Pierre Manent
Pierre Manent
Les rapports entre religion et politique sont, à nouveau et de manière insistante, à l'avant-plan des interrogations et des débats : crise du l'État national classique et de la forme-Nation ; interrogation, dans l'espace européen, sur la plausibilité d'une identité postnationale et la construction d'une nouvelle culture politique reconnaissant, à certaines conditions, la légitimité publique des traditions religieuses dans leur teneur éthique : revendications culturelles et identitaires des minorités... Autant de phénomènes qui désignent l'émergence d'un nouveau champ politique : celui de la socialisation des individus en régime de modernité avancée. C'est à ce champ nouveau que sont confrontés mouvements religieux et grandes traditions religieuses. Le propos de la session théologique 1992 de l'École des sciences philosophiques et religieuses des F.U.S.L., dont les contributions sont reprises dans le présent volume, est d'alimenter le dossier du nouveau rapport théologico-politique qui se cherche en ordonnant des points de vue divers - et parfois divergents - autour de la triade : individu-citoyen-croyant, sans oublier, d'un point de vue catholique, le pôle collectif et communautaire qu'est l'Église, avec ses héritages et ses interrogations.
Présenter la littérature française du Moyen Âge, c'est embrasser une très longue période, qui s'étend du milieu du XIe siècle à la fin du XVe siècle. C'est suivre aussi le développement d'une langue, le français, qui doit s'imposer comme langue littéraire face au latin, langue savante, langue de culture, et qui conquiert peu à peu tous les domaines de l'écrit. Au XIIe siècle se détachent trois ensembles, la chanson de geste, la poésie lyrique et le récit, romanesque ou historique. Répartition que bouleversent, au XIIIe siècle, l'avènement de la prose littéraire, l'apparition de nouvelles formes, qu'investissent peu à peu le rire, la satire, le comique, une poésie de plus en plus ouverte aux échos du monde, et les premières manifestations d'un théâtre profane.
Le 22 septembre 1987, Michel Polac, producteur et animateur de « Droit de Réponse », recevait le télégramme suivant : « Suite à émissions des 12 et 19 septembre 1987, vous notifions mise à pied immédiate et convocation entretien préalable en vue décision licenciement. » TF1 mettait ainsi sèchement fin à six ans d'une aventure qui a bousculé toutes les règles du débat télévisuel. Émission très controversée, elle avait accouché de quelques-uns des plus beaux moments de la télévision. À ce titre, elle laissera dans l'histoire du petit écran une trace comparable à celle de « 5 colonnes à la une » dans la décennie précédente. Par sa seule logique, l'esprit de contradiction, elle était parvenue à s'imposer, à fidéliser un auditoire important, malgré
Il va de soi aujourd'hui que Montaigne est notre ami. Il nous captive, nous émeut, nous persuade. Pourtant, Montaigne nous trompe. Il nous conduit par le bout du nez Échapper à son charme pour saisir ce qu'il a vraiment voulu dire, pénétrer dans l'atelier pour découvrir ce que son entreprise comporte d'audace et de ruse, de vertu et de vice, de vérité et de mensonge : tel est le but de cet ouvrage. En comprenant le philosophe comme il s'est compris lui-même, nous verrons plus clair dans ce que nous sommes devenus après lui et, pour une part, à cause de lui. Dans cet essai magistral, Pierre Manent ne se contente pas de présenter à nouveaux frais l'oeuvre d'un auteur décisif de notre modernité : ce sont les valeurs de l'homme moderne qu'il interroge à travers lui.
Il va de soi aujourd'hui que Montaigne est notre ami. Il nous captive, nous émeut, nous persuade. Pourtant, Montaigne nous trompe. Il nous conduit par le bout du nez Échapper à son charme pour saisir ce qu'il a vraiment voulu dire, pénétrer dans l'atelier pour découvrir ce que son entreprise comporte d'audace et de ruse, de vertu et de vice, de vérité et de mensonge : tel est le but de cet ouvrage. En comprenant le philosophe comme il s'est compris lui-même, nous verrons plus clair dans ce que nous sommes devenus après lui et, pour une part, à cause de lui. Dans cet essai magistral, Pierre Manent ne se contente pas de présenter à nouveaux frais l'oeuvre d'un auteur décisif de notre modernité : ce sont les valeurs de l'homme moderne qu'il interroge à travers lui.
« Alors qu'il est repoussé à la périphérie de la vie européenne, le christianisme en reste le centre agissant. Nous sommes gouvernés par ce que nous fuyons. Difficile d'imaginer situation plus dommageable. Ayant séparé Dieu du reste de notre vie, nous sommes devenus incapables d'aborder la question la plus haute et la plus urgente que l'animal rationnel puisse se poser. Comment ressaisir l'unité et la vie, le sens et l'urgence de cette question de Dieu ? C'est au mitan du XVIIe siècle que la décision a été prise de construire l'État souverain. Et c'est à ce moment que fut repensée par Blaise Pascal ce que j'appelle la proposition chrétienne, entendant par là l'ensemble lié des dogmes ou mystères chrétiens offerts à la considération de notre entendement et au consentement de notre volonté. « Proposition » n'a pas ici qu'un sens logique ou notionnel, mais pratique et actif : il s'agit d'un acte dont l'auteur est Dieu dans son Église. L'oeuvre de Pascal est l'objet d'une très riche tradition critique. J'ai, pour ma part, seulement cherché l'aide et l'appui de cet auteur pour retrouver les termes exacts, et ressaisir la gravité et l'urgence de la question chrétienne - celle de la foi chrétienne, de la possibilité de la foi chrétienne. Y a-t-il quelque détour ou artifice à employer la force de plus fort que soi pour poser la question la plus personnelle ? C'est en tout cas cette question qui est l'objet de ce livre. »P.M.
La cité est la source première du développement occidental. Avant cette invention, les hommes vivaient selon l'ordre relativement immobile des familles. Avec la cité, l'humanité s'engage dans ce nouvel élément qu'est le politique entendu comme gouvernement de la chose commune, et l'histoire de l'Occident devient alors celle de ses quatre grandes formes politiques : la cité donc, puis l'empire, l'Église et la nation, chaque nouvelle forme résultant de la précédente qui, parvenant au bout de ses possibilités, suscite la suivante. Pendant une grande partie de son histoire, l'Occident restera incertain de sa forme politique, hésitant entre la cité, l'empire et l'Église, jusqu'à ce que soit élaborée la forme politique qui permettra aux Européens de se gouverner enfin de manière rationnelle : la nation. Cependant cette forme à son tour s'est détruite elle-même dans les guerres « hyperboliques » du XXe siècle, et nous sommes aujourd'hui à la recherche d'une nouvelle forme politique. Cette étude s'efforce de retracer l'histoire politique, mais aussi intellectuelle et religieuse de l'Occident en la rattachant sans cesse à la question politique centrale : comment nous gouverner nous-mêmes ? En couverture : Fra Carnevale, Cité idéale, huile sur bois, vers 1480. © Walters Art Museum, Baltimore / The Bridgeman Art Library.
La cité est la source première du développement occidental. Avant cette invention, les hommes vivaient selon l'ordre relativement immobile des familles. Avec la cité, l'humanité s'engage dans ce nouvel élément qu'est le politique entendu comme gouvernement de la chose commune, et l'histoire de l'Occident devient alors celle de ses quatre grandes formes politiques : la cité donc, puis l'empire, l'Église et la nation, chaque nouvelle forme résultant de la précédente qui, parvenant au bout de ses possibilités, suscite la suivante. Pendant une grande partie de son histoire, l'Occident restera incertain de sa forme politique, hésitant entre la cité, l'empire et l'Église, jusqu'à ce que soit élaborée la forme politique qui permettra aux Européens de se gouverner enfin de manière rationnelle : la nation. Cependant cette forme à son tour s'est détruite elle-même dans les guerres « hyperboliques » du XXe siècle, et nous sommes aujourd'hui à la recherche d'une nouvelle forme politique. Cette étude s'efforce de retracer l'histoire politique, mais aussi intellectuelle et religieuse de l'Occident en la rattachant sans cesse à la question politique centrale : comment nous gouverner nous-mêmes ? En couverture : Fra Carnevale, Cité idéale, huile sur bois, vers 1480. © Walters Art Museum, Baltimore / The Bridgeman Art Library.
La réponse aux attentats de janvier 2015 appelait un renouvellement des idées, des dispositions et des actions de notre pays. Perdurent au contraire les manières de penser les plus paralysantes : la «laïcité» serait la solution au «problème de l'islam», l'effacement de la présence publique du religieux serait la solution au problème des religions. Tout est faux dans cette thèse. Au lieu de chercher une neutralité impossible, qui couvrirait en fait une guerre sournoise, nous devons accepter et organiser la coexistence publique des religions, leur participation à la conversation civique.En entrant dans la communauté nationale, l'islam est entré dans une nation de marque chrétienne, où les juifs jouent un rôle éminent. Toute politique qui ignore cette réalité court à un échec cuisant, et met en danger l'intégrité du corps civique. Il s'agit donc, tout en préservant la neutralité de l'État, de faire coexister et collaborer ces trois «masses spirituelles». Loin que la mondialisation réclame l'effacement de la nation et la neutralisation de la religion, c'est son indépendance politique et spirituelle, et son ouverture au religieux, qui permettront à la France de franchir en sureté et avec honneur la zone de dangers dans laquelle elle est entrée.Pierre Manent a été directeur d'études à l'EHESS. Membre fondateur de la revue Commentaire, il a publié de nombreux ouvrages, parmi lesquels: La Cité de l'homme (1994), La Raison des nations (2006), Les Métamorphoses de la cité (2010), Montaigne. La vie sans loi (2014).
L'éducation est, pour les sociétés démocratiques, un problème et un enjeu majeurs. S'il est vrai que nulle société ne peut faire l'économie d'une réflexion sur les conditions qui permettront d'assurer la bonne transmission des savoirs et des pratiques sans lesquels elle ne pourrait subsister, il n'en demeure pas moins que le problème de l'éducation paraît singulièrement aigu pour les sociétés démocratiques et modernes qui se doivent d'articuler les exigences de l'éducation aux valeurs de l'individualisme. On parle communément d'une " crise de l'éducation ", et l'on associe parfois celle-ci à la mise à mal de l'autorité. Autour de ce thème, se livre aujourd'hui un dur combat d'idées sur la pédagogie de l'âge démocratique. De quelle nature est cette crise de l'éducation ? Et quelles solutions pouvons-nous envisager ? Albert Jacquard, Pierre Manent et Alain Renaut en débattent et font émerger, à cette occasion, des clivages qui permettent d'éclairer d'un jour nouveau ces interrogations.
Il va de soi aujourd'hui que Montaigne est notre ami. Il nous captive, nous émeut, nous persuade. Mais Montaigne nous trompe. Il nous conduit par le bout du nez. Nous devons donc faire un effort vigoureux pour échapper à son charme et saisir ce qu'il a vraiment voulu dire. Montaigne est engagé dans une entreprise de recomposition des autorités, dont le moi de chacun de nous voudrait être l'heureux héritier. Il faut entrer dans son atelier pour découvrir ce que cette entreprise comporte d'audace et de ruse, de vertu et de vice, de vérité et de mensonge. Montaigne en devient moins aimable, mais beaucoup plus grand qu'une tradition complaisante ne l'a fait. En le comprenant comme il s'est compris lui-même, nous verrons plus clair dans ce que nous sommes devenus après lui et, pour une part, à cause de lui. C'est de nous qu'il s'agit.
Il va de soi aujourd'hui que Montaigne est notre ami. Il nous captive, nous émeut, nous persuade. Mais Montaigne nous trompe. Il nous conduit par le bout du nez. Nous devons donc faire un effort vigoureux pour échapper à son charme et saisir ce qu'il a vraiment voulu dire. Montaigne est engagé dans une entreprise de recomposition des autorités, dont le moi de chacun de nous voudrait être l'heureux héritier. Il faut entrer dans son atelier pour découvrir ce que cette entreprise comporte d'audace et de ruse, de vertu et de vice, de vérité et de mensonge. Montaigne en devient moins aimable, mais beaucoup plus grand qu'une tradition complaisante ne l'a fait. En le comprenant comme il s'est compris lui-même, nous verrons plus clair dans ce que nous sommes devenus après lui et, pour une part, à cause de lui. C'est de nous qu'il s'agit.
« Aujourd'hui, la faculté humaine qui reçoit toute l'approbation, c'est l'imagination. Or je n'ai pas d'imagination, je ne suis pas un artiste et je n'ai pas l'ambition de créer. En revanche, je voudrais comprendre. Comprendre quoi ? Comprendre ce qui est. Or comprendre ce qui est ne motive guère les hommes d'aujourd'hui. Rousseau, grand maître des Modernes en cela, disait : "Il n'y a de beau que ce qui n'est pas." Au fond, pour moi, c'est le contraire, je ne suis intéressé que par ce qui est. Et c'est peut-être pour cette raison que, au moins depuis ma maturité, je n'ai jamais été de gauche : la gauche préfère imaginer une société qui n'est pas, et j'ai toujours trouvé la société qui est plus intéressante que la société qui pourrait être. » Depuis une trentaine d'années, Pierre Manent creuse un sillon aussi original que discret dans le paysage intellectuel français. Ces entretiens veulent en restituer le mouvement et les étapes : la passion précoce pour la politique éveillée par un père communiste ; la découverte de la religion catholique dans la khâgne toulousaine de Louis Jugnet ; l'entrée à Normale Sup et le choix de la philosophie politique ; la rencontre décisive avec Raymond Aron ; la fondation de la revue Commentaire... Ainsi viennent au jour les caractères d'une démarche personnelle : la lecture inlassable des grands auteurs, la conviction qu'une science politique demeure possible à l'ère du relativisme, un certain « regard politique », enfin, qui rend intelligible le monde contemporain. Ces entretiens sont une vivante introduction au travail de Pierre Manent, et notamment aux Métamorphoses de la cité qui paraissent simultanément. Les deux livres partagent en somme la même ambition : « Toute notre histoire, se déployant à partir de notre nature politique, voilà ce que je voudrais donner à voir et à comprendre. »