Marco Oberti
Marco Oberti
Si la carte scolaire fait l'objet d'un débat si vif en France, c'est qu'elle cristallise des enjeux fondamentaux. Censée répartir les élèves en fonction de leur lieu de résidence, elle peine à remplir son objectif de mixité, et contribue parfois à renforcer la ségrégation. Ce débat est donc aussi celui de la possibilité de maintenir la mixité comme horizon pertinent des politiques urbaines et scolaires. À partir d'une étude de la banlieue ouest de Paris, l'auteur propose une analyse détaillée des contextes urbains et scolaires dans lesquels évoluent les ménages. Il en ressort une image plus complexe que celle des seules pratiques d'évitement des classes moyennes. L'offre et la carte scolaires concernent de façon profondément inégalitaire les différentes classes sociales, au profit des classes supérieures. La question n'est donc pas d'être pour ou contre la carte scolaire, mais d'éclairer les mécanismes en jeu. Qui a intérêt à la ségrégation urbaine et scolaire ? Qui sont les perdants et les gagnants de l'application de la carte scolaire ? Qui a intérêt à son abandon ? Ce livre plaide pour une réforme profonde de ce dispositif. Mais maintenir un objectif de mixité est aussi un choix politique au sens fort, engageant une vision de la société et de son devenir. L'auteur entend en préciser les enjeux et les effets sur la cohésion sociale.
A quelques mois d'intervalle, les émeutes urbaines de novembre et les mouvements étudiants ont imposé les questions de ségrégation, de précarité, de déclassement mais aussi d'inégalités intergénérationnelles au coeur du débat social. Les lieux et les acteurs révèlent les dynamiques en jeu. Derrière les tensions croissantes entre les jeunes des quartiers populaires et la police, l'ampleur des mouvements questionne le "modèle français d'intégration" et la manière de gouverner. Peut-on saisir la portée de ces évènements sans prendre en compte la relégation dans les quartiers les plus pauvres et l'auto-ségrégation dans les plus riches? Comment ignorer les discriminations ethniques et le déficit de représentation politique des fractions issues de l'immigration ? Comment ne pas voir que les différences de contextes scolaires - programmes, options, valeurs des diplômes, etc. - contribuent à renforcer un sentiment d'injustice ?