Liliane Giraudon
Liliane Giraudon
Pot pourri est un recueil qui obéit au genre annoncé par son titre. Il s'articule en sections qui toutes touchent directement au poème. C'est quoi la poésie ? On la fait avec quoi en dehors des mots ? Ça vient d'où ? Ça traverse quel corps ? Avec des retouches, des morceaux de poèmes morts, des laissés pour compte.
Pot pourri est un recueil qui obéit au genre annoncé par son titre. Il s'articule en sections qui toutes touchent directement au poème. C'est quoi la poésie ? On la fait avec quoi en dehors des mots ? Ça vient d'où ? Ça traverse quel corps ? Avec des retouches, des morceaux de poèmes morts, des laissés pour compte.
DANS LA LITTÉRATURE QUI ME PRÉCÈDE (PARTICULIÈREMENT LA POÉSIE) PEU DE GUEUNONS. C'EST LE RÈGNE DU SINGE.
DANS LA LITTÉRATURE QUI ME PRÉCÈDE (PARTICULIÈREMENT LA POÉSIE) PEU DE GUEUNONS. C'EST LE RÈGNE DU SINGE.
elles guerroient les amazones dans leurs petites armures peintes
Fruit de braconnages dans la vie de tout le monde, on peut lire ce livre dans le désordre, le parcourir comme un abattoir où sont débités des morceaux de textes. Traversée des genres ou extension, ce n'est pas un hasard si "Fonction-Meyerhold", adressé à celui qui paya de sa vie le fait d'avoir été au service du texte se place au coeur du dispositif. C'est lui qui rayonne comme centre des opérations. Fond d'écran, la ville de Marseille tient lieu de décor en tirage surexposé. Héroïque travesti, "Oreste pesticide" y redoute de curieuses mouches pornographes. Il mythologise la ville dans son aspect destroy et revisite sur un mode tragi-comique le tabou de la virginité comme les violences policières. La lettre à Reverdy affronte un sujet souvent passé sous silence : la collaboration avec l'Allemagne nazie de sa protectrice et amie des arts Coco Chanel. Le scénario "B7 : un attentat attentif" est inséparable de l'année 1946 où Hélène Bessette monte à Notre-Dame de la Garde avant d'accoucher de son deuxième fils. Pour ce qui est de la fille aux mains coupées, les mains ont été véritablement coupées.
Fruit de braconnages dans la vie de tout le monde, on peut lire ce livre dans le désordre, le parcourir comme un abattoir où sont débités des morceaux de textes. Traversée des genres ou extension, ce n'est pas un hasard si "Fonction-Meyerhold", adressé à celui qui paya de sa vie le fait d'avoir été au service du texte se place au coeur du dispositif. C'est lui qui rayonne comme centre des opérations. Fond d'écran, la ville de Marseille tient lieu de décor en tirage surexposé. Héroïque travesti, "Oreste pesticide" y redoute de curieuses mouches pornographes. Il mythologise la ville dans son aspect destroy et revisite sur un mode tragi-comique le tabou de la virginité comme les violences policières. La lettre à Reverdy affronte un sujet souvent passé sous silence : la collaboration avec l'Allemagne nazie de sa protectrice et amie des arts Coco Chanel. Le scénario "B7 : un attentat attentif" est inséparable de l'année 1946 où Hélène Bessette monte à Notre-Dame de la Garde avant d'accoucher de son deuxième fils. Pour ce qui est de la fille aux mains coupées, les mains ont été véritablement coupées.
Sous le double regard de Vivian Maier et de Lorine Niedecker le poème est posé sur la table comme une caméra. Il tourne. Des personnages entrent. Des récits s'entremêlent où fiction et document tentent de rendre compte d'une plateforme hybride d'expériences. Ordinaire manière d'organiser le pessimisme en ce début de XXIe siècle. L'annonce brutale de la mort de Chantal Akerman viendra tout autrement éclairer le décor mis en place et fera ressurgir le titre occulté, celui du premier long métrage de R.W. Fassbinder L'amour est plus froid que la mort. La forme d'un film repose sur les scènes qui n'ont pas été tournées et qui doublent les autres. Par un simple déplacement, le sujet du lac devient celui de l'amour mort ou plus exactement mis à mort. Semblable au train, un titre peut en cacher un autre. Et avec lui un réservoir de souvenirs, leur amnésie. Comment a-t-on survécu à un premier amour ?, serait alors la question. En neuf photogrammes revisités dans le sublime film de Fassbinder (Héros du livre rejoignant les Dames du Lac) une tentative de réponse est apportée. Sur nous tous, le poème en sait plus long que nous. Et c'est bien parce qu'il brûle sur un monde dévasté que l'amour est plus froid que le lac.
Sous le double regard de Vivian Maier et de Lorine Niedecker le poème est posé sur la table comme une caméra. Il tourne. Des personnages entrent. Des récits s'entremêlent où fiction et document tentent de rendre compte d'une plateforme hybride d'expériences. Ordinaire manière d'organiser le pessimisme en ce début de XXIe siècle. L'annonce brutale de la mort de Chantal Akerman viendra tout autrement éclairer le décor mis en place et fera ressurgir le titre occulté, celui du premier long métrage de R.W. Fassbinder L'amour est plus froid que la mort. La forme d'un film repose sur les scènes qui n'ont pas été tournées et qui doublent les autres. Par un simple déplacement, le sujet du lac devient celui de l'amour mort ou plus exactement mis à mort. Semblable au train, un titre peut en cacher un autre. Et avec lui un réservoir de souvenirs, leur amnésie. Comment a-t-on survécu à un premier amour ?, serait alors la question. En neuf photogrammes revisités dans le sublime film de Fassbinder (Héros du livre rejoignant les Dames du Lac) une tentative de réponse est apportée. Sur nous tous, le poème en sait plus long que nous. Et c'est bien parce qu'il brûle sur un monde dévasté que l'amour est plus froid que le lac.
En architecture, les pénétrables désignent les voies d'accès à un bâtiment. Ici, les bâtiments désignés sont des livres. Les noms qui ont signé ces livres habitaient un corps. Un corps vivant, comprimé entre deux dates. Montées en successives scènes d'un cinémathon élémentaire proche de la lanterne magique, ces vies flashées et non exemplaires auraient fonction de lucioles. Manière de considérer les corps et leur existence comme des 'machines à semence'. Lambeaux de spectres, fantômes vivants, ils occupent une galerie ouverte dont les portes sont sans cesse battantes. Liliane Giraudon dit qu'elle a longtemps rêvé les livres comme de petits stocks de munition. Des outils pour faire reculer le travail de la mort. Ce livre n'est pas un livre d'hommages. Plutôt une sorte de couloir où seraient exposés 25 bustes ciselés, de tailles différentes, 25 bustes d'auteurs parmi ceux dont les textes l'ont aidée à vivre. Le mot 'bustier' ne se limite pas à désigner cette pièce de l'habillement enserrant étroitement le buste des femmes pour laisser les épaules nues. Il désigne aussi le sculpteur spécialisé dans l'exécution des bustes. Revisitant une ancienne pratique funéraire, Liliane Giraudon a voulu ici se livrer en tant que 'bustière' à un exercice de littérature vivante.
En architecture, les pénétrables désignent les voies d'accès à un bâtiment. Ici, les bâtiments désignés sont des livres. Les noms qui ont signé ces livres habitaient un corps. Un corps vivant, comprimé entre deux dates. Montées en successives scènes d'un cinémathon élémentaire proche de la lanterne magique, ces vies flashées et non exemplaires auraient fonction de lucioles. Manière de considérer les corps et leur existence comme des 'machines à semence'. Lambeaux de spectres, fantômes vivants, ils occupent une galerie ouverte dont les portes sont sans cesse battantes. Liliane Giraudon dit qu'elle a longtemps rêvé les livres comme de petits stocks de munition. Des outils pour faire reculer le travail de la mort. Ce livre n'est pas un livre d'hommages. Plutôt une sorte de couloir où seraient exposés 25 bustes ciselés, de tailles différentes, 25 bustes d'auteurs parmi ceux dont les textes l'ont aidée à vivre. Le mot 'bustier' ne se limite pas à désigner cette pièce de l'habillement enserrant étroitement le buste des femmes pour laisser les épaules nues. Il désigne aussi le sculpteur spécialisé dans l'exécution des bustes. Revisitant une ancienne pratique funéraire, Liliane Giraudon a voulu ici se livrer en tant que 'bustière' à un exercice de littérature vivante.
Écrire vraiment c'est un service sexuel. Le plus virtuose des services sexuels. Pour tout le reste, nous sommes modestes... Ici, tout a beaucoup à voir avec la poésie et tout a beaucoup à voir avec la prose. Le lecteur devient opérateur. Les personnages s'entêtent à refuser tout accord des vivants avec ce qui les tuent. Comme il s'agit essentiellement d'histoires tordues où circulent des voix, certains ont pu y voir une écriture de plateau.
Écrire vraiment c'est un service sexuel. Le plus virtuose des services sexuels. Pour tout le reste, nous sommes modestes... Ici, tout a beaucoup à voir avec la poésie et tout a beaucoup à voir avec la prose. Le lecteur devient opérateur. Les personnages s'entêtent à refuser tout accord des vivants avec ce qui les tuent. Comme il s'agit essentiellement d'histoires tordues où circulent des voix, certains ont pu y voir une écriture de plateau.
Madame Himself est un livre double où se posent abruptement deux questions. Un amour enfantin pour les amazones et le désir d'écrire une autre Penthésilée peuvent-ils entrainer un cancer du sein ? Les livres soulèvent-ils des fantômes incontrôlables qui mènent une vie autonome et dont le corps des lecteurs deviendrait un habitacle ?En cinq tableaux précédés d'un éclairage Madame Himself pose (entre théâtre et poème tragicomique) la vieille question de l'assignation des corps et de leur enfermement.Tout en vérifiant que le goût de la crème fouettée n'est pas éternel, l'auteur se demande si un amour féroce pour les amazones peut avoir un rapport avec un double cancer du sein...
Madame Himself est un livre double où se posent abruptement deux questions. Un amour enfantin pour les amazones et le désir d'écrire une autre Penthésilée peuvent-ils entrainer un cancer du sein ? Les livres soulèvent-ils des fantômes incontrôlables qui mènent une vie autonome et dont le corps des lecteurs deviendrait un habitacle ?En cinq tableaux précédés d'un éclairage Madame Himself pose (entre théâtre et poème tragicomique) la vieille question de l'assignation des corps et de leur enfermement.Tout en vérifiant que le goût de la crème fouettée n'est pas éternel, l'auteur se demande si un amour féroce pour les amazones peut avoir un rapport avec un double cancer du sein...
De sales histoires ne sont pas des histoires sales. Dénaturées, plutôt, comme on le dit des alcools. À chaque 'histoire' correspond, dans une sorte de partie immédiatement rejouée, une 'stoire'. Autre tirage au sens photographique, plutôt que variation musicale, les acteurs de ces planches-contacts à développement variable ne s'en tireront pas. Pour la plupart héroïnes déplacées, ils évoluent dans des décors réels (Moscou, Marseille, Bogota, La Havane...) ou incertains (hangars, berges, terrains vagues, cabanes...). Au centre du livre, s'agitent des mains coupées, celles d'Ernesto Che Guevara. On y entend des voix, comme celle d'Esteban Montejo, esclave noir fugitif. On peut y voir aussi des chiens plus gros que des moutons et empiffrés de chair humaine.