María Velasco
María Velasco
À l'heure où la question de l'altérité se pose plus que jamais, la découverte de l'autre se fait amoureuse, sexuelle et sociétale. En s'éprenant de Pap, Sénégalais, le personnage de María interroge notre rapport au monde à travers le prisme ancestral de la famille. María décide d'explorer l'Afrique dans le cadre de voyages initiatiques, provoquant l'incompréhension de son entourage. Le détroit de Gibraltar, lieu de passage, devient le symbole de la quête personnelle et intrinsèque de ce qui constitue « l'Autre ». Dans ce voyage à rebours qui la mène à Lavapiés, le quartier madrilène le pus ethnique de la capitale, puis à Burgos, sa ville natale, María va désapprendre tout ce qu'elle a appris à ce jour. Dans ce questionnement des origines, la découverte du monde s'effectue au sein de méfiances quasi-animales, faisant du corps et de sa sexualité un lieu de rencontres et de batailles incessantes. Intimité amoureuse, quête de soi et engagement politique sont étroitement liés, opposant réalité et fiction. Désincarnée et dédoublée par l'écriture, la voix de l'auteure trouve son écho dans le personnage de María, afin d'illustrer cette affirmation rimbaldienne: « Je suis l'autre ». D'une plume audacieuse, elle dresse le portrait de notre nature profonde d'animal social, que la pensée et la parole définissent à chaque instant.
Nous sommes d'abord à la campagne, en face d'une scène typique des années 1990, celle d'un barbecue familial qui illustre à merveille notre société postindustrielle : loisirs, superficialité, joie, malentendus, rêve et maladie. Mais voilà, la jeune fille de la famille s'éloigne et trouve appui sur un arbre. Cette fusion des deux êtres constitue le corps invisible du texte. L'adolescente va progressivement défaire le noeud gordien qui unit les « clans », constitués de liens ancestraux en prise avec les contradictions de la religion, de la politique, de l'économie et de la société. L'auteure se penche sur les rapports de cause à effet entre nos pensées et nos actes, nos idées et nos représentations, individuelles et collectives. Il y a une correspondance entre la violence émotionnelle et sexuelle, et celle faite à l'environnement. Ainsi, l'exploitation de la nature humaine, animale et environnementale relève du même geste d'autodestruction de l'humanité, qui puise sa source dans les lointaines origines du langage. C'est bel et bien un puits que creuse ce texte, au gré de fragments reliés par la voix de ce qui disparaît et réapparaît, pour qu'affleure la vie sur le futur plateau du théâtre.
La Solitude du promeneur de chiens est le récit poétique d'une jeune femme qui connaît l'amour fusionnel, mais qu'elle confond avec la souffrance narcissique de l'abandon. Ce texte célèbre une cérémonie de la confusion après un échec amoureux. María s'enfuit dans l'hiver, quitte l'été, et recrée des liens d'appartenance aux hommes qu'elle convoite. Frénétiquement et dans l'égarement de soi, elle part en quête des points cardinaux de son existence. María est l'amie d'une promeneuse de chiens : l'amitié est une alternative comme une autre, et nous sommes pareils à des chiens attachés au désir. Nous passons notre temps à renifler la solitude des autres pour nous assurer de la nôtre. D'un point de vue dramaturgique, ici, les fantasmes et les fantômes forment un corps unique, un roc. La forme de l'intertextualité structure différentes scènes autour d'un sujet qui égrène les oeuvres de cette autrice, celui de l'amour entendu comme l'impossibilité d'approcher l'autre dans sa dimension physique, la fragmentation d'un soi toujours insatisfait dans sa dimension sentimentale puisque la modernité semble ne nous offrir qu'un accès restreint à nous-mêmes. Ce texte, où se juxtaposent moult fractions, trouvera son centre sur la scène, une scène toujours à venir à l'instar de la littérature la plus engagée dans le champ du réel.