Marie Blaise
Marie Blaise
« Appelons romantique Hugo et la discussion est close » écrivait Giraudoux. Pourtant, en revenant sur l'idée de romantisme dont il faut signaler que, dès l'apparition du terme, elle a paru, à la fois, vague et indispensable, dangereuse et vide, énorme et pourtant infiniment dépassée ; en revenant sur ses réévaluations qui embrassent non seulement le domaine de la littérature mais aussi toute la sphère sociale (de la politique à la mode) et tout l'éventail des effets (de la passion à la haine), c'est le champ du littéraire dans son ensemble que ce livre engage. C'est en effet l'idée même de littérature que le romantisme prétend avoir ouvert, au point de se confondre avec elle. L'histoire de cette idée, de sa construction, entre incertitudes, dénégations et particularismes, tel est l'objet de ce livre, organisé en quatre parties comprises comme autant de modèles d'un rapport à la mémoire, de ses résistances, de sa permanence : figures et fictions, rémanences, résiliences et histoire d'autorités. Les travaux réunis ici montrent indiscutablement que nous sommes toujours sous le régime, romantique, du sujet et que la discussion est loin d'être close.
Dans le long processus de son affirmation comme discipline scientifique, l'histoire n'a cessé de vouloir se distinguer de la littérature et celle-ci, on le sait, le lui a, finalement, bien rendu. Ce divorce, cependant, très institutionnel, masque une série de positions et de pratiques beaucoup moins tranchées (et surtout plus ambigües) que l'analyse traditionnelle du partage des disciplines ne le laisse entendre généralement. L'évolution récente des rapports entre histoire et littérature en témoigne d'ailleurs : d'une part la littérature, revenue au récit après la parenthèse textuelle du siècle dernier, a aujourd'hui résolument renoué avec les sujets historiques, d'autre part certains historiens revendiquent explicitement le droit de « faire » de la littérature. Dans ce contexte, les vieilles oppositions entre le public et le privé, l'érudition et l'imagination, la vérité et la fiction sont reprises, disputées, amendées. Un point, cependant, cristallise toujours la polémique et appelle toutes les contradictions, la dimension morale. C'est donc dans cette perspective que ce numéro d'Études françaises revient sur les relations entre littérature et histoire depuis le XIXe siècle, avec cette question : la littérature démoralise-t-elle l'histoire ?
Le grand retour de l'histoire littéraire dans l'espace critique a donné lieu à diverses réflexions et publications sur les modes de constitution de l'histoire littéraire. Le présent numéro de Lieux Littéraires est consacré à un aspect souvent négligé de la question : l'histoire littéraire telle que les écrivains du xixe siècle l'ont conçue.Autant dire que l'histoire littéraire est ici considérée non depuis les modèles de l'enseignement universitaire (même si ceux-ci interviennent nécessairement dans l'analyse) mais dans les termes des écrivains eux-mêmes, comme une imagination de l'histoire de la littérature, participant des stratégies de garantie de l'oeuvre et de la construction de la figure de l'auteur. Plus comme une poétique que comme une discipline, donc.