parcourt ces perspectives dans un dossier exceptionnel. Quels rapports entre grandes puissances - États-Unis, Chine, Russie, Europe - émergeront de la guerre ? La Chine peut-elle craindre l'issue du conflit ou bénéficiera-t-elle des nouveaux équilibres du monde ? La mondialisation, l'ouverture des échanges pourront-ils survivre ? SWIFT se ferme mais le risque d'insécurité alimentaire semble imposer le maintien d'un monde relativement ouvert. Le poids silencieux du nucléaire, l'usage tous azimuts des technologies de l'information - en particulier à travers l'information civile - annoncent-ils un bouleversement des règles des futurs affrontements ? Et l'Europe dans tout ça ? Réussira-t-elle à se réveiller, dans un monde qui oppose sa force brute à son pacifisme commercial ? La guerre en Ukraine bouleverse nombre de réflexes issus des trente dernières années, alors même - paradoxe - qu'elle est considérée comme provinciale dans une bonne partie du monde. Un monde agité d'autres enjeux : l'élection présidentielle du Brésil, le Congrès à venir du Parti communiste chinois, l'effondrement annoncé du Liban, la lutte des Africains pour recouvrer une mémoire culturelle niée par la colonisation : tous enjeux aussi présents dans ce numéro de Politique étrangère.
Nous sommes rentrés dans le monde de la guerre. Politique étrangère propose dans un premier dossier un faisceau d'analyses permettant de mieux comprendre les dynamiques militaires et politiques à l'oeuvre dans une Europe qui se rêvait hier en paix perpétuelle. L'affrontement direct entre Kiev et Moscou oppose deux systèmes militaires et de défense aux logiques, aux forces, aux faiblesses dissymétriques, que nous découvrons aussi au fil du conflit. Et au-delà du conflit lui-même, peut-on déjà imaginer sur quel continent vivront demain les Européens ? Autrement dit, comment se figera, s'organiseront une confrontation, une fracture, qui risquent de s'approfondir, de durer ? Et avec quelles conséquences économiques, en particulier dans le domaine clé, pour tous les acteurs du drame, des approvisionnements énergétiques ? Soixante ans après son indépendance, et sous les discours de rite, l'Algérie ne vit pas le plus brillant de ses anniversaires. La faute à une stabilisation interne en trompe-l'oeil : le Hirak a échoué à contraindre un système politique figé. Et à un environnement international inquiétant : dégradation des relations avec le Maroc, brouillard tunisien, chaos libyen, déstabilisation du Sahel et de l'Afrique de l'Ouest... Par sa géographie et ses moyens, l'Algérie est d'évidence un acteur régional majeur. Le dossier que présente Politique étrangère explore l'énigme algérienne : le système politique peut-il perdurer sans heurt majeur ; comment Alger voit-elle son rôle dans sa périphérie ; et comment l'articuler avec celui d'autres acteurs, souvent extérieurs à la région ?
Les déplacements des Africains concernent massivement...l'Afrique seule. Se préoccuper des migrations internationales, c'est donc porter le regard bien au-delà des conjonctures européennes. Ce numéro de Politique étrangère s'y attache, tentant de décrire (dans son dossier Migrations en Afrique : un regard neuf) les déterminants multiples des mouvements migratoires, les tentatives des États du continent noir pour gérer le problème majeur des déplacés internes, les difficultés d'intégration des migrants du travail dans les sociétés d'accueil, ou les faux-semblants des accords euro-africains de réadmission... Dans une Europe confrontée à ses « polycrises », y a-t-il un retour de la question allemande ? - thème de notre rubrique Contrechamps - ? Sans doute oui. Non que l'Allemagne le souhaite, mais du fait de son poids propre, parfois de l'incertitude de ses choix, et surtout du doute fondamental, existentiel, des Européens sur eux-mêmes, sur les conditions de leur entente. Un doute qui valorise, dans les faits, les positions allemandes. Le Moyen-Orient s'enfonce dans la tragédie, et cette livraison de Politique étrangère propose de multiples réflexions : sur les rivalités inter-djihadistes, les risques de contagion vers des pays encore vaguement stables, sur les rapports de force militaires sur le terrain, ou sur les logiques internes qui gouvernent l'acteur turc - joueur décisif dans toutes les hypothèses. Avec, sous-jacente, une question qu'on avait en Occident chassée depuis vingt ans, et que l'actualité nous ré-impose : que vaut vraiment l'armée russe ?...
Née des deux conflits mondiaux, l'idée de justice pénale internationale a mis un demi-siècle à se concrétiser dans des institutions pérennes, et des concepts juridiques indépendants des conjonctures de crises. Le tribunal pour l'ex-Yougoslavie, le tribunal d'Arusha, la création de la Cour pénale internationale témoignent, entre autres, des réelles avancées des années 1990. Le dossier que présente Politique étrangère éclaire ces avancées et leurs limites. La Cour pénale internationale n'est pas universellement reconnue ; elle ne couvre pas tous les problèmes juridiques que posent crimes de guerre et génocides ; et elle n'est pas non plus la seule forme de justice imaginable face à ces événements. L'idée même de justice pénale internationale est aujourd'hui à la fois de plus en plus sollicitée et de plus en plus contestée : deux bonnes raisons d'évaluer ses résultats, rares acquis d'un temps où l'on croyait le monde saisi d'un irrépressible besoin d'unité. Ce numéro de Politique étrangère s'attache à d'autres dimensions essentielles du jeu international : la redéfinition des rapports de puissance, à tous niveaux (Chine, Éthiopie...), ou les incertitudes des marchés énergétiques (à travers les énigmatiques variations des cours du pétrole)... Après les attentats du 13 novembre, on s'attachera particulièrement à l'article qui étudie les modèles de prévention de la radicalisation et de déradicalisation mis en oeuvre dans trois pays européens. Dominique DAVID Rédacteur en chef de Politique étrangère
Dans un environnement en feu, l'Algérie semble étrangement calme, mais les orages s'approchent : chute du prix des hydrocarbures dans une économie très dépendante, baisse d'une rente qui assure la paix sociale, blocage du système politique, déstabilisation du Maghreb (Tunisie, Libye...) et du Sahel (Mali...). Alger se retrouve face à des choix difficiles. Cette livraison de Politique étrangère s'attache également à deux thèmes majeurs de l'actualité de 2015 : le centenaire du génocide arménien, occasion de rapprochement entre Ankara et Erevan gaspillée, mais révélatrice, entre autres, des contradictions turques ; et la mutation des migrations internationales, en particulier celles qui concernent l'Europe et l'espace méditerranéen. La négociation d'un éventuel TTIP, la vision chinoise des « nouvelles routes de la soie », l'état de la Somalie, la piraterie dans le Golfe de Guinée, les rapports entre les Etats musulmans et l'islam de France : autant d'autres sujets de réflexion développés dans ce numéro, au coeur des débats internationaux les plus présents.
À l'Est de l'Europe, au Sud de la Méditerranée, sur le territoire même des Européens, les menaces s'accumulent. Face à cette situation, que peut dire une politique européenne de sécurité et de défense en panne ? À quelles conditions les coopérations de défense pourraient-elles redémarrer ? Et si l'on parle de cohésion face aux échéances politiques, que penser de l'hypothèse d'une sortie de l'Union européenne du Royaume-Uni ? Catastrophe ? Nouveau départ ? Un numéro qui s'interroge sur tous les environnements de l'Europe et sur notre capacité à prendre les décisions nécessaires - ou à ignorer la réalité du monde.
La Chine est une nouvelle et lourde puissance, c'est entendu. Mais avec quel effet sur le système international, ses ententes, ses structures ? Le poids de Pékin détraque-t-il, en soi ou par une stratégie délibérée, les organismes qu'elle intègre ? La Chine semble se couler, sauf exception, dans les procédures qui fonctionnent, sans entreprendre de les miner ou de les contester. Mais quand les structures de dialogue existent peu, la revendication chinoise prend tout son poids, comme dans le cas des rivalités en mer de Chine méridionale.
Dans ce numéro exceptionnel, la revue Politique étrangère projette l'héritage de la Grande Guerre sur notre avenir. États et nationalismes, coopérations ou déséquilibres régionaux, organisation du commerce international, stratégies et appareils militaires : des données largement héritées du premier conflit mondial, violemment interpellées par l'actualité.