Marie Therese Jacquet
Marie Therese Jacquet
S'interroger sur le monde, en inventant de nouveaux instruments pour le dire et le penser, constitue l'inquiétude féconde qui nourrit les jours de Pierre Bergounioux. Auteur emblématique d'une certaine littérature française contemporaine, il fait de celle-ci un outil d'investigation apte à saisir les mystères de l'existence, à partir de la mémoire pour activer un imaginaire redécouvrant la complexité de l'homme face à son présent. Les contributions ici rassemblées construisent un itinéraire qui vise tant à relire la partie la plus narrative de l'oeuvre qu'à en analyser les enjeux réflexifs qui côtoient le vécu quotidien et mettent la voix même de l'écrivain à l'épreuve de l'écriture.
Ce travail propose un parcours du Dictionnaire des Idées Reçues de Flaubert. Trouvé encore à l'état d'ébauche parmi les papiers de l'écrivain, ce texte, suite aux hasards du collectage, a été, dans un premier temps, considéré comme un texte isolé. Sa localisation exacte, telle que la désirait Flaubert, c'est-à-dire dans le second volume de Bouvard et Pécuchet, se révéla l'objet d'une longue quête qui ne partagea que trop longtemps les critiques et ne manqua pas d'engendrer un effacement du texte en lui-même. Ce volume tente une lecture homologique et méthodique des entrées du Dictionnaire des Idées Reçues, sans s'appuyer sur une quelconque méthode théorisée, mais en plongeant dans la réalité de l'écriture elle-même, en obéissant à ce que l'on pourrait définir « un effet Flaubert », c'est-à-dire en cherchant à cerner l'effet que l'écriture elle-même devrait engendrer. Dans ce texte, Flaubert semble se montrer intéressé pas tant au collectage, à la reproduction plus ou moins brute de ce que le rite social exige du parler des gens, qu'à une mise en évidence, une exposition, une mise à nu des mécanismes que le répercuteur d'idées reçues met en acte sur le langage, pour faire des mots et des phrases une suite de sons ne débouchant jamais que sur le manque global de sens, car en réalité celui qui utilise les lieux communs ne cherche qu'à juxtaposer, accumuler des mots destinés à cacher l'absence effective de ce même qui n'est qu'un écho d'un lointain écho.