Monique Castillo
Monique Castillo
« L'idée s'est largement répandue que le sort de la paix est étroitement lié au destin d'une civilisation mondialisée, uniformisée par la généralisation des mêmes comportements face à l'information et à la consommation. La perspective d'une extension planétaire de la rationalité scientifique et technique inspire le sentiment que la paix serait devenue une affaire " postmoderne " ; il est tentant de regarder cette perspective comme une sorte de fin de l'histoire et de croire que la paix pourrait désormais s'administrer comme une chose. Les adeptes d'un gouvernement mondial l'admettent à leur façon, en ramenant la paix à un objectif productible par le moyen d'une homogénéisation des besoins et des satisfactions. Mais le XXIe siècle naissant voit apparaître une nouvelle combinatoire du danger, de nouveaux types de conflits et de nouveaux déchaînements de violence. La transformation de la guerre engendre des divisions sur la question de la paix à l'intérieur de la civilisation occidentale, qui devient elle-même une réalité à détruire par ceux qui s'en disent les ennemis. Fait nouveau : c'est au moment où l'on prend conscience de la dimension culturelle de la paix, par-delà sa dimension politique, que ses enjeux culturels deviennent tout autant une arme de guerre qu'une arme[...] » Extrait de: Monique Castillo. « Connaître la guerre et penser la paix. » iBooks.
Le pouvoir est une réalité dont on se méfie, que l'on craint et que l'on combat ; il est aussi une réalité que l'on souhaite, pour le renforcer, le transformer ou l'inspirer. Aujourd'hui, dans le cadre de la communication mondialisée, la diversité, la mobilité et parfois la contradiction des attentes à l'égard du pouvoir rendent son interprétation difficile. La question pourrait se résumer ainsi : Quel est le statut du pouvoir dans le contexte de la mondialisation ?
L'histoire désespère les attentes du progrès, en même temps qu'elle en offre les signes. Le genre humain s'inscrit contradictoirement dans une nature qui contrarie ses fins, autant qu'il en déroute les déterminations. Kant prend le risque d'espérer, par devoir de contrecarrer les pessimismes despotiques, ainsi qu'il ressort de l'examen précis des textes où apparaît la question de la culture - des trois Critiques aux Réflexions posthumes, somme précieuse de références. Le traitement téléologique en requiert les ressources de l'histoire naturelle et celles d'une administration critique de la finalité. La culture décrit l'itinéraire étrange d'un développement naturel qui est mouvement de s'arracher à la naturalité. Ainsi apparaît l'adéquation d'une conception culturelle du progrès au caractère indéchiffrable de la nature humaine, que divisent des destinations incompatibles. Il s'agit de restituer, à l'idée du progrès, sa place critique, inconfortable, mais nécessaire. En un temps où les hommes, délaissant l'utopie du meilleur, cherchent dans la culture le lieu de leur identification, la position kantienne confirme son actualité critique.