Pierre Briant
Pierre Briant
Plus étendu que ne le fut jamais l'Empire romain, l'Empire achéménide, né vers le milieu du vie siècle puis renversé par Alexandre et ses armées entre 334 et 323, a réuni pendant plus de deux siècles des peuples et des pays d'une immense variété linguistique et culturelle entre l'Indus et la Méditerranée orientale, et de l'Asie centrale à la première cataracte du Nil. Témoignant de la première et seule période où l'ensemble des peuples et pays de la région ont été réunis dans une construction impériale intégrée, son histoire représente une référence unique pour tous ceux qui s'interrogent sur la cohabitation d'ethnies et de populations différentes à l'intérieur de l'espace moyen-oriental dans sa plus grande extension. Pourtant, son étude a pendant longtemps été négligée, tenue en lisière de l'histoire de la Grèce, de l'Égypte et de la Mésopotamie. Monumental et passionnant, ce livre raconte comment l'histoire de l'Empire perse-achéménide s'est peu à peu érigée en champ autonome, recouvrant un espace-temps immense, de l'Indus aux Balkans, sur plus de deux siècles. S'attachant à reconstituer les étapes et le rythme de cette exceptionnelle renaissance historiographique, l'auteur montre comment les différentes spécialités ont appris à travailler ensemble, non simplement pour reconstituer l'histoire de telle ou telle partie de l'Empire (Asie mineure, Égypte, Palestine, Babylonie, Perse, Iran etc.), mais aussi pour écrire une vraie histoire impériale, à laquelle chacune des spécialités apportent sa contribution spécifique. Fondée sur un savoir et une documentation colossales mais aussi sur de nombreux témoignages, cette somme amenée à faire date touche aussi par la profondeur humaine qu'elle donne à cette aventure collective.
Au IVᵉ siècle avant notre ère, un jeune Macédonien bouleverse l’histoire : en moins de dix ans, Alexandre le Grand conquiert un empire s’étendant de la Grèce à l’Indus. Mais comment expliquer une telle domination ?
Est-il encore nécessaire et utile de parler d'Alexandre le Grand - dira-t-on peut-être -, alors même que le rythme et l'ampleur des publications qui lui sont consacrées paraissent incontrôlables ? André Aymard, l'un des plus perspicaces parmi les historiens de l'Antiquité, eut en 1953 une formule lapidaire : "Alexandre ne manque pas d'historiens, et ceux-ci ne manquent pas d'Alexandres." Le moment est venu, non pas tant de faire un bilan des connaissances que de proposer une réflexion sur les manières variées et contradictoires selon lesquelles, au cours des siècles, de l'Islande à Java, ont été échafaudées, contestées, déconstruites et reconstruites les images et interprétations sur lesquelles les historiens continuent de se disputer et leurs lecteurs de rêver. On ne sera donc pas désarçonné de voir fleurir, dans cette analyse critique des lieux communs et de leurs usages selon les époques, des entrées telles que "Croisade", "Mission civilisatrice", "Sikandar", "Maison de Bourgogne" ou "Chute de Constantinople", "Heavy Metal", "Mali", "Maudit Aliksandar" ou encore "Napoléon". Chacune traite de la mémoire d'Alexandre et de ses différentes strates, manifestations et instrumentalisations au cours des siècles, d'Est en Ouest et du Couchant au Levant.
Est-il encore nécessaire et utile de parler d'Alexandre le Grand - dira-t-on peut-être -, alors même que le rythme et l'ampleur des publications qui lui sont consacrées paraissent incontrôlables ? André Aymard, l'un des plus perspicaces parmi les historiens de l'Antiquité, eut en 1953 une formule lapidaire : "Alexandre ne manque pas d'historiens, et ceux-ci ne manquent pas d'Alexandres." Le moment est venu, non pas tant de faire un bilan des connaissances que de proposer une réflexion sur les manières variées et contradictoires selon lesquelles, au cours des siècles, de l'Islande à Java, ont été échafaudées, contestées, déconstruites et reconstruites les images et interprétations sur lesquelles les historiens continuent de se disputer et leurs lecteurs de rêver. On ne sera donc pas désarçonné de voir fleurir, dans cette analyse critique des lieux communs et de leurs usages selon les époques, des entrées telles que "Croisade", "Mission civilisatrice", "Sikandar", "Maison de Bourgogne" ou "Chute de Constantinople", "Heavy Metal", "Mali", "Maudit Aliksandar" ou encore "Napoléon". Chacune traite de la mémoire d'Alexandre et de ses différentes strates, manifestations et instrumentalisations au cours des siècles, d'Est en Ouest et du Couchant au Levant.
Pratiquement inconnu jusqu'alors sur les registres de l'Histoire, le peuple perse, depuis sa base de l'Iran méridional (Fàrs), se lance vers 550 av. J.-C. dans une aventure prodigieuse qui, sous la conduite de Cyrus le Grand et de ses successeurs, va aboutir à la création d'un empire immense entre Asie centrale et Haute-Egypte, entre Indus et Danube. L'Empire perse ou Empire achéménide (du nom de la dynastie régnante) a rassemblé en son sein des pays, des peuples, des langues et des cultures d'une diversité prodigieuse. Cette conquête des pays du Moyen-Orient a causé un bouleversement dans l'histoire du monde: pour la première fois, un Etat unitaire aussi vaste que le futur Empire romain voit le jour et se développe durant plus de deux siècles (550-330). Cette histoire se poursuit jusqu'à la mort d'Alexandre le Grand (323) qui, du point de vue géopolitique, est en quelque sorte " le dernier des Achéménides ". Aujourd'hui encore les terrasses, palais, reliefs, peintures et briques émaillées de Pasargades, Persépolis et Suse, les impressionnantes tombes royales de Naqsi-Rustam, la statue monumentale de Darius le Grand, tout vient rappeler au visiteur abasourdi la puissance et le luxe inouïs des Grands Rois et de leurs Fidèles. Longtemps reléguée dans une ombre épaisse par le prestige conjugué de l'" Orient millénaire " et de la " Grèce éternelle " dont elle était exclue, l'histoire achéménide a reçu une impulsion entièrement nouvelle au cours des vingt dernières années. Débarrassée des oripeaux de la " décadence orientale " et de la " stagnation asiatique ", la recherche a également bénéficié de découvertes documentaires décisives dont le nombre n'a cessé de croître, qu'il s'agisse de textes ou de vestiges archéologiques, numismatiques ou bien iconographiques. C'est cette documentation immense et diversifiée que le livre met entre les mains du lecteur: les multiples citations de documents écrits et insertions d'images permettent de suivre l'auteur dans sa démarche d'historien qui, à travers l'espace et le temps, cherche à comprendre comment naît, se développe et sombre un tel empire. Construit sur ces piliers documentaires, nourri par des discussions qui ne masquent pas les interrogations persistantes, clairement articulé autour de chapitres-bilans, ce livre sans précédent ni équivalent offre aussi le minutieux exposé des divergences interprétatives et des hypothèses alternatives, une bibliographie exhaustive et un index très développé. Il s'adresse aussi bien aux historiens, sociologues et anthropologues qu'au lecteur passionné de recherches historiques et de vastes espaces. Pierre Briant, professeur d'histoire de l'Antiquité à l'université de Toulouse-II Le Mirail, est spécialiste de l'histoire du Moyen-Orient à l'époque de la domination perse et des conquêtes d'Alexandre. Il est notamment l'auteur d'Alexandre le Grand (1994), d'Etat et pasteurs au Moyen-Orient ancien (1982), de Rois, tributs et paysans (1982) et de Darius, les Perses et l'Empire (1992).
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.