Laetitia De Witt
Laetitia De Witt
Letizia Bonaparte (1750-1836), née Ramolino, est bien plus que la mère de Napoléon et de ses sept frères et soeurs presque tous devenus ensuite des têtes couronnées. Veuve à 36 ans, elle a poursuivi avec opiniâtreté l'oeuvre d'ascension sociale et politique entamée par son mari, Charles. Dans une Corse sens dessus dessous, elle s'est révélée le pilier de la famille. Des temps glorieux aux heures sombres de l'exil, « Madame Mère » a su consolider un clan hors-norme, calmant les disputes, s'accommodant de mariages manqués et de divorces pénibles, soucieuse des intérêts matériels des uns et des autres. C'est bien elle qui a rendu le miracle impérial possible. À Sainte-Hélène, Napoléon, cherchant dans son enfance les clefs de sa réussite, disait d'ailleurs : « C'est à ma mère que je dois toute ma Fortune. » S'appuyant sur une solide documentation, dont beaucoup de correspondances familiales, Laetitia de Witt dresse un portrait de son aïeule dépouillé des oripeaux d'une légende simpliste cantonnée au célèbre « pourvou que ça doure ». Elle donne chair avec sensibilité à une femme « belle comme les amours », ardente et réaliste, imperturbable devant la gloire et la richesse comme devant le désastre et la maladie.
En 1879, le Prince impérial, parti combattre les Zoulous aux côtés des Anglais, était tué. Cette mort aurait dû faire de Jérôme Napoléon, dit « Plon-Plon », seul cousin germain de Napoléon III, le prétendant bonapartiste au trône. Or le prince notifiait dans un codicille de son testament : « Les devoirs de notre Maison envers notre pays ne s'éteignent pas avec ma vie ; moi mort, la tâche de continuer l'oeuvre de Napoléon Ier et de Napoléon III incombe au fils aîné du prince Napoléon. » Malgré quelques tentatives d'accommodement, cette décision provoqua une rupture irrémédiable entre un père n'acceptant pas d'être privé de son destin politique et un fils finalement disposé à assumer le sien. Propulsé à la tête des bonapartistes alors qu'il n'avait pas dix-huit ans, il allait occuper cette position pendant près de cinquante, jusqu'à sa mort en 1926. En dépit de sa longévité, le prince Victor Napoléon est pourtant resté méconnu d'une part de ses contemporains et surtout des générations suivantes. La cause bonapartiste n'ayant cessé de décliner au XXe siècle, on peut se demander si le manque de popularité de son chef en a été la conséquence ou la cause... Pour la première fois, Laetitia de Witt, bénéficiant d'un accès privilégié à de volumineuses archives inédites, essentiellement familiales, dresse un fin portrait politique et psychologique de cet héritier d'une autre époque, témoin privilégié, de son exil bruxellois, de la mutation subie par la France depuis la chute du Second Empire jusqu'à l'aube des Années folles, en passant par les grandes heures de la Troisième République, et explique comment son incapacité à agir sur le présent a poussé le prétendant à vivre dans un monde exaltant la grandeur de la dynastie et à se consacrer notamment à la constitution d'une exceptionnelle collection d'oeuvres d'art. Ce prince fut bien un Napoléon avant tout.
Parmi tous les défis que Napoléon s'est lancés, le plus difficile a probablement été celui de fonder une dynastie. De ses frères et soeurs il a fait des rois et des reines et en épousant la fille de l'empereur d'Autriche, il espérait faire entrer sa descendance dans le cercle le plus fermé, les antiques et illustres familles régnantes. Mais rien ne s'est passé comme il l'avait voulu. Certes l'enfant, né en 1811, titré roi de Rome, était un mâle, certes il ne manquait pas de dons, certes sa première éducation a été très soignée mais bien vite le rêve qu'il puisse un jour régner se mua en cauchemar. Il n'avait pas quatre ans que les armées étrangères foulaient le sol français et que la Fortune abandonnait Napoléon. Le roi de Rome ne fut Napoléon II que quelques jours. Quasiment kidnappé sur ordre de son grand-père maternel, il ne devait jamais revoir son père. Élevé comme un Autrichien sous la très lointaine tutelle de Marie-Louise, privé peu à peu de son entourage français, celui qui allait devenir duc de Reichstadt (pas même archiduc !) allait passer à Vienne plus d'une quinzaine d'années avant de mourir en 1832 de la « poitrine »