Pierre Drieu la Rochelle
Pierre Drieu la Rochelle
Jaime Torrijo, lieutenant dans un régiment de cavalerie bolivien, se passionne pour la politique de son pays et rêve d'y faire renaître le sentiment de magnanimité qui fit jadis la grandeur de Bolivar. Brillant, doté de force et d'audace, adoré de ses hommes, aimé par les femmes, tout lui est possible. Par un coup de force, il renverse don Benito, le chef suprême de l'Etat, et s'installe dans son fauteuil. Désormais, il est le maître de la Bolivie. Mais la situation s'envenime. Troubles, complots, scandales, assassinats et révoltes agitent le pays, empêchant Jaime de réaliser son idéal politique. Il réprime la rébellion avec une sauvage énergie. Redevenu maître de la situation, il découvre alors que sa victoire est un pur néant et renonce au pouvoir. Il part explorer seul des régions mal connues puis décide de sacrifier à la manière des anciens indiens son seul dieu, son cheval. L'homme à cheval est désormais à pied. "L'Homme à cheval" n'est pas un simple roman d'aventures. À travers le récit de la vie de cet homme d'action d'où est éludé tout pittoresque, Drieu la Rochelle investit ici avec bonheur le genre de l'épopée.
"L'homme couvert de femmes" est la peinture réaliste, légère jusqu'à l'indécence, cynique et désespérée, de l'existence amoureuse d'un jeune homme après la Première Guerre mondiale. À la campagne, de rencontres en aventures, de conquêtes en divertissements faciles, Gille s'ennuie. À Paris, il fréquente ces maisons où "les femmes vivent nues comme des poissons dans l'eau". L'auteur décrit méthodiquement, précisément, toutes les scènes, y compris les plus crues. Il avoue que son plaisir sexuel est souvent gâché par la discorde entre l'âme et le corps, aussi aime-t-il les femmes qui souffrent comme lui de ce déchirement. Puis une femme, la seule qu'il croit aimer, arrive soudain. "L'homme couvert de femmes" n'est pas qu'un roman de moeurs décadent truffé de scènes érotiques. Certes les personnages se complaisent dans leurs petites aventures sentimentales et sexuelles mais ils ne sont ici qu'une toile de fond qui sert à mieux définir Gille et sans nul doute Drieu la Rochelle lui-même. Gille vit le temps du cynisme sans y adhérer totalement. Il est poursuivi par la nostalgie de l'amour.
"Rêveuse bourgeoisie" est le roman de Drieu la Rochelle qui exprime sans doute le plus son pessimisme aigu. L'histoire de ces trois générations d'une famille bourgeoise française sur le déclin pendant l'entre-deux guerres, donne l'idée d'un cercle vicieux infernal où les enfants doivent inéluctablement retrouver les vices des parents. A travers les derniers soubresauts de cette famille on assiste en réalité à la déchéance et à la mort de la société bourgeoise de l'époque. "Rêveuse bourgeoisie" est moins autobiographique que la plupart des autres romans de Drieu la Rochelle. Pour la première fois, il parvient à créer ici un monde purement imaginaire, même si certains caractères ressemblent beaucoup à des frères de Gilles.
Sur ce champ de bataille de Charleroi où Drieu la Rochelle a vécu sa première rencontre avec la mort en 1914, et où il retourne cinq ans plus tard, tous les détails de sa journée du 24 août revivent dans son esprit. La peur, la souffrance, le néant, y sont admirablement saisis sur le vif. Mais les pensées et les sentiments qui l'agitaient alors sont amplifiés par d'autres qui ont mûri ensuite pendant les quatre années d'enfer de la Première Guerre mondiale, puis dans les décevantes années qui ont suivi (le livre a été écrit en 1934). À la fois récit de bataille, bilan, examen de conscience, aveu d'héroïsme et de lâcheté, de révolte et de désespoir, "La Comédie de Charleroi" est aussi une comédie de la futilité et des conventions morales. Cinq autres nouvelles d'une même plume âpre et brutale complètent ce volume de l'auteur de "Gilles" sur la question de la guerre: "Le chien de l'écriture", "Le voyage des Dardanelles", "Le lieutenant de tirailleurs", "Le déserteur" et "La fin d'une guerre".
L'action se déroule en Grèce au milieu des années '30. Le climat politique est trouble, la mise en place d'un régime autoritaire se prépare, préfigurant celui bien réel du général Metaxas. Margot Santorini, épouse trompée d'un diplomate italien, est une belle et riche aristocrate menant une vie oisive. Courtisée par l'oppressant Raoul Malfosse, un industriel français, elle refuse de céder à ses avances. Une nuit, elle aperçoit par la fenêtre de sa chambre un homme poursuivi par la police. C'est un jeune militant délégué de l'Internationale Communiste, Michel Boutros, qu'elle décide de cacher. Attirée vers lui par l'idéal révolutionnaire qu'il représente et surtout par sa puissance d'homme d'action prêt à se sacrifier pour une cause, elle parvient à le soustraire à la police et le fait embaucher comme chauffeur chez Malfosse. Boutros est aussi attiré par cette femme en manque d'amour qui lui rappelle son origine de classe bourgeoise. La passion amoureuse les unit bientôt dans le cadre de la nature grecque alors qu'ils vont consulter l'antique Pythie de Delphes. Comme souvent dans les romans de Drieu la Rochelle, "Une femme à sa fenêtre" est le tableau lucide d'une bourgeoisie quelque peu veule et désespérée en manque d'idéal mais, selon lui, la principale question posée par le roman est celle-ci: Est-ce que la femme, toujours imprégnée d'un puissant réalisme, ne peut aimer un homme que pour sa force et son prestige ? "Une femme à sa fenêtre" a été adapté au cinéma par Pierre Granier-Deferre en 1976, sur un scénario de Jorge Semprun, avec Romy Schneider dans le rôle de Margot Santorini.
Gilles plonge le lecteur dans le tourment d’une génération française déchirée entre les deux guerres.
Paris, 1931. Alain, trentenaire désabusé, sort d’une cure de désintoxication et erre dans une ville qui ne lui offre plus aucun espoir.
À partir de 1920, Drieu la Rochelle se mêle à tous les mouvements de son époque, tenté aussi bien par Charles Maurras que par Louis Aragon, par l'Action française que par le Communisme et le Surréalisme. Admirateur de Maurice Barrès, de Rudyard Kipling et de Friedrich Nietzsche, il affiche clairement ses contradictions et ses oeuvres se succèdent alors à un rythme soutenu. "État civil", aboutissement d'un ancien projet de livre intitulé "Histoire de mon corps", paraît à ce moment-là. "Saurai-je un jour raconter autre chose que mon histoire ?" se demande le futur auteur de "Rêveuse bourgeoisie", déjà obsédé par la décadence, qui dresse dans ce récit autobiographique un tableau lucide de son enfance et de son adolescence.
Au début du XXème siècle, un séducteur se rend chez des amis libertins. Il y rencontre des femmes mais une prise de conscience ou une remise en cause de sa vie le tourmente. De conjoncture en conjoncture, il se tourne vers un idéal qui pourrait être Dieu. Drieu la Rochelle, dans ce roman, nous fait partager son obsession : être ou ne pas être l'homme moderne.
En onze nouvelles - plus une qui a plus trait à une nouvelle de science fiction - Drieu la Rochelle exprime le désaroi du couple bourgeois. Avec élégance, il nous dépeint une société sur le point de perdre ses repères - la seconde guerre mondiale est proche - qu'ils soient sociétaux ou amoureux. Qu'est ce que l'amour quand on l'épuise en de multiples conquêtes ? Qu'est ce l'émoi quand les premières passions physiques sont épuisées ?
Pierre Drieu la Rochelle (1893-1945) "À ce moment, Alain regardait Lydia avec acharnement. Mais il la scrutait ainsi depuis qu'elle était arrivée à Paris, trois jours plus tôt. Qu'attendait-il ? Un soudain éclaircissement sur elle ou sur lui. Lydia le regardait aussi, avec des yeux dilatés, mais non pas intenses. Et bientôt elle détourna la tête, et, ses paupières s'abaissant, elle s'absorba. Dans quoi ? Dans elle-même ? Était-ce elle, cette colère grondante et satisfaite qui gonflait son cou et son ventre ? Ce n'était que l'humeur d'un instant. C'était déjà fini. Ce qui fit qu'il cessa aussi de la regarder. Pour lui, la sensation avait glissé, une fois de plus insaisissable, comme une couleuvre entre deux cailloux. Il resta un moment immobile, couché sur elle ; mais il ne s'abandonnait pas, crispé, soulevé sur ses coudes. Puis, comme sa chair s'oubliait, il se sentit inutile, et se renversa à côté d'elle. Elle était allongée presque au bord du lit ; il eut juste la place de se maintenir sur le flanc, tout contre elle, plus haut qu'elle. Lydia rouvrit les yeux. Elle n'aperçut qu'un buste velu, pas de tête. Elle ne s'en soucia pas : elle n'avait rien éprouvé non plus de très violent, mais pourtant le déclic s'était produit, et c'était tout ce qu'elle avait jamais connu, cette sensation, sans rayons mais nette. La maigre lumière, qui grelottait dans l'ampoule du plafond, révélait à peine, à travers l'écharpe dont Alain l'avait enveloppée, des murs ou des meubles inconnus." Alain est un homme à la dérive, prisonnier de ses addictions et de ses démons intérieurs. Après une tentative de désintoxication ratée, il se retrouve enfermé dans une maison de repos où il se livre à une introspection douloureuse.
"Maintenant, il savait tout le prix de Dorothy. Au fond de lui-même, il croyait qu'il avait gardé un pouvoir sur elle et qu'il pouvait la reprendre, si enfin il s'en donnait la peine. Et il ne pouvait pas croire que l'émoi qu'il ressentait ne fût pas communicatif. Elle avait l'air si bon, sur cette photo. Sa bouche répétait ce que disaient les yeux : une tendresse timide. Ses seins frêles disaient encore la même chose, et sa peau qui fuyait sous ses doigts, ses mains friables."
"- Je ne puis plus aimer une femme. Je vais partir. Torrents de larmes, sanglots, spasmes, râles, agonie, mort, autre veillée funèbre. Femmes mortes. Dora, au loin, qu'étaient ses jours et ses nuits ? Assez. Femmes mortes. Il était mort aux femmes. Il attendit une heure. Le sanglot de Berthe ne finissait pas. Il se raidissait pour ne rien dire. Pas un mot. Il regardait autour de lui ce charmant décor, mort comme celui de sa chambre avec Pauline."
Jeux de massacre ne raconte plus l'agonie d'un homme comme Le Roi se meurt : toute une ville passe ici de vie à trépas. À travers l'allégorie de la peste qui incarne le mal absolu, la mort qui frappe chacun sans distinction, Ionesco nous montre une hécatombe. Comme les têtes grimaçantes des jeux forains, les fantoches burlesques de cette danse macabre de l'âge atomique tombent tous, les uns après les autres, tandis qu'un moine noir, figure de la mort, traverse silencieusement la scène en contemplant, indifférent, le désastre.
Jeux de massacre ne raconte plus l'agonie d'un homme comme Le Roi se meurt : toute une ville passe ici de vie à trépas. À travers l'allégorie de la peste qui incarne le mal absolu, la mort qui frappe chacun sans distinction, Ionesco nous montre une hécatombe. Comme les têtes grimaçantes des jeux forains, les fantoches burlesques de cette danse macabre de l'âge atomique tombent tous, les uns après les autres, tandis qu'un moine noir, figure de la mort, traverse silencieusement la scène en contemplant, indifférent, le désastre.
Zola conteur et nouvelliste ? La réponse a de quoi surprendre : on ignore le plus souvent que l'auteur des Rougon-Macquart, tout au long de sa carrière, s'est adonné à l'écriture de récits brefs aux tonalités variées. Ce volume rassemble près de trente textes rédigés pendant ses jeunes années de bohème et de journalisme. À leur lecture, c'est un Zola méconnu qui surgit soudain : fantaisiste, lorsqu'il met en scène l'errance dans Paris d'un lion et d'une hyène échappés du zoo (Une cage de bêtes féroces) ou lorsqu'il raconte l'histoire d'un homme qui décide, un beau matin, de faire commerce de femmes laides (Les Repoussoirs), mais aussi promeneur inspiré et satiriste engagé... Qu'on ne s'y trompe pas : le romancier est déjà là tout entier. Qu'il croque le bourgeois (Villégiature) ou parodie l'engouement du public pour le roman populaire (Les Disparitions mystérieuses), qu'il s'indigne de la misère (Le Chômage) ou raille la montée en puissance de la publicité (Une victime de la réclame), le tempérament éclate à toutes les pages. Par la richesse de leur inspiration, ces petits chefs-d'oeuvre révèlent un auteur plus insaisissable et naturel que ne le laissent supposer les professions de foi naturalistes.
Zola conteur et nouvelliste ? La réponse a de quoi surprendre : on ignore le plus souvent que l'auteur des Rougon-Macquart, tout au long de sa carrière, s'est adonné à l'écriture de récits brefs aux tonalités variées. Ce volume rassemble près de trente textes rédigés pendant ses jeunes années de bohème et de journalisme. À leur lecture, c'est un Zola méconnu qui surgit soudain : fantaisiste, lorsqu'il met en scène l'errance dans Paris d'un lion et d'une hyène échappés du zoo (Une cage de bêtes féroces) ou lorsqu'il raconte l'histoire d'un homme qui décide, un beau matin, de faire commerce de femmes laides (Les Repoussoirs), mais aussi promeneur inspiré et satiriste engagé... Qu'on ne s'y trompe pas : le romancier est déjà là tout entier. Qu'il croque le bourgeois (Villégiature) ou parodie l'engouement du public pour le roman populaire (Les Disparitions mystérieuses), qu'il s'indigne de la misère (Le Chômage) ou raille la montée en puissance de la publicité (Une victime de la réclame), le tempérament éclate à toutes les pages. Par la richesse de leur inspiration, ces petits chefs-d'oeuvre révèlent un auteur plus insaisissable et naturel que ne le laissent supposer les professions de foi naturalistes.
Un jeune homme, Gille, est invité à la campagne par une veuve assez libre, Finette. Il veut se lier avec elle, mais d'abord il joue avec ses amies ; ensuite il sent de la répugnance pour son entourage et les maximes qu'elle affecte. Il s'éloigne, mais il revient bientôt, après une débauche à Paris. Alors, comme elle lui fait des avances et qu'il songe à y répondre, il se montre médiocre et galant. Cette déconvenue l'engage dans des confidences égarées. Mais rien ne décourage Finette qui devient amoureuse. L'arrivée de Jacqueline, qu'il a aimée autrefois, apporte à Gille de nouvelles raisons de se détourner de son hôtesse. Pourtant il devient son amant et le prestige d'un amour ancien est bientôt détruit. Mais Finette ne parvient pas à prendre place dans le coeur de Gille. Rebelle dès le début à tout ce qui lui paraît stérile au fond d'une telle liaison, ce débauché s'enfonce dans une méditation sur l'amour où se joignent la raison et la mystique, qui à la fin l'entraînent, vers le mariage peut-être, loin de cette maison où l'opprimait un des trop nombreux exemples de la misère sexuelle de ce temps.
"Je me rappelle deux ans plus tard, en face de moi, ce grand diable d'officier allemand debout dans la tourmente, à Verdun, Fritz von X..., qui était debout, et appelait, et m'appelait. Et je ne lui répondais pas, je le canardais de loin. Dans cette guerre, on s'appelait, on ne se répondait pas. J'ai senti cela, au bout d'un siècle de course. On a senti cela. Je ne faisais plus que gesticulailler, criailler. Je n'avançais plus guère. Je trébuchais, je tombais. Ils trébuchaient, ils tombaient. Je sentais cela. Je sentais l'Homme mourir en moi."
En août 1925, moins d'un an après la parution du Manifeste du Surréalisme, Pierre Drieu la Rochelle publie "La Véritable erreur des surréalistes" dans La Nouvelle revue française. C'est la première des trois lettres ouvertes que Drieu adresse au groupe d'avant-garde dont il est le témoin attentif depuis 1916, et sa rencontre décisive avec Louis Aragon. En sa compagnie, le futur auteur de Gilles et du Feu follet participe à l'aventure Dada à Paris, à celle de la revue Littérature, et à la naissance du surréalisme. Ses Trois lettres aux surréalistes révèlent qu'il a failli tout miser sur le mouvement d'André Breton, au coeur de ses "Années folles" qui furent des années de crise. Mais vingt ans avant son suicide, une première déception l'attendait : la "petite bande" qui avait pris une position littéraire radicale préparait son ralliement au communisme. En 1927, les faits lui ayant donné raison, Drieu compose deux autres lettres magistrales pour sa revue polémique, Les Derniers jours. Entre argumentation et méditation, pamphlet et supplication, les Trois lettres établissent, pour la première fois, les préoccupations qui seront au coeur de son oeuvre et de sa vie : la question de la solitude et de l'amitié, celle de la pensée et de l'action. Elles affirment la véritable quête idéaliste de Pierre Drieu la Rochelle, celle d'une esthétique littéraire permettant "d'agir à fond" dans son époque. Une quête qui s'affrontera aux dilemmes de l'Histoire.
En août 1925, moins d'un an après la parution du Manifeste du Surréalisme, Pierre Drieu la Rochelle publie "La Véritable erreur des surréalistes" dans La Nouvelle revue française. C'est la première des trois lettres ouvertes que Drieu adresse au groupe d'avant-garde dont il est le témoin attentif depuis 1916, et sa rencontre décisive avec Louis Aragon. En sa compagnie, le futur auteur de Gilles et du Feu follet participe à l'aventure Dada à Paris, à celle de la revue Littérature, et à la naissance du surréalisme. Ses Trois lettres aux surréalistes révèlent qu'il a failli tout miser sur le mouvement d'André Breton, au coeur de ses "Années folles" qui furent des années de crise. Mais vingt ans avant son suicide, une première déception l'attendait : la "petite bande" qui avait pris une position littéraire radicale préparait son ralliement au communisme. En 1927, les faits lui ayant donné raison, Drieu compose deux autres lettres magistrales pour sa revue polémique, Les Derniers jours. Entre argumentation et méditation, pamphlet et supplication, les Trois lettres établissent, pour la première fois, les préoccupations qui seront au coeur de son oeuvre et de sa vie : la question de la solitude et de l'amitié, celle de la pensée et de l'action. Elles affirment la véritable quête idéaliste de Pierre Drieu la Rochelle, celle d'une esthétique littéraire permettant "d'agir à fond" dans son époque. Une quête qui s'affrontera aux dilemmes de l'Histoire.
La partie la plus secrète de l'oeuvre du romancier.Proche des surréalistes, ami de Malraux, écrivain, critique littéraire, directeur de La Nouvelle Revue française, Pierre Drieu la Rochelle (1893-1945) a joué un rôle considérable dans la vie intellectuelle française de l'entre-deux-guerres et de l'Occupation. Accompagnés d'un dictionnaire inédit, les six romans rassemblés pour la première fois dans ce volume offrent autant d'éclairages sur la personnalité complexe d'un grand témoin de son temps. L'Homme couvert de femmes raconte une partie de campagne qui donne lieu à une méditation sur la vacuité des relations amoureuses. Une femme à sa fenêtre met en scène l'un des plus beaux personnages féminins de Drieu. L'auteur y combine l'exaltation de la passion et l'engagement politique. Dans Drôle de voyage, un jeune mondain passe sans enthousiasme d'une conquête à l'autre. La fantaisie orientale Beloukia est une véritable lettre d'amour située dans une Bagdad imaginaire. Conçu autour de l'opposition entre l'homme d'action et l'artiste, L'Homme à cheval est un authentique roman d'aventures moderne. Enfin, Les Chiens de paille confronte un industriel gaulliste, un garagiste communiste, un médecin collaborateur, un patriote à la tête d'un chantier de la jeunesse et un trafiquant du marché noir. " La contradiction des sentiments individuels et des idées générales est le principe même de toute humanité ", écrivait Drieu dans son Journal. Le présent volume permet de redécouvrir ce paradoxe qui est au coeur d'une oeuvre controversée.
"Jaime Torrijos était lieutenant dans le régiment de cavalerie d'Agreda, qui tenait alors garnison à Cochabamba. Il était admiré et aimé des officiers et des soldats parce qu'il y avait dans son corps une force et une audace extraordinaires. Il était aimé des femmes pour la même raison. Quand je le connus, sa renommée commençait à se répandre hors du régiment et de la ville. Il en jouissait insoucieusement. J'étais guitariste et je m'attachai à Jaime qui me voulait dans ses orgies. Il manquait toujours d'argent à cause des cartes et de l'amour..."
"Pendant que je me déshabillais, je vis Antoine qui fixait mon dos. Il me convoitait, encore, toujours, et il se méfiait de moi. Avec son regard, je me regardai : j'étais belle et menteuse. Je ne me regardai pas au visage, je regardai mon corps. J'avais un beau corps, je l'ai encore. Peu de femmes ont de beaux seins : je suis de ces femmes. Encore moins de femmes ont des seins beaux et émouvants : je suis de ce peu de femmes. Mon corps avait des liens avec cet appartement, et avec Antoine ; il s'était façonné à tout cela. J'avais le corps soigné, aisé, épanoui d'une belle femme riche, de plus flattée par les caresses d'un homme qui avait de belles dents, de la fougue, de l'adresse."
"Depuis qu'il connaissait Beloukia, il ne s'était pas détourné tout à fait de la politique bien qu'on ne le vît plus jamais pérorer dans les cours du Palais. Même son jeu, pour être devenu moins apparent, y avait pris de l'acuité. Il était entré dans les conseils d'Abdul. Et il s'était trouvé dans des engagements bien plus définitifs qu'il n'aurait pu supporter quelques années auparavant. Or, ces engagements n'allaient pas dans le sens des intérêts de Mansour et de Beloukia."
Publié pour la première fois en 1963, ce recueil posthume rassemble cinq nouvelles qui constituent un éventail tout à fait représentatif de l'art et des thèmes de Drieu la Rochelle. D'une poésie profonde et acide où le désespoir et l'élégance ne cessent de se croiser, ce livre révèle son auteur de manière étrangement présente, libre.
Ce volume met en lumière l'apprentissage intellectuel du jeune Drieu, puis retrace en filigrane son parcours et ses fonctions jusqu'à sa mort. Les carnets de l'étudiant, à Sciences Po et en voyage en Angleterre, apportent un éclairage nouveau sur Pierre Drieu la Rochelle : d'une étonnante maturité à 16 ans, réfléchissant à l'art, la littérature, la politique et la civilisation européenne. Il semble avoir déjà tout lu. Drieu évoque entre autres Barrès, Rousseau, Nietzsche, Disraeli, Schopenhauer, Amiel. Il médite dans des autoportraits à la troisième personne (« Il se rêvait nouveau B. Constant ») et, fasciné par les hommes d'action, se confie sur son caractère jugé trop timoré (il se surnomme « Coeur-de-lièvre »). Puis ce sont les carnets de caserne et de guerre aux Dardanelles, avec ses missions de sergent (défense d'un tirailleur sénégalais) mêlées aux réflexions sur la littérature. Plus tard, dans un carnet d'Argentine (1932), l'on suit ses déplacements et sa découverte des paysages, puis un carnet « Gilles » (38-39) nous plonge dans les coulisses de son grand roman. Enfin, les carnets de la guerre de 40 nous renseignent sur ses préoccupations quotidiennes (la gestion de La NRF, des noms de prisonniers à libérer, ses rendez-vous, etc.).
Ce volume met en lumière l'apprentissage intellectuel du jeune Drieu, puis retrace en filigrane son parcours et ses fonctions jusqu'à sa mort. Les carnets de l'étudiant, à Sciences Po et en voyage en Angleterre, apportent un éclairage nouveau sur Pierre Drieu la Rochelle : d'une étonnante maturité à 16 ans, réfléchissant à l'art, la littérature, la politique et la civilisation européenne. Il semble avoir déjà tout lu. Drieu évoque entre autres Barrès, Rousseau, Nietzsche, Disraeli, Schopenhauer, Amiel. Il médite dans des autoportraits à la troisième personne (« Il se rêvait nouveau B. Constant ») et, fasciné par les hommes d'action, se confie sur son caractère jugé trop timoré (il se surnomme « Coeur-de-lièvre »). Puis ce sont les carnets de caserne et de guerre aux Dardanelles, avec ses missions de sergent (défense d'un tirailleur sénégalais) mêlées aux réflexions sur la littérature. Plus tard, dans un carnet d'Argentine (1932), l'on suit ses déplacements et sa découverte des paysages, puis un carnet « Gilles » (38-39) nous plonge dans les coulisses de son grand roman. Enfin, les carnets de la guerre de 40 nous renseignent sur ses préoccupations quotidiennes (la gestion de La NRF, des noms de prisonniers à libérer, ses rendez-vous, etc.).
Ce texte n'est pas une accumulation minutieuse de notes documentaires, en vue de composer un roman naturaliste : c'est une confession dérangeante, âpre, sans concessions et sans apprêts, sur les débuts sexuels de Drieu. Élégant, joli garçon, beau parleur, ce jeune homme doué a tout pour séduire, et pourtant sa vie affective est un désastre, au seuil d'une guerre qui va sonner le glas de cet ancien monde bourgeois que domine l'image malsaine du bordel, avec ses pensionnaires interchangeables et son cortège de maladies vénériennes. Sans complaisance mais sans tabou, Pierre Drieu la Rochelle raconte avec force une jeunesse hantée par le sexe, depuis la jalousie oedipienne qui le fait mordre sa mère au sein lorsqu'il la surprend inopinément avec son père, jusqu'à son effroi devant les jeunes filles vierges, en passant par ses rapports délicats à l'homosexualité. Notes pour un roman sur la sexualité, où l'on découvre sous un aspect surprenant ce romancier lucide, grand témoin du mal de vivre des Années folles, mais dont le déplorable engagement fasciste a dégradé l'image, constitue son dernier inédit majeur.
Ce texte n'est pas une accumulation minutieuse de notes documentaires, en vue de composer un roman naturaliste : c'est une confession dérangeante, âpre, sans concessions et sans apprêts, sur les débuts sexuels de Drieu. Élégant, joli garçon, beau parleur, ce jeune homme doué a tout pour séduire, et pourtant sa vie affective est un désastre, au seuil d'une guerre qui va sonner le glas de cet ancien monde bourgeois que domine l'image malsaine du bordel, avec ses pensionnaires interchangeables et son cortège de maladies vénériennes. Sans complaisance mais sans tabou, Pierre Drieu la Rochelle raconte avec force une jeunesse hantée par le sexe, depuis la jalousie oedipienne qui le fait mordre sa mère au sein lorsqu'il la surprend inopinément avec son père, jusqu'à son effroi devant les jeunes filles vierges, en passant par ses rapports délicats à l'homosexualité. Notes pour un roman sur la sexualité, où l'on découvre sous un aspect surprenant ce romancier lucide, grand témoin du mal de vivre des Années folles, mais dont le déplorable engagement fasciste a dégradé l'image, constitue son dernier inédit majeur.
"Saurai-je un jour raconter autre chose que mon histoire ?" demande Drieu la Rochelle au début de ce livre, un de ses premiers, en 1921. Il y raconte son enfance, son adolescence, ses tourments déjà et la quête des idées qui vont mener sa vie.
On ne peut pas dire qu'on connaisse bien Drieu sans avoir lu le Journal d'un homme trompé. Dans les douze nouvelles qui composent ce livre, Drieu a dépeint de la manière la plus nue et la plus triste la réalité contemporaine de l'amour. Qu'est-ce que l'amour aujourd'hui, passé la tempête physique des premiers jours ? Et qu'est-ce que des hommes et des femmes qui ne pensent qu'à des conquêtes, qu'à prendre et à se dérober, connaissent de l'amour ?