Michel Juffé
Michel Juffé
Dans les contes, les fables, les légendes et les mythes qu'enfants nous aimions lire, nous découvrons que toutes nos actions s'inscrivent dans un jeu de reconnaissance complexe, qui se déroule dans un temps (celui des filiations) et dans un espace (celui des dépendances) entièrement humains. On y rencontre 3 manières d'être ensemble sous les traits de l'ogre, du justicier et du sage. « Copyright Electre »
Alors que Freud déclare à son ami Romain Rolland qu'il va écrire une série de textes sur Moïse, celui-ci l'invite à lire le Traité des autorités théologiques et politiques. Freud, proche de ses quatre-vingts ans, n'a jamais lu Spinoza, qu'il admire... de loin. Il s'y met et y trouve l'élan pour "profaner" - rendre profane - la figure de Moïse. Spinoza, ce juif renégat, le fascine bientôt. Le désir de savoir ce qu'il aurait pensé de son Moïse le décide à lui écrire, à deux cent soixante ans de distance. Spinoza, surpris, ravi, lui répond. Commence un échange de seize lettres, dont l'intensité, l'intimité, la variété et la nouveauté vont crescendo. Chacun d'eux a enfin trouvé un interlocuteur en dépit et à cause de fortes divergences (la primauté du narcissisme, l'extension du complexe d'OEdipe, les va-et-vient entre conscient et inconscient, etc.). Ils se rejoignent sur l'essentiel : il n'existe aucune autorité supérieure à la Nature. Il n'existe aucun Père de l'humanité, excepté ceux qu'elle se donne à elle-même. Il n'existe aucun mystère, mais des énigmes, à résoudre par les moyens de la Raison. Les deux hommes se savent près de la mort : ils sont exigeants, se font confiance, parlent de ce qui importe. La connaissance, le salut par la Raison ou par la religion, le sort des juifs, la psychothérapie, leur histoire de famille, la place des femmes : autant de questions qui se répondent et se taisent, pour le plaisir du lecteur, véritable destinataire de ces lettres.
Alors que Freud déclare à son ami Romain Rolland qu'il va écrire une série de textes sur Moïse, celui-ci l'invite à lire le Traité des autorités théologiques et politiques. Freud, proche de ses quatre-vingts ans, n'a jamais lu Spinoza, qu'il admire... de loin. Il s'y met et y trouve l'élan pour "profaner" - rendre profane - la figure de Moïse. Spinoza, ce juif renégat, le fascine bientôt. Le désir de savoir ce qu'il aurait pensé de son Moïse le décide à lui écrire, à deux cent soixante ans de distance. Spinoza, surpris, ravi, lui répond. Commence un échange de seize lettres, dont l'intensité, l'intimité, la variété et la nouveauté vont crescendo. Chacun d'eux a enfin trouvé un interlocuteur en dépit et à cause de fortes divergences (la primauté du narcissisme, l'extension du complexe d'OEdipe, les va-et-vient entre conscient et inconscient, etc.). Ils se rejoignent sur l'essentiel : il n'existe aucune autorité supérieure à la Nature. Il n'existe aucun Père de l'humanité, excepté ceux qu'elle se donne à elle-même. Il n'existe aucun mystère, mais des énigmes, à résoudre par les moyens de la Raison. Les deux hommes se savent près de la mort : ils sont exigeants, se font confiance, parlent de ce qui importe. La connaissance, le salut par la Raison ou par la religion, le sort des juifs, la psychothérapie, leur histoire de famille, la place des femmes : autant de questions qui se répondent et se taisent, pour le plaisir du lecteur, véritable destinataire de ces lettres.
Depuis les années 1980, les valeurs de la Révolution française, conçues aux XVIIe et XVIIIe siècles, se sont lentement vidées de leur substance. Nos dirigeants actuels, nourris de slogans abstraits, ont peu à dire sur les buts d'une société à la fois plus fraternelle, égalitaire, libérale et intégratrice. Ce n'est pas une fatalité. Nous pourrions adopter enfin les valeurs de la République, rendre la vie plus vivable, par des politiques publiques au service d'une vie digne pour tous, ou avec l'extension à tous les résidents d'une citoyenneté active.
Le chant qu'entonne le choeur de nos dirigeants est celui de la croissance illimitée de la puissance. Cette démesure est profondément néfaste. Ne pouvons-nous renoncer à l'hégémonie d'un type de puissance ? La "décroissance" n'est qu'un palliatif. L'humanité, fragile et inventive, est capable de contribuer à cette immense variété de modes de vie, de formes de solidarité, de voies de création, de moyens de s'enrichir, qui se combinent et se fertilisent mutuellement... à l'infini.