Olivier Carré
Olivier Carré
Septembre 1970, la guerre civile jordano-palestinienne éclate. L'image du front de solidarité arabe s'écroule. Olivier Carré, spécialiste du monde arabe et des mouvements palestiniens en particulier, montre combien était (et reste) inévitable la contradiction entre les États arabes - Jordanie en tête - et la Résistance palestinienne ; la divergence d'intérêt entre Nasser, engagé dans une négociation avec Israël à travers la mission Rodgers, et les mouvements révolutionnaires hostiles à toute solution négociée qui, de toute façon, n'aurait pas satisfait leurs espérances ; l'opposition entre les impératifs de Hussein de restaurer l'ordre en Jordanie et la poussée palestinienne désordonnée mais menaçante pour le trône hachémite. Les Palestiniens croyaient « pouvoir faire du Proche-Orient un enfer... » Les événements sont ici minutieusement décrits dans le contexte diplomatique et psychologique arabe, comme sont analysées les relations par la presse locale et étrangère. Au-delà des réactions indignées - tant arabes qu'occidentales, l'auteur montre la réalité des forces en présence et les enjeux politiques et stratégiques internationaux sur l'échiquier proche-oriental.
L'Orient arabe n'est plus celui du Nasser de Suez et de la guerre des Six Jours. La flamme panarabiste s'est éteinte. Les Etats et populations arabes, après l'échec global des expériences nassériennes ou baassistes, aspirent à une cohésion entre pays, sans hégémonie et sans conquérant. Un après-panarabisme se met en place. En ce sens, la dernière guerre de Saddam Hussein peut être considérée comme un soubresaut d'une utopie déjà morte. Prenant du recul sur les événements, c'est l'évolution de la pensée nationaliste arabe que retrace ce livre, depuis la naissance du Baas, à la fois philosophie et parti politique, jusqu'à l'effervescence de l'islamisme. Le nassérisme a marqué une époque et son retentissement perdure. Le nationalisme palestinien s'en est réclamé, tout en le contestant. Husri, Arsouzi, Aflaq, le poète Darwish et Qutb " le martyr ", entre autres, ont illustré ces courants de pensée politique. Mais, après avoir subi une influence marxiste, un nouveau courant, depuis les années 1980, prend en compte les minorités, qu'elles soient ethniques ou confessionnelles, et dénonce les " Etats de terreur " panarabes. Olivier Carré, chercheur au Centre d'études et de recherches internationales (CERI) de la Fondation nationale des sciences politiques, sociologue et arabisant, est l'auteur de nombreux ouvrages sur l'Orient arabe.
Le mouvement de résistance d'un grand nombre de Palestiniens pèsera-t-il réellement sur le destin du Proche-Orient et du monde ? Afin d'aider à mieux répondre à pareille interrogation, il est bon de commencer par le commencement, de lire les textes des Palestiniens eux-mêmes. Que pensent-ils des contraintes auxquelles ils sont soumis, depuis exactement un siècle ? Comme se représentent-ils leur riposte, dont le premier grand épisode a marqué les années 1936-1939, et dont l'épisode actuel, depuis 1965 et surtout 1967, semble à beaucoup une faillite ? Quelle idée se font-ils de la marche du monde, du socialisme, de la révolution ? Bref, y a-t-il une idéologie palestinienne de résistance ? Ne faut-il pas aussi interroger, en de?? de l'idéologie, la parole secrétée par l'expérience quotidienne de la perte et de la mort, que tout un peuple redit parce que des poètes l'ont chantée ?Voilà les questions que se pose, et vous pose, Olivier Carré, chercheur au Centre d'étude des relations internationales de la Fondation nationale des sciences politiques, sociologue et arabisant, après avoir travaillé plusieurs années au Caire, à Beyrouth et à Damas, ainsi que récemment à Nazareth (Israël). L'auteur a choisi de présenter un nombre restreint de documents fondamentaux, la plupart ignoré en France, et de les lire en profondeur soit par l'analyse structurale des textes po?tiques, soit par un système danalyse conceptuelle combinatoire quil a déjà appliquée à des corpus de manuels scolaires arabes.
Sayyid Qutb fut condamné à mort en 1966 pour ses écrits politiques. Son commentaire coranique Fi zilâl al-qu'ran, qui comporte six volumes, est le livre de chevet d'un grand nombre de musulmans du monde arabe, militants ou non. L'actualité de ce penseur, dont se réclament les Frères musulmans radicaux, est évidente. Le mérite d'Olivier Carré est de dépasser des interprétations trop rapides, fondées sur quelques déclarations ou actions de «qutbistes», en utilisant une méthode de lecture rigoureuse qui met en lumière les grands thèmes du texte fondamental : l'émancipation coranique véritable des femmes et de la famille, l'intégration de non-musulmans dans la société islamique idéale, le «combat pour Dieu», les biens et la justice sociale, la «socialité» de la société islamique vraie, la notion d'Etat islamique.