Louis-Antoine Prat
Louis-Antoine Prat
Noël 1944, Ardennes. Quatre soldats américains trouvent refuge dans un château isolé, où un vieux professeur et ses trois filles les attendent.
« Vous croyez tous », déclare à la fin du roman une jeune fille malheureuse et abandonnée, « que la vie ressemble aux tableaux. » C'est que, pour les collectionneurs de peinture, les conservateurs du Louvre, les habitués de l'Hôtel Drouot, tous dilettantes de la perfection, la frontière entre le monde réel et celui qui apparaît à la surface des toiles qu'ils convoitent et se disputent, n'est pas toujours précise. L'amateur d'absolu en même temps qu'un témoignage sur ce monde fascinant et secret, est aussi une interrogation sur cette forme de quête : l'incessante recherche de la beauté, qu'il s'agisse d'oeuvres d'art ou de femmes dont on tombe amoureux. Mais il y a bien des tableaux qui se révéleront, malgré leur prix, n'être que des trucages ou des mensonges. Quant à la beauté des femmes, quant à l'amour...
Paris, 1861. À la recherche d'un sujet, un peintre se heurte à ceux qu'il aime : une maîtresse impérieuse, une soeur excessive, un ami écrivain à l'affût de ses faiblesses. Tous lui dérobent une part de sa vie qui se défait. Car il va mourir. Et c'est le dos au mur qu'il choisira de peindre la Mort même. Paris, 1982. Alors qu'une légende s'est forgée autour de l'artiste trop tôt disparu, le tableau réapparaît. Cette oeuvre fascinante, au sens mystérieux, devient immédiatement l'objet de féroces rivalités entre musées et marchands. Dans une quête passionnée, un jeune amateur cherche à en retracer la genèse. Véritable héros du roman, le tableau parcourt bientôt un étrange circuit, du fatras d'un brocanteur jusqu'à l'Élysée où François Mitterrand l'examine avec perplexité, en transitant par une salle de ventes aux enchères où intérêts commerciaux et frénésie des collectionneurs se donnent libre cours. Qui déchiffrera le message du peintre qui voulait interroger la Mort ?
Pourquoi « Les Points de repère » ? Ce titre s'explique peu à peu, à mesure qu'on s'enfonce dans ce roman. Il faut savoir qu'une jeune fille est aimée de quatre hommes fort différents et qui se connaissent : un Noir, un aveugle, celui qui le guide et un adolescent. Les décors : une plage, deux villes, un café, une boîte de nuit. Les personnages traversent ces lieux pendant quelques heures, une semaine, le temps de révéler leur vérité singulière et de reprendre leur place dans le ballet particulier qu'ils dessinent. Ils sont riches, occupés presque seulement d'eux-mêmes. Le drame hésite d'abord, il va de l'un à l'autre. Le groupe bien soudé lui oppose une fin de non-recevoir. De là, ce début lent et logique, uni, où il semble que rien ne va se passer. Et puis, voici l'accident, la mort, qui arrache des masques qui tenaient par habitude. Ce qui est nouveau, c'est l'expression. Je l'avoue, elle m'a d'abord déconcerté. Je percevais bien que les mots, les phrases, le rythme obéissaient à une intention, qu'ils étaient en quelque sorte doués d'une volonté de briser en moi des habitudes de langage pour que je me conforme à une autre manière de dire. Et puis tout à coup, je me suis souvenu que Louis-Antoine Prat - tout comme un de ses personnages, Art, le Noir - est batteur de jazz. J'en suis persuadé, il a tenté d'introduire dans son écriture certaines caractéristiques du jazz. De brusques ruptures du temps intérieur, propres à chacun des personnages, semblent les enfermer dans leur solitude. En fait, avec des moyens différents, leur timbre particulier, ils sont tous lancés dans le concert d'une aventure commune. On dirait d'une « jam session ». Ce roman ne se lit pas seulement avec les yeux. Il y faut aussi de l'oreille.