Olivier Delouis
Olivier Delouis
La civilisation byzantine a marqué durablement de son empreinte les hommes et les sociétés du Sud-Est de l'Europe. Après la chute de Constantinople en 1453, cette civilisation fut dissociée de l'État qui lui avait servi de cadre pendant plus d'un millénaire, l'Empire byzantin. Contraints par un nouveau pouvoir substitué à l'ancien, celui de l'Empire ottoman, les héritages de Byzance n'en disparurent pas pour autant. Ils cheminèrent dans les mémoires et les coutumes, dans l'histoire et la foi, dans des institutions formelles ou informelles. Et quand les peuples anciennement soumis à l'Empire byzantin ou sujets à son influence s'affirmèrent comme nations, quand ils entreprirent d'écrire leur passé et de se projeter dans un avenir européen - à partir des Lumières et plus encore aux XIXeet XXe siècles -, Byzance fut naturellement repensée, réévaluée, réinventée. L'ambition de ce volume collectif est d'étudier, de façon comparée et grâce à des études de chercheurs de tous pays, l'histoire de la mémoire de Byzance dans les sociétés sud-est européennes. Une conclusion s'en dégage : plus qu'une nostalgie et mieux qu'une curiosité, Byzance apparaît comme l'un des fondements de notre Europe contemporaine.
Le présent volume propose d'étudier un trait paradoxal de la vie monastique, celui de la mobilité des moines pourtant astreints par diverses règles et contraintes, depuis les origines, à la clôture et à la stabilitas loci. Durant un long Moyen Âge, allant du IVe au XVe siècle, les mouvements de circulation, d'échanges et d'influences monastiques forment en effet une réalité bien concrète, qui répond à des besoins essentiels de la vie des moines, économiques, administratifs, intellectuels ou religieux. Le phénomène étant pluriel, il convenait ici de le contextualiser et de l'historiciser, pour mieux saisir, dans chaque cas examiné, la tension pouvant naître de la notion même de voyage pour celui qui, par sa vocation, renonce a priori à tout dépaysement hors celui que lui offre son cloître. L'examen de différentes circulations pose alors en creux la question de la mobilité - condamnée, tolérée ou encouragée - comme facteur non pas secondaire mais essentiel dans la définition et la construction du fait monastique en Orient comme en Occident. Ce volume contient 23 contributions présentées lors de deux rencontres scientifiques tenues à l'École française de Rome en 2014 et à l'Université de Vienne en 2016, dans le cadre d'un programme intitulé Les moines autour de la Méditerranée. Contacts, échanges, influences entre Orient et Occident, de l'Antiquité tardive au Moyen Âge (IVe-XVe siècle).
Basile de Césarée fut assurément un grand théologien et un évêque remarquable, par quoi il est reconnu comme Père de l'Église. Une tradition ultérieure a laissé de lui un portrait moins assuré : celui d'un législateur monastique et d'un père des moines. Le monachisme oriental ignorait les catégories occidentales de règle et d'ordre monastique. De son côté, l'Occident latin usa de l'expression de règle puis d'ordre de saint Basile dans une logique de classification des expériences monastiques, qui fut consacrée par le concile de Latran IV en 1215. Plus tard, du xive au xviie siècle, la papauté dut faire face au déclin du monachisme italo-grec, à l'intégration d'un monachisme oriental sous sa juridiction et à l'émergence de formes locales d'érémitisme collectif en quête d'une référence patristique. Ainsi naquirent l'Ordre de saint Basile (au milieu du xve siècle), la congrégation basilienne (1573) et les moines dits « basiliens ». Cet ouvrage analyse la réception monastique de Basile et révèle les chemins méconnus qui ont conduit ce Père grec au coeur de l'histoire monastique de l'Europe. Le sujet, ncore peu exploré, pose la question d'une identité monastique circulant entre Orient et Occident chrétiens. La géographie de ce voyage est vaste : elle relie l'Empire byzantin et la chrétienté romaine médiévale et moderne. L'ombre de Basile de Césarée ne cesse de planer comme une filiation possible sur les moines de tous siècles et de tous pays. Ce livre, publié sous la direction d'Annick Peters-Custot (professeure d'histoire médiévale, Nantes Université) et d'Olivier Delouis (chargé de recherche au CNRS, Maison française d'Oxford et UMR 8167 Orient et Méditerranée, Paris) est le fruit d'un programme de recherche intitulé Les moines autour de la Méditerranée. Contacts, échanges, influences entre Orient et Occident, de l'Antiquité tardive au Moyen Âge, dont est également issu l'ouvrage Les mobilités monastiques en Orient et en Occident (2019, Collection l'École française de Rome).