Olivier Cauly
Olivier Cauly
Comenius est un maître de la pensée européenne. Michelet, enthousiaste, le célébra comme « le Galilée de l'éducation ». Tchèque, né en Bohême en 1 592, mort à Amsterdam en 1670, il met au point un système de réforme ambitieux de l'école qui lui valut une large audience en Angleterre, en Suède, aux Pays-Bas, et en France où Richelieu le sollicita. Une réforme résolument moderne : la classe doit être un lieu d'épanouissement et non un espace austère où l'écolier s'ennuie et finalement prend en aversion l'étude. Pédagogue, théologien protestant, philosophe engagé, défenseur inlassable de la cause tchèque durant les convulsions de la guerre de Trente Ans, Comenius a pensé et vécu dramatiquement ces temps marqués par les conflits religieux où périrent sa famille et nombre de ses amis. Par-delà les troubles de son époque, Comenius imaginait un chemin vers la vérité qui donnerait naissance à un monde réconcilié. Et l'éducation était pour lui la voie royale pour faire naître une humanité meilleure. Cette idée, aujourd'hui évidente mais loin d'être universellement partagée, donne à l'oeuvre de Comenius son étonnante actualité.
Coménius (1592-1670) est universellement reconnu comme l'un des grands fondateurs de la science de l'éducation (le Galilée de l'éducation que célébrait Michelet) et comme le précurseur des grandes organisations internationales. Son oeuvre est, cependant, plus rarement reconduite à sa pensée directrice : la restauration du paradis et la sortie de ce qu'il nommait lui-même le labyrinthe du monde dans une Europe marquée par la guerre. La constitution d'une science de l'éducation, et le projet final d'une réforme intégrale des affaires humaines, ne sont pas séparables de la promesse de la réalisation de toutes les fins que l'homme se propose dans un monde rénové, appelé à redevenir la cité universelle du genre humain. L'utopie éducative préfigurerait dès lors celle, théologico-politique, de la constitution finale d'un monde destiné à redevenir le paradis qu'il était. Bien que Comélius se défende de ne produire qu'une utopie dans le genre de celles qui ont précédé, la question est cependant de savoir si, pour reprendre le mot de Patocka, son oeuvre n'est pas placée sous le signe de l'utopie de l'utopie prenant la forme d'une science et d'un système traitant intégralement de toutes les affaires humaines. La constitution d'une science de l'éducation a, de fait, pour objet la production méthodique de l'école nouvelle conçue comme atelier d'humanité et comme paradis renaissant. Il n'en ira pas autrement en ce qui concerne l'avènement d'une nouvelle politique universelle puisque, de l'aveu même de Coménius, il a manqué avant tout aux hommes une méthode de la production de la paix.
Le but de cet ouvrage est de permettre la reconstitution d'un paysage philosophique scandinave qui se présente (en France particulièrement) de manière dispersée, afin de mieux situer des figures universellement connues comme, entre autres, Linné, Swedenborg ou Kierkegaard... Cet ouvrage est la première synthèse française sur le sujet, qui pourra compléter utilement la traduction des textes des auteurs étudiés.