Mickaël Labbé
Mickaël Labbé
Vêtements, médicaments, divertissements ou nourriture : nos sociétés reposent encore massivement sur l'exploitation des animaux. Pour notre seule alimentation, chaque année, plus de 2 000 milliards d'animaux sont mis à mort. Et tout cela se passe parfois à quelques kilomètres de chez nous, sans que nous ne le voyions. Cachés, dissimulés, ces animaux-marchandises naissent, grandissent et meurent dans l'ombre d'espaces conçus pour leur seule exploitation. L'invisibilisation n'y est pas un effet secondaire, mais l'une de ses conditions de possibilité. Abattoirs, fermes-usines, laboratoires d'expérimentation, zoos, réseaux de transports et de distribution forment une géographie spéciste qui s'inscrit matériellement dans l'architecture et l'organisation des territoires. Il est temps de démanteler cette architecture, de fissurer cet ordre spatial et de réinventer de nouveaux espaces permettant des relations plus justes entre les humains et les autres animaux.
Pourquoi avons-nous cette étrange impression que la ville ne nous appartient pas ? De n'être que de passage alors même que nous y résidons ? Quel est ce malaise que nous ressentons à la vue d'un banc design segmenté en places individuelles, de pics au rebord d'une vitrine, de grillages et de caméras tous azimuts ? Ce sont autant de symptômes de suspicion et de mépris de la ville à notre égard, autant de sensations de dépossession. Loin d'être une chose inerte, l'espace urbain formé par les urbanistes et architectes est politique, vivant et signifiant. Il envoie des signaux de reconnaissance et de mépris à destination de ceux qui y vivent. C'est pourquoi il est plus que temps d'apprendre à décrypter le langage urbain pour pouvoir reprendre place en son sein et exiger de ceux qui la fabriquent, architectes et politiques en tête, qu'ils prennent en compte sa destination véritable : servir ses habitants.
Qu'est-ce donc qu'habiter à l'heure de la crise climatique ? Que deviennent nos lieux de vie quotidiens depuis cette perspective ? En une série de courts chapitres, qui sont autant de stations le long d'un parcours allant de chez soi jusqu'au lieu de travail, en passant par un canal, un square, un échangeur autoroutier, le parvis d'un musée ou un terrain de pétanque, cette déambulation fait émerger une autre vision de l'espace urbain et de la manière dont nous pouvons le réhabiter écologiquement.