Michel de M'uzan
Michel de M'uzan
Les chiens des rois plonge le lecteur dans un univers où la frontière entre réalité et introspection s’estompe.
Le livre de Michel de M'Uzan est composé de récits dont le sujet et les personnages sont extrêmement variés, mais présentent entre eux de profondes analogies. C'est qu'il s'agit toujours de la même expérience : celle d'un héros qui, placé aux confins du monde intérieur et de l'espace visible, est le témoin, l'agent, voire la victime de leur imperceptible effacement. L'Obèse aux contours indécis, dont le rire fait voler le monde en poussière, en est peut-être le symbole. Mais ce personnage est Protée. Énorme et vulnérable, sensible comme un instrument de précision, l'Obèse est évidemment un artiste, c'est pourquoi on fait appel à lui pour des fêtes solennelles (Les Obèses du Royaume) mais sa musique et sa danse ne peuvent finir, tout comme son rire, que dans un déferlement de poussière. Cette expérience du flottement des frontières n'a pas d'âge, le héros la fait de tout temps. Ainsi dans Enfance, et dans Véruste, où, jeune homme solitaire, il marche sur une plage et découvre peu à peu un paysage d'une extrême précision où cependant le ciel, la mer et le sable recommencent sans cesse à se confondre. Le héros de Michel de M'Uzan veut cependant avec ténacité s'ouvrir de tous côtés au monde, mais sa quête échoue presque toujours et il lui faut continuellement la refaire. D'où ses efforts excessifs pour traverser simplement une place (La Place de la Liberté), l'obstination avec laquelle il tient son poste d'observation à un carrefour grouillant de vie (Richesse), ou encore le long périple qu'il accomplit d'un bout à l'autre de sa chambre (L'Autre s'en va), pour retrouver dans un miroir son intégrité menacée. Parfois le regard pénétrant qu'il pose autour de lui est déjà celui d'un mourant, comme dans Exécution ensoleillée, où un condamné, la veille de sa mort, est conduit sur le lieu de son supplice, et dans la poignante histoire des Voisins. « Le Rire et la Poussière » possède une unité qui ne tient pas seulement à la constance des thèmes, mais aussi à une écriture précise et objective, qui crée un réalisme d'une nature particulière, en quelque sorte désincarné. Le narrateur, ici, cherche pour décrire un point de vue qui ne lui donne pas d'emblée l'avantage de tout savoir sur ses héros et surtout de les juger. Plus encore que la richesse de ses thèmes, c'est cette recherche presque scientifique qui fait la vérité de ses images.
Avec le mélange intime de fantaisie et d'autorité qui lui est propre et en allant au plus pressé, Michel de M'Uzan s'explique dans ce recueil sur la nouvelle théorie qu'il a élaborée au long de ses travaux et proposée à la psychanalyse. Il fait jouer son apport conceptuel sur fond de "fable" développementale, recherche une cohérence spatiale, temporelle et économique dans la théorie et chez le psychanalyste lui-même - cohérence dont il se moque avec une belle insouciance quand, par ailleurs, il avance en explorateur sur le territoire, incohérent par nature, des frontières changeantes de l'être. Et parfois, ces frontières donnent à voir des paysages qu'on ignorait. Quand le "jumeau paraphrénique" voyage en terra incognita sur les ailes de la "chimère"... L'inquiétude, là, est l'outil nécessaire à l'acte analytique. Les textes, qui datent pour la plupart de ces dernières années et dont certains sont inédits, se poursuivent avec un Glossaire des notions de psychanalyse introduites ou critiquées par l'auteur - dû à la rigueur attentive de Murielle Gagnebin.
Avec le mélange intime de fantaisie et d'autorité qui lui est propre et en allant au plus pressé, Michel de M'Uzan s'explique dans ce recueil sur la nouvelle théorie qu'il a élaborée au long de ses travaux et proposée à la psychanalyse. Il fait jouer son apport conceptuel sur fond de "fable" développementale, recherche une cohérence spatiale, temporelle et économique dans la théorie et chez le psychanalyste lui-même - cohérence dont il se moque avec une belle insouciance quand, par ailleurs, il avance en explorateur sur le territoire, incohérent par nature, des frontières changeantes de l'être. Et parfois, ces frontières donnent à voir des paysages qu'on ignorait. Quand le "jumeau paraphrénique" voyage en terra incognita sur les ailes de la "chimère"... L'inquiétude, là, est l'outil nécessaire à l'acte analytique. Les textes, qui datent pour la plupart de ces dernières années et dont certains sont inédits, se poursuivent avec un Glossaire des notions de psychanalyse introduites ou critiquées par l'auteur - dû à la rigueur attentive de Murielle Gagnebin.