Patrick Dramé
Patrick Dramé
La fin de la domination coloniale européenne en Amérique latine, en Asie et en Afrique a provoqué des changements manifestes, sans qu'ils soient nécessairement accompagnés d'un renversement de l'ordre établi. Les nouveaux États-nations, pour soutenir leur indépendance et bien marquer leur identité propre, ont mis en place des politiques et des institutions. Dans un monde en constante mutation, quelles en sont les forces et les faiblesses ? Abordant la question de la deuxième phase de décolonisation du Tiers-Monde - un espace bâti par la mise en solidarité des peuples dominés et par le rejet du mythe civilisateur de l'Occident -, les auteurs comparent les divers contextes et décrivent les répercussions concrètes des luttes anti-impérialistes du xx e siècle, tout en mettant au jour leurs convergences et leurs particularités. Maurice Demers et Patrick Dramé sont tous deux professeurs au Département d'histoire de l'Université Sherbrooke. Également avec les textes de : Brieg Capitaine, José Del Pozo, Alain Deneault, Magali Grolleau, Nakpane Labante, Olivier Mbabia, Jean-Bruno Mukanya Kaninda-Muana, Alain Saint-Victor, Nishant Upadhyay et María Fernandez Vásquez Vela.
Expression du sentiment de solidarité parmi les Noirs d'ascendance africaine victimes de l'esclavage et de la discrimination, la pensée panafricaniste attire l'attention dès les années 1920. Cette idéologie qui vise à libérer l'Afrique de la domination coloniale est surveillée de près par des autorités qui y voient la source d'une pensée séditieuse. Après la décolonisation, dans un contexte international marqué par la Guerre froide, l'unification continentale devient alors pour ses promoteurs la voie idéale pour assurer la survie et le renouveau de l'Afrique. Bien que l'écrasante majorité des chefs d'État soit convaincue de la nécessité de l'union, les désaccords sur la périodisation et la forme de l'intégration à bâtir conduisent dès 1963 à la primauté de l'Afrique des États-nations au détriment de l'union continentale. Après des décennies de désaffection, la pensée panafricaniste renaît dans les années 2000, notamment avec le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) et le lancement de l'Agenda 2063 comme réponses aux défis de la mondialisation. L'auteur expose ici la complexité des enjeux de cette quête de réinvention et de renaissance dans l'Afrique postcoloniale, tout en soulignant ses divergences ainsi que son inéluctable constance.