Karine Espineira
Karine Espineira
C'est à partir de l'opération de Christine Jorgensen en 1952 au Danemark, que le fait qu'un homme puisse devenir une femme, après une intervention chirurgicale, entre dans l'esprit du grand public en raison de sa très forte médiatisation. L'analyse du traitement télévisuel de la transidentité, considérée comme expression la plus singulière de l'identité, est-elle susceptible de donner des outils de lectures sur la construction des normes de genre au-delà de la transidentité ?
Dans un monde marqué par les discriminations, les façons de percevoir l'étranger ou de « pathologiser » certains modes de vie, penser la vulnérabilité des corps est un enjeu politique crucial. Après avoir effectué deux journées de colloque (à Rabat puis à Paris), il était important de reposer cette question dans cet ouvrage et de penser la vulnérabilité des corps à partir de réflexions pluridisciplinaires, provenant des deux rives de la Méditerranée.
L'étude de la construction médiatique des transidentités (transgenres, transsexes, etc.) sur 40 années de télévision grâce aux archives de l'INA, s'intéresse aux modélisations sociales et médiatiques dont les personnes sont l'objet. L'auteure décrit un travail sur corpus et dessine les contours des archétypes, en articulant les notions d'imaginaires social et médiatique. Les modélisations semblent produire des effets identitaires sur l'ensemble de la société. Ce travail est complémentaire du titre Transidentités : ordre & panique de Genre, édité simultanément.
Engagée dans une recherche sur le terrain transidentitaire, la chercheuse s'attache à croiser état des lieux du terrain associatif et militant trans avec l'histoire des définitions de la médecine légale, mettant à jour la politisation des groupes, les apports des nouveaux médias et les effets de la médiatisation sur les personnes transgenres. Cet ouvrage est complémentaire du titre Médiacultures: la transidentité en télévision, édité simultanément.
Si la transidentité n'est pas un fait nouveau, les franchissements de genre suscitent toujours préjugés, brutalités, théories et pressions sur les existences des personnes concernées. Lorsque l'on évoque les transidentités, des questions viennent ainsi inéluctablement : comment un homme pourrait-il devenir une femme ? Une femme, un homme ? Ces formulations ont-elles un sens ? Pour qui et pourquoi ? Une autre question surgit : quel est le sens du mot devenir ? Car les transidentités, appréhendées par le concept d'identité de genre ou sous l'idée d'expériences de vie trans, réinterrogent l'analogie « naissance = assignation ». C'est tout l'enjeu de cet ouvrage que de montrer que les transitions sont plurielles et bien plus complexes qu'un passage sans retour d'un point A à un point B, que le verbe « devenir » doit être pris au sens fort de « devenir enfin la personne que l'on est ». Être trans est ainsi une expérience du monde qui questionne la construction sociale qu'est la binarité. On ne naît pas, on devient...