Pierre Cabanne
Pierre Cabanne
Découvrez la vie tumultueuse et l’œuvre géniale d’Edgar Degas, l’un des maîtres de l’impressionnisme, à travers cette biographie de référence signée Pierre Cabanne.
« J'ai été critique d'art pendant plus de vingt ans. J'ai vu déchoir, et même pratiquement disparaître, une activité prodigieusement riche, respectée et utile : la critique d'art. Pourquoi ? Parce qu'elle n'intéresse plus personne, ni la presse, où sa place est de plus en plus réduite, ni la télévision où elle est nulle, ni les artistes qui écrivent eux-mêmes, ni les galeries qui ont leurs "public relations" attitrées. J'ai connu une critique d'art vivante, conviviale. Elle activait le milieu alors bouillonnant des artistes et des galeries ; le critique, qui était écouté, théorisé, analysé, polémiqué, défendait ses artistes, les conseillait, et regardait de haut et de loin les musées qui d'ailleurs l'ignoraient. Il se flattait de cette liberté. Aujourd'hui, les conservateurs de musées sont devenus des critiques, de même que n'importe quel journaliste sachant se servir d'un magnétophone, écrivain, universitaire ou historien d'art. Si le critique vivait librement, il vivait aussi dangereusement ; et cette liberté lui fut parfois contestée, et même sanctionnée par la justice. J'évoque, à travers de nombreuses anecdotes, une époque et un "métier" disparus, non par amertume ou nostalgie ; s'il n'y a plus de critiques d'art, c'est que nul n'en a besoin. Pour étayer le présent, j'ai choisi des critiques d'art dans le passé, Albert Wolff, Émile Zola, Félix Fénéon, Apollinaire, André Breton, Charles Estienne, etc. Ce livre est donc un pamphlet, il reflète des personnalités et des situations ignorées ou oubliées, il attaque et souvent provoque. Mais c'est aussi l'analyse des dessous d'une époque à travers les aléas d'une activité qu'illustre aujourd'hui et d'une manière significative l'étrange dernier venu d'une certaine critique, Pierre Ménard. »
« Nous sommes faits de l'étoffe des songes ». Avec la voix de Prospero, les peintres maudits cherchent en eux-mêmes à résoudre l'énigme du destin sans savoir que leur revanche est inscrite à jamais dans leurs oeuvres. Rembrandt, Goya, Gauguin, Van Gogh, Lautrec, Modigliani, Pascin, Utrillo, Soutine, Nicolas de Staël, autant d'appels désespérés, autant de corps à corps entre la création et le créateur, autant de chutes qui, demain, seront des victoires. A l'emprise de la douleur, de la maladie, du cauchemar, de la solitude ou de la pauvreté, ils répondent par un chant triomphal : « Derrière chaque chef-d'oeuvre, écrit Malraux, rôde ou gronde un destin manqué. » Ce sont ces destins que Pierre Cabanne retrace dans ce livre. Celui de Rembrandt, le dieu déchu, de Van Gogh, l'halluciné, de Lautrec, le vaincu, de Modigliani, l'ange terrassé, de Pascin, l'éternel errant, d'Utrillo, le solitaire, de Soutine, le traqué, de Nicolas de Staël, le chercheur d'absolu - tous ces maudits pour qui, selon le mot de Nietzsche, «La nuit aussi est un soleil ».