Michel Berthet
Michel Berthet
Une petite fille qui s'appelle Tatine. Une petite fille qui est si mignonne avec sa robe rouge à smocks. Une petite fille qui est toujours seule et qui n'a aucune amie. Une petite fille qui rêve et qui fait des cauchemars. Une petite fille qu'a bouleversée la mort d'un petit chat. Une petite fille qui ne parle pas et dont on dit qu'elle est vraiment très raisonnable pour son âge. Une petite fille qui étouffe entre la mère qui la houspille et le vieux qui pue, qui est laid, qui est sale, qui est vicieux, qui commence à pourrir et qui la dégoûte. Une petite fille qui finit mal parce que, décidément, les adultes ne comprendront jamais rien à ceux qu'ils appellent les enfants.
Que peut faire un petit garçon enfermé dans l'univers de son enfance, sinon explorer le mouvement perpétuel du temps présent hors duquel on ne trouve aucun espoir d'évasion ? Ainsi va-t-il se cogner avec une folle intrépidité contre les murs clos de sa prison. Comme un sorcier, il va regarder, flairer, toucher, inventorier d'innombrables gammes de sensations. Il va écouter son père et sa mère se déchirer l'un l'autre à travers d'interminables scènes de violence injurieuse et de coups. Il va découvrir son propre corps et celui de la petite fille de la ferme auprès de laquelle il se livre à des jeux ambigus. Il va se laisser caresser parfois par Sabine, l'amie de sa mère, folle et rusée. Il va adorer sa grand-mère qui mourra dans l'hospice de vieillards où on l'a conduite. Scatologie, tendresse, rêve, érotisme, cruauté insigne envers les animaux, tels seront désormais les boucliers protecteurs de l'enfant. Sensuel et sexuel dès son plus jeune âge, il va savoir s'organiser un domaine où la mythomanie naturelle de l'enfance, surtout quand elle est douloureusement blessée, prend les dimensions d'un authentique pouvoir créateur. Michel Berthet, né en 1937 à Villefranche-sur-Saône, vit à Lyon. Il a déjà publié un roman, Les Smocks.