Mohammed Khaïr-eddine
Mohammed Khaïr-eddine
Entre Casablanca et Palavas-les-Flots, Ce Maroc ! de Mohammed Khaïr-eddine déploie une poésie fulgurante, où chaque vers est un souffle de révolte et d’amour pour une terre à la fois onctueuse et termitée.
Il est ici question non plus d'un roi rétrograde ou d'un dieu déchu, comme dans les premiers livres de Mohammed Khaïr-Eddine, mais d'un peuple se réveillant à sa propre liberté ; sur le point de prendre les armes contre ses spoliateurs. Le narrateur en est l'avant-garde mais, dès lors qu'il s'intègre au théâtre où l'on a arrêté l'histoire de son pays et celle plus explosive, de l'ensemble des pays du tiers-monde, il se transforme en un terroriste, ou un fidaï, ou un guérillero, ces diverses appellations étant, malgré l'acception que leur donne la réaction occidentale, aussi efficaces que le titre dont elle a affublé Marx et Lénine. Il peut devenir représentant légal de cette révolution que le peuple fait parfois sans le savoir. C'est pourquoi il accepte dans son exil réel ou psycho-physiologique d'essuyer les plus petites vexations, en vue de donner à l'homme de la tribu le pouvoir de frappe, sans quoi toute dictature peut triompher et faire subir au monde vivant les conséquences de son suicide moral.
Plongez dans l’univers poétique de Mohammed Khaïr-Eddine, où le Maroc, l’exil et la révolte s’entrelacent en une symphonie de mots. Résurrection des fleurs sauvages est une ode vibrante à la liberté et à la mémoire des terres natales.
"Jeune, je pouvais prétendre à la richesse, au bien-être, à tout ce que je voulais. J'étais berbère, je ne le suis plus. Quelle est la goutte de sperme qui pourrait jamais me déterminer ? Je suis né au milieu de fleurs de cactus. Les mêmes que vantent les prospectus du Club Méditerranée et les photographes officiels." Un condamné à mort, un "assassin si beau qu'il fait pâlir le jour" nous confie sa vie, sa révolte, sa rébellion.
Il était une fois, effectivement, un vieux couple heureux. Des Berbères de la montagne marocaine, soumis au rythme doux de la vie villageoise, à l'observation des saisons et des couleurs du ciel. Le vieil homme, revenu d'un passé agité, passe ses journées à calligraphier en langue tifinagh, héritée des anciens Touaregs, un long poème à la gloire d'un saint. Sa poésie sera chantée à la radio, diffusée en cassettes, imprimée et reconnue. Les portraits de visiteurs, étudiants américains ou amis revenant de l'étranger, ou de héros locaux promis à la désuétude, tel le forgeron africain, agrémentent le rythme austère des journées, scandées par la cérémonie du thé ou la préparation des plats ancestraux, dont un délicieux couscous aux jeunes pousses de navet. Tout en maugréant contre la "modernité fanfaronne" et ceux qu'il appelle les "parvenus", le vieil homme entreprend un nouveau poème sur le thème de l'arc-en-ciel.